Emilie Lopez de TPMP : confessions de l’une des deux seules lesbiennes de la télé
Buzz/People

Emilie Lopez de TPMP : confessions de l’une des deux seules lesbiennes de la télé


« C’est le premier entretien que j’accepte. Parce que TÊTU pour moi, ça fait sens ». Emilie Lopez a été « très touchée » par notre demande d’interview. La presse l’a déjà sollicitée, notamment après la polémique autour du « sketch homophobe », mais elle n’en avait jamais parlé publiquement. Celle qui a ardemment défendu Cyril Hanouna nous a également parlé du fait d’être la seule lesbienne assumée de Touche pas à mon poste (et seulement la seconde de la télé française).

Journaliste média, passée par Toutelatélé.com et Téléstar pendant 6 ans, sur Europe 1 dans le « Grand direct des médias » époque Morandini, elle y croise Cyril Hanouna qui l’embauche comme chroniqueuse, puis rédactrice en chef de Touche pas à mon poste en 2016, sur C8. Elle est l’une des rares à n’être jamais affublée de déguisements, ni cuisinée sur sa vie privée. Au contraire même, plus elle assume, plus elle désarme. Comme lors de notre rencontre.

TÊTU : Vous êtes, avec Marie Labory (Arte), la seule lesbienne à assumer à la télévision, à ne jamais dire « mon compagnon » à la place de « ma compagne » : est-ce que vous avez hésité à être out publiquement, surtout que dans TPMP, la vie privée est un pilier ?

Emilie Lopez : Avant de signer avec Cyril Hanouna, je savais très bien que ça allait être évoqué. Je ne suis pas très discrète sur les réseaux sociaux, mais j’étais plutôt inquiète par rapport à Noémie, mon amoureuse. Je suis partie du principe que ma famille – qui a été top lors de mon coming-out – et mes amis n’avaient pas de problème avec mon homosexualité, c’est un tel travail que de faire son chemin, que je me suis dit que je ne devais pas le cacher. Je ne voulais pas faire semblant d’être hétéro, parce que je ne vois pas le problème, pas l’intérêt de mentir. Moi je suis bien dans ma peau… Que ça dérange, tant pis, pas pour moi, mais pour eux…

Quelles ont été les réactions ?

J’en ai parlé avec Noémie avant, que ça engageait. Elle m’a répondu : « Pas de souci ». Cyril un jour m’interroge : « Et vous, on ne sait pas, vous êtes célibataire, en couple ? » alors qu’il savait, qu’il connait Noémie. Je lui réponds : « Je suis en couple, et bien en couple ». Et il me demande : « Comment il ou elle s’appelle ? », alors j’ai répondu « Elle s’appelle Noémie », et Cyril a dit : « Et bien, bisou Nono ». Ce n’est pas un sujet sur lequel on s’est arrêté pour faire de blagues, c’était juste naturel…

Je reçois beaucoup de messages, je parle régulièrement de ma compagne ou des filles que je trouve jolies à la télé. Certaines jeunes filles me remercient parce qu’elles ne se sentent pas assez représentées, d’autres me posent des questions sur le coming-out, je reçois des message de femmes mariées à des hommes qui pensent quitter leurs maris, des mamans de lesbiennes aussi, pour avoir des conseils… Quand c’est trop compliqué, je les renvoie vers des assos comme SOS homophobie ou le Refuge où j’ai déjà fait une rencontre avec les jeunes.

Mes vacances avec Tintin w/ @justmenoem #SeulesSurMars #Lanzarote #VacancesKiffance

Une publication partagée par emilielopez (@emilielopez) le

En tant que lesbienne adolescente, tu aurais aimé avoir des modèles comme tu peux l’être aujourd’hui pour ces jeunes femmes ? 

J’ai de la chance, je viens de la périphérie de Paris, ma mère a toujours eu des amis gays, ce n’était pas un problème. À part l’acceptation de soi, au début. En France, on a qui ? Muriel Robin, mais qui a fait son coming-out très tard, Catherine Lara… en assumée… Océanerosemarie aussi, maintenant.

Et le personnage de Camille Cottin dans la série Dix pour cent ! Mais très déçue de la seconde saison où elle se tape un mec, alors que la série aurait pu montrer tellement de choses intéressantes sur le fait d’avoir un enfant en tant que lesbienne par exemple…

Bizarrement, la presse n’en a pas parlé, alors que dès qu’un homme fait son coming-out, c’est un événement…

Je ne suis pas non plus très connue, il faut regarder TPMP pour savoir que j’existe, je ne suis pas Frédéric Lopez… Mais c’est vrai que les lesbiennes « n’existent pas trop » pour les gens. On pense que ce sont des meilleures amies qui se font des bisous de temps en temps. Bah non, on fait plein de choses ! Ce n’est pas parce que « je n’ai pas couché avec le bon garçon » ou que j’ai « eu un problème avec mon père »… Je suis né comme ça. Et puis regardez la personne avec qui je suis vous comprendrez pourquoi je suis avec une fille depuis 6 ans ! J’aime les filles pour les mêmes raisons qu’un garçon hétéro aime les filles.

À LIRE AUSSI :

Coming-out de Frédéric Lopez : Matthieu Delormeau remet les pendules à l’heure

Contrairement à Mathieu Delormeau, qui a mis du temps à assumer son homosexualité à l’antenne, vous n’en n’avez jamais fait mystère. Est-ce que vous pensez avoir échappé aux blagues vaseuses ou aux insinuations parce que vous assumez depuis le début ?

