Pierre Palmade, l'interview confession définitive : « Être moi, ça m’a pris du temps »
Culture

Pierre Palmade, l'interview confession définitive : « Être moi, ça m’a pris du temps »


Son numéro commence dès qu’il nous ouvre sa porte : « On s’est déjà vus non ? Le jour ? La nuit ? » En fait, non. Jamais. Pierre Palmade n’a jamais accordé d’interview à TÊTU. Entre lui et nous, il y a eu pendant des années comme un malaise.

Une incompréhension nourrie par un coming out douloureux, des sorties malheureuses dans la presse et une détestation (le mot n’est pas trop fort) de sa propre homosexualité. Et pourtant, il y a ces sketches d’anthologie et ces spectacles qui nous ont fait mourir de rire. D’Alex Lutz à Vincent Dedienne en passant par Jarry, Pierre Palmade est célébré comme le père de toute une génération d’humoristes. Un enfer pour celui qui ne supporte pas de se voir vieillir. À 49 ans, après plusieurs pièces de théâtre, le comédien renoue avec ses premières amours : le one-man-show. L’occasion de recevoir TÊTU, histoire de dissiper quelques malentendus. Avant de commencer, il prévient : « C’est la dernière interview sincère que je donne ». Profitons-en !

Pierre Palmade

TÊTU : Votre nouveau spectacle, Aimez-moi , signe votre retour au One Man Show. Le genre vous 
manquait ?

Pierre Palmade : Oui, c’est un retour aux sources ! Récemment, j’ai regardé mes anciens spectacles et je me suis dit « Mais c’était vachement bien ! » Je sors d’une période où je me mettais beaucoup en scène. Je suis un peu à sec sur le côté autofiction comique. J’ai à nouveau envie d’incarner des personnages. De faire rire avec des sketches mais avec des moments un peu absurdes, un peu poétiques… Attention je ne déclame pas des alexandrins non plus ! Mais ma copine Mireille Dumas m’a dit : « Pierre, tu as aussi une part de poésie. Tu offres des choses que tout le monde n’offre pas ». Alors je me suis dit qu’il fallait peut-être aller chercher un public de théâtre qui ne s’attend pas qu’à rire. C’est pour ça que je vais au Rond-Point. J’ai même passé une audition de débutant devant Jean-Michel Ribes (directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris, ndlr) ! (…)

L’homosexualité était au centre de vos dernières pièces de théâtre, Le Comique, Le Fils Du Comique, c’était une façon de mettre les choses au point ?

En 2007, j’en ai eu marre d’affronter le double-regard qu’on posait sur moi. Sur deux personnes que je croisais dans la rue, l’une me regardait en souriant, l’autre qui peut-être savait que j’avais des soirées parisiennes arrosées, me jugeait comme un dépravé. J’avais l’impression d’être tour à tour un premier de la classe et un cancre. Alors je me suis dit, je vais faire une pièce où je vais brillamment parler de ma part d’ombre : l’alcool, la drogue, la différence d’âge quand on a 40 ans et qu’on drague des petits jeunes de 20 ans… C’était ma façon de dire : « J’assume tout ».

 

Avant je me trouvais romantiquement hétéro et sexuellement homo. Ça commence à me lâcher un peu.

 

On vous a parfois reproché de ne pas assumer cette vie ?

Dans les années 90, il y avait une cloison énorme entre le Paris gay où on faisait ce qu’on voulait et le « bon peuple », qui lui n’était au courant de rien. Puis la paroi entre ces deux mondes est devenue poreuse et je l’ai mal vécu. À cette époque, j’avais besoin de boire pour vivre mon homosexualité. En étant gay, j’avais l’impression de décevoir des gens qui comptaient pour moi.

N’est-ce pas un parcours commun à beaucoup d’homosexuels ?

Peut-être. D’où ça vient ? Je ne sais pas. Après le décès de mon père, il n’y avait que des femmes dans ma famille. Je suis devenu protecteur. Très vite ce sentiment s’est confondu avec l’hétérosexualité. Je plaisais aux filles, je faisais rire les copains… Mais mon corps, lui, bandait plus pour les copains que pour les femmes. Pourtant je ne vivais bien le rapport de séduction et le romantisme qu’avec des femmes. Ça commence à me lâcher un peu mais je me trouvais romantiquement hétéro et sexuellement homo. J’ai eu des histoires d’amour avec des femmes, dont une très connue, avec Véronique Sanson. Personne n’y croit mais je m’en fous. (…)

 

Dans les années 90, on s’est reconnus avec Muriel dans le fait qu’on vivait très mal notre orientation sexuelle.

 

On se souvient d’une interview où vous disiez vivre votre « homosexualité comme une maladie ». D’une autre où vous expliquiez être « triste d’être homo ». Ça va mieux ?

Tout le monde m’est tombé dessus ! J’ai dit que je le vivais comme une maladie et on a déformé ça en « Palmade déclare que l’homosexualité est une maladie ». Mais je n’ai jamais parlé que pour moi. J’étais triste d’être homo. Je pense que ma vie aurait été plus simple si j’avais été hétérosexuel. Ça m’épuise d’être mal interprété. Cet entretien à TÊTU, c’est la dernière interview sincère que je donne. Après je serai plus consensuel comme ça on ne parlera que de mes spectacles. Mais finalement, ces déclarations ont été thérapeutiques. En disant : « Je suis triste d’être homo », je me suis dit : « Pierre, faut que tu te consoles maintenant ! C’est fou de dire un truc pareil ! » Et depuis trois ans, 
ça va mieux.

 

Ceci est un extrait. Il vous reste 50% de cet interview à découvrir dans le numéro 216 de TÊTU, disponible exclusivement en version numérique.
Le sommaire complet ici :

Sommaire du numéro 216 de TÊTU en ligne : « S’aimer au grand jour »

Acheter le numéro 216 en ligne sur issuu.com. Ou en parcourant le magazine ci-dessous :

 

 

Aimez-moi de Pierre Palmade en tournée d’octobre 2017 à avril 2018 et au Théâtre du Rond Point du 5 au 31 Décembre 2017.

Couverture et corps d’article : crédit photo Eddy Brière

 

A LIRE AUSSI : 

Après s’être aimées sur les planches, Muriel Robin et Michèle Laroque vont s’aimer au cinéma

ads