Dans la chambre à coucher de Thibault Gaëtan Dubroca, photographe
Culture

Dans la chambre à coucher de Thibault Gaëtan Dubroca, photographe


« Quand j’étais au Beaux Arts, une fille de ma promo a mis un drap devant les photos que j’avais accrochées au mur pour éviter d’y être confrontée. »

Gaëtan Dubroca, qui tend à se délester du prénom Thibault, est originaire de Marseille, mais il partage sa cité natale avec Paris et la capitale des Gaules. « J’ai du mal à prendre racine encore, nous écrit-il enfoncé dans le siège du TGV direction Lyon, où démarre aujourd’hui son exposition Dispersion; apologue d’un artiste qui admet volontiers qu’il « manque de discipline » mais qui aime ça.

Thibault Gaëtan Dubroca

C’est en traversant les musées avec sa mère qu’il a appris l’art du corps. De la peinture à l’huile, il passe à l’argentique. Le bac en poche, il apprend les fondamentaux du stylisme, avant de fuir sa formation pour une école de photographie puis opte finalement pour les Beaux Arts de Marseille. Là encore, la formation est écourtée « parce qu’elle me sédentarisait trop, songe Gaëtan. Et puis j’ai 25 ans, il faut que je bosse à un moment. »

L’année dernière, il a auto-édité son premier recueil de photographies assorties de poèmes. « J’aime bien écrire aussi, même si j’écris comme un enfant de 4 ans », s’autoflagelle l’artiste à la plume hypnotique nourri par Hervé Guibert et Marguerite Duras. Son ouvrage Combler le vide anticipe l’exposition Le chant des peaux cibles qui suit car « ne montrer que les images sorties de leur contexte, j’avais peur que ce soit mal interprété. Un texte c’est un peu plus frontal, il y a quelque chose de l’ordre de la mise à nu. » Depuis, l’artiste continue d’exposer sur la toile des mises en scène crues où personne ne pose. « Des moment de partage et de sexe », poussant les limites du corps, ses contorsions. Ses modèles sont des « rencontres occasionnelles, des amis, des amants, des amours. » D’une ombre dansant sur un mur à un fist-fucking harnaché.

J’aimais la photo, j’aimais le sexe, à partir de là j’ai commencé à photographier quand je le pouvais mes partenaires sexuels. Parfois j’assiste à des scènes sublimes, alors quand je peux j’aime essayer de les capter et de les partager.

Thibault Gaëtan Dubroca

Thibault Gaëtan Dubroca

Je suis très visuel, faire l’amour la nuit et dans le noir est quasiment impensable pour moi, bien qu’il faudrait que j’en fasse l’exercice consciemment : note à moi-même.

Thibault Gaëtan Dubroca

Thibault Gaëtan Dubroca

Il n’y a pas souvent de visages dans ces photo intimes, un peu plus maintenant. Souvent, les personnes qui n’ont pas envie qu’on les reconnaisse, pour des questions professionnelles, ou relationnelles, je respecte leurs choix; bien évidement certaines photos restent dans le domaine privé.

Thibault Gaëtan Dubroca

Thibault Gaëtan Dubroca

On rencontre beaucoup d’Arabes, dont peu assument leur homosexualité ouvertement et pour qui c’est difficile de se faire accepter tels qu’ils sont, alors pour eux c’est impensable de se faire photographier au lit avec un mec.

Subversif, Gaëtan préfère dire de son travail qu’il est un « témoignage », qu’il dresse un « portrait de cette face un peu cachée de la jeunesse homo actuelle, dont les repères sont instables et qui souffre consciemment ou non d’un sentiment de solitude, de rejet ou d’abandon, d’insécurité et de faible estime de soi. Et qui passe par un moment donné par cette phase de consommation sexuelle un peu intense ou tout du moins hors normes pour les hétéros, avec des partenaires multiples. » Indirectement militant parce qu’il rend présent des scènes qui sont d’habitude cachées, Gaëtan Dubroca est volontairement impliqué dans la lutte contre le VIH, qu’il alimentait par ses photographies prêtées à une campagne de communication pour la PrEP.

Des boîtes de traitements antirétroviraux également supports de ses « photos de cul », comme il les appelle, dans son exposition Dispersion. À la galerie Blitz, il exposera mêlés ses photographies, ses collages, ses dessins pendant un mois entier, à compter de demain. Une exposition encore introduite par la poésie :

« Quand ça va trop vite il convient aussi de s’arrêter,
de prendre une pause,
de prendre une pose.
Comme pour s’effacer un peu du reste,
pour se confondre et sentir là que l’on fait corps.
Changer de perspective,
Là, voilà, entre ciel et terre,
immobile. »

Thibault Gaëtan Dubroca

Dispersion à la galerie Blitz ouverte du mardi au samedi, de 11h à 20h
4 rue Louis Vitet à Lyon
jusqu’au 24 novembre 2017

 

Retrouvez les œuvres de Thibault Gaëtan Dubroca sur son compte Instagram.

 

Crédits photos Thibault Gaëtan Dubroca

  • Guillaume

    De magnifique photo sans vulgarité et pleine de sens. Si j’habitais pas aussi loin je pense que j’irai voir son expo

    • Eshen

      Oui, ce qui transparaît dans ces photos, ce sont avant tout des moments de partage.

  • Kris Cat

    photos sans maquillage ,sans éclairages sophistiqués, prises sur le moment en live, je trouve sympa et pas vulgaire

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