Peut-être. Et puis Mathieu s’en amuse aussi beaucoup. Il joue les amoureux transis de Cyril, c’est dans la blague. Et même avant d’arriver dans TPMP, Mathieu était très clivant, il était sur NRJ12, il arrivait avec une image un peu différente de moi. Lui c’est une personnalité connue de la télé, moi je suis juste une journaliste qui fait un peu de télé… donc ça a été plus simple.

Cousine’s wedding day w/ my gorgeous amazing fiancée @justmenoem ❤️ #Family #Love #Happy

Une publication partagée par emilielopez (@emilielopez) le

 

La polémique

Vous avez très ardemment défendu  Cyril Hanouna suite à la polémique du « sketch homophobe », jusqu’aux larmes sur le plateau. Avez-vous malgré tout compris les attaques ? Avez-vous été personnellement touchée ? Avez-vous compris que Mathieu Delormeau se dise plus touché, car gay ?

Pour moi, ça reste une blague ratée, maladroite. Ça faisait deux ans que je bossais avec Cyril, quand c’est arrivé. On a tous été touchés, jusqu’à la prod. C’était très violent. Les gens ont tendance à oublier que dès le lendemain, il s’est excusé. Et il avait invité deux associations, une virulente et une plus compréhensive. J’ai demandé ce jour-là à faire l’émission, pour le défendre. Cyril n’est pas homophobe.

Moi je sais ce que c’est l’homophobie, je me suis fait taper sur la gueule par un groupe de filles en sortant d’un bar de filles, il y 7 ans. J’ai eu 3 jours d’ITT. La fois où Boutin et compagnie ont lancé leurs conneries de Manif pour tous, ma chérie s’est fait courser en sortant du sport, en se faisant traiter de sale gouinasse… Elle a dû se barricader à la maison.

 

Mais ce qui lui était reproché, c’est que c’était une blague qui amène à ce genre d’agissements, une caricature supplémentaire des homos qui amène à penser ce genre de choses. Pas une agression en direct bien-sûr, mais une vision homophobe des homosexuels…

Juste une heure avant, il y avait un débat sur le téléfilm Baisers volés de France 2 ; c’est Cyril qui avait insisté pour en parler. Il venait de rappeler l’importance de la lutte contre l’homophobie, il portait le ruban du Refuge… Tous les jours dans l’émission, on rappelle non seulement que l’homophobie fait mal, mais tue…  Il fallait que j’aille le défendre.

L’AJL avait rassemblé les évocations de l’homosexualité par Cyril Hanouna sur une semaine, et montré son obsession sur le sujet. Aujourd’hui, on ne peut plus faire des blagues comme il y a 30 ans car la société évolue. La caricature passe moins bien, car elle stigmatise et blesse, réduit à des clichés. Et puis surtout, c’est toujours envers les même non ? Est-ce qu’on caricature les hétéros ?

Je suis contre la « non-marginalisation ».  Tous les jours dans TPMP, Jean-Michel Maire se fait caricaturer comme un gros queutard, Isabelle Morini-Bosc comme la personne mariée depuis 30 ans qui ne baise que le week-end… Ce sont aussi des caricatures.

Mais les hétéros n’ont pas la même histoire, pas souffert des mêmes clichés… Ils ne se sentent pas représentés. Être lesbienne à la télé, c’est presque obligatoirement une cause à porter, non ? Vous sentez vous militante ? Êtes-vous sensible au sujet de la PMA par exemple, et de comment il est traité ?

Avec tout ce qui se passe depuis le mariage pour tous, on a décomplexé les homophobes, qui sous couverts de défendre ce qu’ils pensent être « la famille », nous en foutent plein la gueule et essaient de nous dire qu’on n’est pas normaux. Je ne comprends pas comment le désir d’enfant peut apporter autant de haine de la part des gens… Un papa, une maman ? Mon papa est décédé quand j’avais 8 ans, j’ai eu la chance d’avoir été élevé par un homme extraordinaire qui est mon beau-père. Si je suis leur raisonnement, ça ne serait pas mon père parce qu’on n’a pas le même sang ? Sauf que sans lui, je ne serais personne, pas celle que je suis aujourd’hui… Comment refuser à un couple qui s’aime, d’élever un enfant ? Nous, à la différence des hétéros, avoir un enfant, ça sera jamais un accident. C’est toujours très réfléchi. Tout ne devrait être qu’une question d’amour…  Un papa, une maman ?  C’est une fiction. Il n’y a pas un seul type de famille.  Et même dans les fictions, elles ne sont pas comme ça !

Avez-vous parfois souffert de l’image des femmes dans l’émission ? Par exemple lorsque Jean-Michel Maire a embrassé les seins d’une femme sans lui demander son avis ? Ou lorsque les femmes sont réduites à leurs physiques dans les commentaires autour de la table ?

Il faut se rappeler que TPMP c’est avant tout une bande de potes qui se marrent et se lancent des vannes. Un peu comme on peut le faire autour d’un café avec un groupe d’amis. Et puis il arrive aussi, par exemple, que Caroline Ithurbide parle, pour la vanne, d’un mec comme une croqueuse d’hommes ! Ou que l’une d’entre nous réplique aux vannes de nos copains. Et surtout, on se respecte tous dans l’équipe…

À LIRE AUSSI :

Le CSA condamne TPMP pour ses humiliations et son sexisme

Notre amour sera toujours plus fort que votre haine. #marchedesfiertes #lovewins #gaypride #memories #TBS ❤️ w/ my @justmenoem

Une publication partagée par emilielopez (@emilielopez) le

 

Emilie Lopez intervient quasi tous les jours dans C’est que de la télé, le before de Touche pas à mon poste, présenté par Julien Courbet. Et de temps en temps dans sa « grande sœur », présentée par Cyril Hanouna. Retrouvez-la sur Instagram, et sur Twitter.

ads