Égypte : Un drapeau LGBT agité en plein concert déclenche une
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Égypte : Un drapeau LGBT agité en plein concert déclenche une "chasse aux sorcières" anti-gay


« L’État arrête des gamins et viole leur corps », dénonce le groupe de rock qui s’est produit au Caire, le 22 septembre, devant 35 000 personnes et un drapeau arc-en-ciel.

Trente-trois. C’est le nombre d’hommes et de femmes qui ont été arrêtées en Égypte depuis qu’un groupe de jeunes a agité un drapeau arc-en-ciel pendant le concert de Mashrou’ Leila. Le groupe libanais, connu pour son engagement en faveur des droits LGBT et l’homosexualité assumée de son chanteur Hamed Sinno en dépit de la législation homophobe de son pays, se produisait au Caire, le 22 septembre.

Arrêtés sous leur toit, dans la rue, via les applis

Trois jours plus tard, une fois les photographies du rainbow flag diffusées sur les réseaux sociaux, le ministère public égyptien a lancé une enquête pour « incitation à la débauche », une terminologie permettant, avec le « mépris de religion », de poursuivre pour homosexualité, même si elle a été officiellement dépénalisée. Depuis, une série d’arrestations frappe la capitale et ses alentours.

L’association Solidarity with Egypt LGBTQ+  fait état de policiers faisant irruption dans les logements d’activistes pour les tirer jusqu’au commissariat. C’est le cas de Sarah Hegazy, arrêtée chez elle en pleine nuit parce que soupçonnée d’avoir brandit le fameux drapeau arc-en-ciel; elle est la première femme à être impliquée dans ce genre d’affaire depuis de nombreuses années. Elle est accusée, avec deux autres hommes, d’avoir « formé un groupe contraire à la loi » et de « propager son idée ».

Ali Farag – Sara Hegazy – Ahmed Alaa : ils ont été arrêtés aujourd’hui à différents endroits pour avoir agité un drapeau arc-en-ciel lors du dernier concert de Mashrou’ Leila.

Six hommes ont également été arrêtés en pleine rue pour « débauche », les policiers plaidant qu’ils étaient impliqués dans l’affaire. D’autres ont été attrapés sur des applications de rencontre gay, technique échaffaudée par les autorités égyptiennes.

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Examens anaux forcés et procès expédiés

Les organismes de défense des droits de l’homme incriminent directement les médias comme les artisans de cette escalade de violence. L’Egyptian Initiative for Personal Right accuse ainsi le discours de haine qui s’est déployé dans plusieurs journaux locaux pour stigmatiser les homosexuels depuis « l’affaire du drapeau. » Mais le Conseil supérieur de régulation de la presse ne compte pas inverser la vapeur : samedi 30 septembre, cet organe officiel a strictement interdit toute « promotion de l’homosexualité » justifiant qu’il s’agissait d’une « maladie honteuse à cacher ».

Amnesty International indique que la semaine dernière, la première victime de ces arrestations a été condamnée, sans pouvoir bénéficier d’un avocat, à 6 ans de prison suivies de 6 autres années probatoires : il devra se présenter au commissariat jusqu’en 2029 si sa tentative de faire appel échoue… Dix-sept autres personnes ont comparus à huis-clos devant la Justice le 1er octobre et connaîtront leur verdict à la fin du mois. L’organisme de défense des droits humains dénonce aussi l’usage d’examens anaux forcés sur cinq détenus, pratique pourtant apparentée à de la torture par les Nations Unies, et au viol par plusieurs associations.

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Mashrou’ Leila sort du silence

« L’État est actuellement en train d’arrêter des gamins et de violer leur corps », renchérissent les musiciens du groupe Mashrou’ Leila, qui ont finalement tenu à s’exprimer « quand il est devenu évident que l’appareil égyptien était enclin à exécuter les plus atroces violations des droits de l’homme » contre les homosexuels supposés.

égypte drapeau arc-en-ciel Mashrou' Leila
©Twitter

À leurs 500.000 followers, les cinq hommes dénoncent une collusion médiatico-politique :

C’est douloureux d’imaginer que toute cette hystérie a été générée parce qu’un groupe de jeunes a agité un morceau de tissu qui représente l’amour. […] Mais ce qui a d’abord semblé être une frénésie médiatique irresponsable, s’est révélé bien plus tactique qu’une simple coïncidence.

Interdits de concert en Égypte depuis la polémique par le conservateur Syndicat des musiciens égyptiens, les membres de Mashrou’ Leila appellent à « un mouvement de solidarité international » pour « arrêter immédiatement la chasse aux sorcières et relâcher tous les détenus. »

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Couverture : Mashrou’ Leila en concert à Alexandria aux États-Unis, le 1er octobre 2017 – crédit photo Twitter

  • Cédric Legrand

    C’est terrible de lire ça et de penser que certains vont payer de plusieurs années d’emprisonnement leur courage de s’être un jour élevé contre la barbarie idéologique de leur pays de naissance. Mais que peut la communauté internationale pour faire plier les dirigeants ?
    A un niveau plus personnel, je rage de ne plus profiter de ce pays pourtant si riche culturellement. Un boycott touristique peut-il quelque chose ?

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