Brésil : la Justice fédérale renvoie les homos comme des malades à soigner
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Brésil : la Justice fédérale renvoie les homos comme des malades à soigner


Lorsque la Justice fédérale du Brésil renvoie dans la légalité les « thérapies de conversion » de l’homosexualité, c’est un cruel message qu’elle envoie à tous les LGBT du pays.

La semaine dernière, un juge fédéral de Brasília a statué en faveur d’une action menée par une psychologue évangéliste, Rozangela Justino, et rétabli l’autorisation légale de mener des « thérapies de conversion » et d’entreprendre des recherches sur ces prétendus traitement permettant de « guérir » (sic.) les homos et les trans.

La tournure de la décision judiciaire rendue publique le 19 septembre est perfide : le juge Waldemar de Carvalho stipule simplement qu’on ne peut empêcher les psychologues de proposer ces « thérapies de conversions » aux personnes qui le désirent – bien qu’elles soient généralement imposée par la famille de l’intéressé·e – mais propulse par la même occasion l’homosexualité dans la case des maladies, dont elle n’avait que trop tardivement été rayée, en 1990 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y a seulement 27 ans.

Rogério Giannini, à la tête du Conseil fédéral de psychologie du Brésil, dénonce une instrumentalisation de sa discipline au Guardian :

Il n’y a aucun moyen de guérir ce qui n’est pas une maladie. Ce n’est pas un débat sérieux et académique, c’est un débat lié à des positions religieuses ou conservatives.

En 2009, la psychologue Rozangela Justino avait en effet plaidé qu’elle se sentait « dirigée par dieu pour aider les personnes homosexuelles » et avait fini par perdre sa licence et son droit d’exercer en 2016 pour avoir proposé des « thérapies de conversion » malgré leur interdiction.

Torture, aberration, conservatisme…

Exorcismes, électrochoc… Les dites « thérapies de conversion » sont pratiquées – plus ou moins officiellement – dans de nombreux territoires et les États qui les proscrivent légalement se comptent sur les doigt d’une main, bien que les Nations Unies assimilent ces pratiques à de la torture; en Europe, seule Malte a par exemple sauté le pas. En France, ce phénomène importé des États-Unis reste plutôt contenu, nous informait Libération en début d’année : ces « cures » sont réalisés dans la clandestinité de quelques groupuscules, souvent de pair avec un fondamentalisme religieux. Les associations LGBT n’en font pas encore une priorité dans les combats à mener.

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Dans l’enfer des thérapies de guérison de l’homosexualité

Au Brésil, ces thérapies furent interdite en 1999 par le Conseil fédéral de psychologie : les professionnels de santé avaient constaté qu’elles avaient des effets désastreux sur la santé mentale des « patients ».

Le Conseil fédéral de psychologie veut faire appel contre la décision du juge Waldemar de Carvalho qui renverse en partie l’interdiction de 1999, arguant que non seulement elle viole les Droits de l’homme, mais qu’en plus elle renvoie le pays à des âges obscures. Il sera aidé dans cet effort par le seul député ouvertement gay de l’hémicycle brésilien, Jean Wyllys, qui, cité par Veja.com, hurle à l’« aberration juridique. »

Brésil thérapies de conversion

D’après les commentateurs politiques, cette décision du juge Waldemar de Carvalho n’est autre qu’une manifestation de la vague conservatrice qui s’abat sur le Brésil depuis un an et la destitution de Dilma Rousseff. Une semaine avant le tollé provoqué par cette décision, des groupes chrétiens et évangéliques ont manifesté avec rage contre l’organisation d’une exposition sur l’art queer à Porto Alegre, rapportait alors le New York Times. Le pays connaît aussi des protestations violentes de cette frange de la population contre l’apparition de personnages homosexuels ou transgenres à la télévision.

Associations, politiques et célébrités contre les curas gay

Plusieurs ténors de la pop culture brésilienne prennent cependant la défense des LGBT par des prises de positions publiques online derrière le hashtag #curagay (qui se traduit par « cure gay »), à l’instar de la mégastar du Brésil Ivete Sangalo clamant à ses 17 millions d’abonnés Instagram que « ceux qui sont malades sont ceux qui croient à ces absurdités », ou d’Anitta, l’une des plus grandes chanteuses du moment. « Les gens meurent, ont faim, le gouvernement tue le pays avec la corruption, il n’y a pas d’Éducation, pas d’hôpitaux, pas d’opportunités à saisir… et les autorités perdent leur temps à annoncer que l’homosexualité est une maladie », a dénoncé la jeune femme dans un post visionné plus d’un million de fois.

Le géant Google s’est également fendu d’un message sur Facebook : « L’amour n’a pas besoin de guérison », et ce dernier a offert la possibilité à ses utilisateurs de draper leur photo de profil des couleurs de l’arc-en-ciel.

Les militants LGBT ont déjà prévu de marcher contre cette décision cruelle; des manifestations sont prévues dans tout le Brésil samedi 23 septembre 2017. Pour l’heure, ce sont les réseaux sociaux qui se nourrissent de dessins ou de baiser contestataires.

aqui não tem absolutamente nada pra curar, só pra celebrar: amor. muito amor. #homofobiaédoença #LoveIsLove 🏳️‍🌈

Une publication partagée par Daniel Bovolento (@danielbovolento) le

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Couverture : crédit photo @ubimalanconi/Twitter

  • benji

    Un cruel dessin mais ô combien révélateur.

  • Anthéa Vermeeren

    Petit rappel! Dieu nous a donné les 10 commandements et aucun d’eux ne condamnent l’homosexualité.

    • werpout

      C’est quoi ça les « 10 commandements » ???

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