Elles font le tour du monde à la rencontre des autres familles homoparentales
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Elles font le tour du monde à la rencontre des autres familles homoparentales


Natacha et Sara sont parties en août 2017 avec leur fils Sacha à la découverte de trois continents. Leur objectif : rencontrer des familles homoparentales à travers le monde.

Sacha, avec sa petite tête blonde et sa bouille malicieuse, a deux mamans, Natacha et Sara. À eux trois, ils forment une famille homoparentale qui a la bougeotte. Depuis août 2017, la tribu s’est lancée dans un tour du monde en famille. D’ici juillet 2018, ils auront arpenté trois continents et plus d’une dizaine de pays. Le temps d’une année, Natacha, Sara et Sacha vont donc voir du pays. Mais leur voyage s’éloignera des sentiers battus des guides touristiques. Natacha et Sara ont en effet imaginé leur voyage pour qu’il se construise à la rencontre des autres. Ces autres familles homoparentales qui, sous différentes latitudes, ont façonné une famille hors du modèle hétéronormé.

Sous le nom de leur projet, « Love makes a family », une volonté militante qu’elles décrivent à TÊTU avec les mots suivants :

On souhaite donner de la visibilité à ces familles homoparentales qui sont de plus en plus nombreuses. On veut montrer qu’au-delà de la génétique et des lois existant dans les différents pays, c’est avant tout l’amour entre parents et enfants qui définit la famille. C’est une campagne de visibilité.

« Nous sommes fières de notre famille »

Leur famille, voilà quelques années qu’elles ont décidé de la fonder. Les chemins de Natacha et de Sara se sont entrelacés en 2003. Quatre ans plus tard, elles formalisent cette union avec un Pacs puis, dès la loi adoptée en France, elles se marient. Quelques années auparavant, en 2009, elles avaient pris la direction de la Belgique et de ses terres accueillantes pour les lesbiennes françaises en quête d’une insémination artificielle. Sacha, leur fils, a ainsi pu voir le jour en septembre 2010. Après leur mariage, Sara a pu l’adopter mais ce n’est qu’en 2015 qu’il a officiellement obtenu un certificat de naissance où figurent ses deux mamans. « Nous sommes fières de notre famille. Pendant les débats sur le mariage, nous nous sommes investies du sujet en allant manifester et en faisant plusieurs interviews avec des journalistes pour montrer qu’une famille homoparentale peut être une famille heureuse. Et montrer que notre fils allait bien », soutiennent Sara et Natacha.

Pour montrer d’autres familles comme la leur, les voilà donc décidées à organiser un tour du monde. Avant de prendre la route, elles se munissent d’une carte de l’Ilga (Association internationale des lesbiennes, gays, bis, trans, et intersexes) qui recense, par pays, les droits des personnes LGBT. « On a d’office éliminé les pays dans lesquels il y avait la peine de mort ou de lourdes peines de prison pour les homosexuel·le·s. C’était soit des pays où le mariage était autorisé (Nouvelle Zélande, Colombie) ou en cours de discussion (Australie, Chili), soit des pays où il n’y avait pas de lois contre les homosexuels (Chine, Thaïlande, Laos, Vietnam….) », décrypte le couple.

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« C’est comme si nous portions un message d’espoir »

En août 2017, après moult préparations, Natacha, Sara et Sacha sont sur le départ. Premier continent : l’Asie ; premier pays : la Chine. Pour préparer leur venue, Sara et Natacha ont cherché à entrer en contact avec des familles homoparentales sur place. « Dans plusieurs pays on va visiter des associations de familles homoparentales (un peu comme l’ADFH ou l’APGL en France) mais pour la Chine l’histoire est différente. Il n’en existait pas en tant que telles mais après de nombreuses recherches sur Internet, j’ai trouvé un article sur un couple de lesbiennes qui venaient d’avoir des jumeaux, se remémore Natacha. J’ai contacté le journaliste qui m’a mis en contact avec Rui, l’une des mamans à qui j’ai pu présenter notre projet. Elle avait un groupe WeChat (un peu comme Facebook) qu’elle avait appelé Rainbow Babies” et où des LGBT de toute la Chine échangent des informations sur comment et où avoir un bébé. » Rui y traduit ce projet de tour du monde quelques jours avant l’arrivée de la petite famille,  donnant envie à plusieurs membres du groupe d’entrer en contact avec cette dernière. Une fois sur place, Natacha, Sara et Sacha ont ainsi pu rencontrer des familles et des couples de lesbiennes dans toutes les villes qu’ils ont visitées. « Nous étions très touchées que ces personnes soient intéressées par notre histoire. C’est comme si nous portions un message d’espoir, dans le sens où nous avons un garçon de 7 ans qui va très bien, qui est heureux », analysent les deux femmes. Or, comme le souligne Natacha :

