L'Azerbaïdjan, voisin de la Tchétchénie, connaît à son tour des arrestations de masse contre les gays
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L'Azerbaïdjan, voisin de la Tchétchénie, connaît à son tour des arrestations de masse contre les gays


« Tout le monde a peur d’être arrêté en pleine rue », s’alarme un militant qui a fui ce territoire européen situé entre la Russie et l’Iran.

L’information, distribuée au compte-goutte par plusieurs activistes depuis le 22 septembre, fait tristement écho aux rafles survenues en Tchétchénie, dans cette même région du Caucase, et dont on apprenait l’existence au mois d’avril dernier. Cette fois-ci, ce n’est pas un journal qui tire la sonnette d’alarme, mais un organisme de défense des Droits de l’homme.

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Civil Rights Defenders a croisé différentes sources pour démêler le vrai des rumeurs, et assène un constat brûlant : « Au cours des derniers jours, la police de Bakou, [capitale de l’Azerbaïdjan] a mené des arrestations de masse contre au moins une centaine de membre de la communauté LGBT. » D’après ses informations, les personnes visées seraient des hommes gays et des femmes trans, arrêtés de manière arbitraire dans les bars, dans la rue voire même des lieux d’habitation privés, aux alentours de Bakou, la capitale, puis soumis à de mauvais traitements au poste de police.

« Les détenus ont été battus, insultés, contraints à passer un examen médical, et les femmes trans ont vu leur crâne rasé de force », poursuit l’ONG suédoise qui somme l’Azerbaïdjan de cesser ce harcèlement.

Rafles anti-gay sous couvert de lutte contre la prostitution

Là encore, le scénario rappelle les mesures mises en place par les forces de Ramzan Kadyrov. Communiquant à Civil Right Defenders des informations sous couvert de l’anonymat, des anciens détenus affirment avoir été relâchés après avoir donné aux policiers l’adresse d’autres personnes LGBT, qui furent à leur tour arrêtées et soumises au même traitement violent.

Javid Nabiyev, à la tête de l’association LGBT azérie Nefes, corrobore ces témoignages. Au contact de personnes sur place, il ajoute que certains détenus auraient finalement été inculpés pour possession de drogue ou « violence contre la police » et enfermés pendant une vingtaine de jours, tandis que d’autres se sont vus demander de l’argent en échange de leur libération.

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Du côté des autorités, deux versions officielles s’affrontent. La police a d’abord clamé qu’elle ne visait que les travailleuses du sexes du centre-ville de Bakou parce qu’elle avait reçu des plaintes. Au gouvernement, soutenu par la presse locale, on enfonce les détenus en affirmant que la majorité d’entre eux détenaient des stupéfiants, ou présentaient des IST à l’instar du VIH au moment de leur arrestation.

Le pire pays d’Europe pour la population LGBT

« Dans notre pays, les représentants des minorités sexuelles n’ont jamais été persécutés », proclame insidieusement un porte-parole du ministère de l’Intérieur face à la polémique. Effectivement, dans les textes, l’homosexualité y est officiellement légale depuis 2009. Mais officieusement, les personnes LGBT sont en première ligne des crimes de haine et des violences discriminatoires parfois émises de la bouche de leurs propres représentants. En 2016, le pays a été classé grand dernier par ILGA-Europe qui note les pays pour leur caractère LGBT-friendly. Loin derrière la Russie et l’Arménie, l’Azerbaïdjan apparaît comme le pire pays du continent lorsqu’on est homo ou trans.

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D’après l’association, la politique anti-gay intervient d’ailleurs comme un moyen, pour le pays, de se distancer de l’Occident ; théorie encore alimentée par la déclaration d’Ayaz Efendiyev, député de l’opposition, suite aux arrestations de masse, qui tonnait qu’en « défendant ces créatures sources d’immoralité, de maladies dangereuses, qui ont été maudites par Dieu, les cercles occidentaux essaient de détruire nos traditions nationales au nom des droits de l’homme”. »

« Chaque année, des centaines de personnes LGBT sont exposées à la violence physique, psychologique et économique par leur famille ou leur entourage, indiquait Javid Nabiyev au Guardian en 2016, ils sont tués, forcés de vivre une double-vie, de se suicider ou de quitter le pays. » Lui-même a connu deux exils : un premier vers la Turquie avec son fiancé, pour échapper à la campagne de haine – encouragée par les médias – qui a suivi leurs fiançailles et qui s’est muée en menaces directes émises dans le voisinage. La seconde fois, il a quitté le pays pour échapper aux persécutions des autorités après avoir fondé Nefes; l’année dernière il logeait en Allemagne, dans un centre d’accueil pour réfugiés qu’il avait décoré d’un rainbow flag et d’un drapeau de son pays.

Azerbaïdjan arrestations de masse
Javid Nabiyev s’exprimant à la Pride 2017 de Darmstadt en Allemagne – ©Queer Refugees for Pride
/Facebook

« Restez dans l’ombre »

Le décor n’a pas changé dans la vidéo qu’il postait le 22 septembre pour alerter ses compatriotes. « La communauté LGBT a peur parce que la police a sa propre idée de l’homosexualité… Tout le monde a peur d’être arrêté à tout moment dans la rue. » Son élocution posée atténue l’urgence de ses mots :« N’acceptez pas de rendez-vous », crie Javid Nabiyev dans sa vidéo Facebook. Une casquette Nike enfoncée sur le front, le militant poursuit ses indications : « Ne révélez pas votre orientation sexuelle et votre identité de genre à des personnes que vous ne connaissez pas, ne répondez pas à des appels d’inconnus, restez dans l’ombre quelque temps. »

Actif depuis Düsseldorf, le militant renseigne régulièrement l’évolution de son enquête sur son compte Facebook.

Couverture : Vue de Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan

  • Lucien Dédé

    quelle horreur dans ce monde,votez le pen et vous aurez la meme chose

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