60 ans en vidéos : Quand la télé caricaturait (un peu trop) les homosexuels
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60 ans en vidéos : Quand la télé caricaturait (un peu trop) les homosexuels


Depuis les années 50 et l’apparition de la petite lucarne, les homosexuels se fraient un chemin vers une existence de moins en moins caricaturale. Une émission en ligne de Franceinfo avec les archives de l’INA permet d’apprécier le chemin parcouru – et l’horreur des termes utilisés, des lois qui enserrent et des clichés véhiculés…

Années 50 : Quand l’homosexualité amusait

Le spectacle est la seule façon pour les homosexuels de faire chauffer le tube cathodique. On redécouvre les comiques-troupiers Charpini et Brancato dans 36 Chandelles, ou Claude Vega qui imitait la Callas et Marlene Dietrich. Ou encore l’inénarrable Jean Marais, qui chante alors « L’assassin » sur un texte de Cocteau. En 1960, la loi définit l’homosexualité comme un « fléau social », alors on se dissimulera encore longtemps…

Années 70 : On revendique

Avec les premiers coming-out publics (Guy Hocqenghem et Elula Perrin), les homosexuels sortent du placard et du registre comique. Le 21 janvier 1975, Les Dossiers de l’Écran marque l’histoire : c’est la première émission de débat qui montre des homosexuels assumés et qui leur de s’exprimer librement ! « Je n’avoue pas, je ne proclame pas, je dis parce que c’est comme ça, formule Jean-Louis Bory, l’essentiel n’est pas qu’on naisse homosexuel ou qu’on le devienne, mais qu’on puisse vivre son homosexualité à visage découvert. » Roger Peyrefitte affirma sans rire qu’il « suffit d’avoir du caractère » pour assumer son homosexualité, tandis qu’Yves Navarre revendiqua sa sexualité à l’antenne pour tous ceux qui étaient absents ce soir-là, les sans-grades de l’homosexualité, ceux qu’on ne connaît pas parce qu’ils se cachent.

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1973, une émission médicale consacrée à l’homosexualité

Avec son générique « drama-queen », l’émission médicale d’Igor Barrère n’y va pas de main morte : « c’est un phénomène troublant : beaucoup de gens la nient, ou la condamnent, la dénaturent, en fond une maladie, un vice, un péché, un crime… » D’après l’animateur, ce « problème » (sic.) concerne « une personne sur quinze »… Même si « l’homosexualité féminine » pose aussi des « problèmes » selon lui, on ne parle ici que des hommes gays. Mais Barrère insiste : « Nous espérons que vous comprendrez mieux ce phénomène troublant et souvent douloureux qu’est l’homosexualité ». Or bien-sûr c’est l’homophobie qui pose des problèmes, mais on peine encore à ne plus considérer les homosexuels comme des malades mais comme des victimes de la société profondément inégalitaire.

André Baudry, fondateur de l’association homophile Arcadie, vient témoigner, de même qu’un chauffeur routier, un couple d’hommes, l’écrivain Yves Navarre, un homme marié, un professeur d’histoire… Un endocrino-neurologue et un psychanalyste viennent encore « ramener leur science »

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Années 80 : le sida fait des ravages

Les années 80, la peur alterne avec les larmes : le SIDA, appelé alors « cancer gay » ou « syndrome de kaposi » du nom des tâches brunes que développent les personnes malades, fait froid dans le dos. L’épidémie vient des États-Unis, d’abord dans le milieu homosexuel, avant de se propager à toute la population…

« Les homosexuels », ecce homo dans Mercredi Plus

Pour la première fois, de nombreux homosexuels – hommes et femmes – ont accepté de parler de leur vie à visage découvert à France 3 Bourgogne. Comment vivent-ils leur homosexualité ? Comment sont-ils perçus par leur famille et par les habitants d’une petite ville de province comme Dijon ?

Être gay en 1984, c’est le thème de la mythique émission Les Dossiers de l’Écran

Après la diffusion du téléfilm de Lamont Johnson, Cet été-là, Alain Jérôme anime un débat sur l’homosexualité avec Jocelyne François (romancière, qui a quitté son mari pour son amie d’enfance, prix Femina 1980), Dominique Fernandez (romancier prix Goncourt 1982, auteur de l’Étoile rose), Hugo Marsan (journaliste au journal Gai Pied, auteur d’un livre Un homme, un homme sur le monde homosexuel), Renaud Camus (écrivain et collaborateur de Gai Pied dont il a publié ses meilleurs textes dans Les chroniques achriennes  – depuis passé à l’extrême droite), Didier Seux (psychiatre) et Paul Veyne (historien sociologue).

En réaction au film consacré a l’attitude d’un adolescent qui découvre l’homosexualité de son père, les deux premiers racontent leur propre expérience, leur relation à leurs enfants. Même si les participants parlent de l’hostilité vis-à-vis des homos et de leur obligation de se cacher, encore, ils reconnaissent cependant que cette situation a favorablement évolué – du moins dans les grandes villes – depuis la première émission des Dossiers de l’Écran. Ils doivent néanmoins encore réfuter quelques préjugés sur le prosélytisme et l’apparence des homosexuels, toujours soumis à la caricature…

Être gay à Paris en 1987, Jeudi Magazine

Jeudi Magazine plonge dans le milieu « gay » de Paris face à l’épidémie de sida : Maurice Mc Graph, un patron de bar homosexuel, Luc Coulavin et Luc Povert, tous deux journalistes à Gai Pied hebdo et dont les compagnons sont séropositifs, témoignent. Jacky Fougeray, journaliste toujours en activité avec le site E-llico, explique également que la libération sexuelle a permis aux personnes de se prendre plus vite en charge.

Années 90 : On se pacse ! Année 2000 : On défile !

Dans les décennies charnière du XXe au XXIe siècle, les caricatures tendent à disparaître et l’approche se fait moins médicale, mais sociétale. La reconnaissance de droits civiques et les manifestations comme les Marches des fiertés amènent avec elles une « normalisation » qui tend à renverser le paradigme : les malades sont désormais les homophobes, et non plus les homosexuels… Si rien n’est terminé, ces années sont l’occasion de combats politiques symboliques et d’une acceptation globale des homosexuels dans la société.

 

À l’occasion de la remise des premiers « OUT d’Or » en juin 2017, Catherine Gonnard a réalisé « Dits et non-dits, 60 ans d’homosexualité à la télé française », un montage de 10 minutes présenté par l’Association des journalistes LGBT (AJL) et l’ Ina.fr. Avec Philippe Bouvard, Catherine Lara, Kate Millett (une interview extraordinaire chez Pivot où elle décortique parfaitement bien la lesbophobie des médias), Cleews Vellay, Denise Glaser, Patrice Chéreau, Colette Mars, Jean-Louis Bory… Pour en savoir plus, l’interview de Catherine Gonnard est à lire sur outdor.fr.

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