L’apparition de familles homoparentales en Chine est assez récente et les familles que nous avons rencontrées avaient principalement des enfants de moins de 2 ans.

Natacha, Sara et Sacha avec les familles homoparentales à Shanghai

 

Il semble toutefois difficile pour ces familles homoparentales de s’affirmer comme telles : « Pour certaines il s’agit d’un mariage arrangé entre un gay et une lesbienne, décrivent encore Natacha et Sara. Nous pourrions comparer cela à la coparentalité en France mais il y a une grande différence puisqu’ils doivent vivre ensemble, souvent chez les parents de l’un ou de l’autre.»

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La reconnaissance des familles homoparentales est loin d’être effective en Chine. Jusqu’à très récemment, un enfant devait obligatoirement avoir un père et une mère mariés pour obtenir des papiers d’identité. En parallèle, la Chine continue de censurer allègrement les sites internet aux contenus LGBT. Cela explique en partie pourquoi ces familles vivent « plutôt cachées ».

Ci-dessous, une interview réalisée par Sara et Natacha avec Yan et Ann qui veulent fonder une famille :

Pourtant, le passage des deux Françaises et de leur fils semble avoir légèrement fait bouger les lignes. D’après Rui, leur visite a motivé les membres de Rainbow Babies” à dépasser les discussions en ligne au profit de « rencontres physiques ». « Cela va nous permettre de communiquer plus simplement, de partager les derniers potins, de voir nos enfants jouer ensemble au parc. Cela va nous rendre plus fort ! », se réjouit déjà Rui.

Autre constat, bien plus surprenant pour le couple : l’engouement des lesbiennes pour les donneurs d’origine occidentale. « Leur but c’est d’avoir un bébé métis car ça permettrait notamment de dire que le papa, qui n’existe pas, vit à l’étranger », développent Natacha et Sara.

Puis la Thaïlande, le Laos et le Vietnam

La Chine quittée après une quarantaine de jours sur place, la famille s’est dirigée vers le sud. Au Laos, elles n’ont malheureusement rencontré aucune famille homoparentale; les associations locales les avaient prévenues qu’elles n’en connaissaient aucune. Pas non plus de rencontres en Thaïlande, bien qu’elles furent en contact avec deux mamans thaïlandaises, dont Matcha Phorn In, une militante féministe et LGBT.

À Hanoï, au Vietnam, elles ont fait la connaissance des deux responsables de l’association Hanoï Queer. « Ils nous ont confirmé qu’il y avait au Vietnam un fort mouvement LGBT qui se bat aujourd’hui pour que leurs droits soient reconnus et qu’ils soient protégés mais que la communauté est très jeune et que la question de fonder une famille est encore loin de leur préoccupation », nuancent-elles.

Alors que la famille sera bientôt à Ho Chi Minh, elle a prévu d’y rencontrer l’association PFLAG. « Ce sont les parents de personnes LGBT, indiquent-elles. C’est intéressant pour nous de pouvoir leur expliquer qu’eux aussi, un jour, ils pourront devenir grands-parents. »

Après l’Asie, tous trois prendront la direction de l’Océanie où ils comptent bien prendre la température de la mobilisation en cours en faveur du mariage pour les couples de même sexe. Puis, Natacha, Sara et Sacha s’envoleront pour le continent sud-américain. Pendant leur passage sur ces deux continents, TÊTU s’entretiendra régulièrement avec Natacha et Sara pour qu’elles nous en apprennent davantage sur les familles homoparentales locales. En attendant, il est possible de les suivre sur le site dédié à leur projet : Love makes a family.

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Crédits photo : Love makes a family

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