Alexandra Hedison, ancienne héroïne de
Culture

Alexandra Hedison, ancienne héroïne de "The L Word", expose ses photos très privées à Paris


Une Américaine à Paris pour présenter vingt ans de ses photographies d’art à travers l’exposition « 10 Days, 20 Years : Work prints from 1997-2017 ».

20 ans de photographie résumés en une semaine, place du Panthéon. Le pari de la mairie du 5ème arrondissement parisien est audacieux. C’est qu’il fallait une artiste qui n’aime pas colorier dans les cases. Fille de l’acteur américain David Hedison, personnage récurrente de The L Word de 2006 à 2009 dans le personnage de la documentariste Dylan Moreland qui séduisit Helena Peabody, Alexandra Hedison a exposé ses travaux à travers le monde avant de poser ses cadres dans le temple des « Grands Hommes ». C’est avec son épouse au français parfait, l’actrice Jodie Foster, qu’elle installe dans la capitale cette rétrospective, gratuite, qu’elle définit volontiers comme « une appréciation du trajet parcouru », en plus d’une autre exposition lancée le 13 octobre à la H Gallery, cette fois-ci dans le 11ème arrondissement. Si on lui demande son histoire avec la ville, Alexandra Hedison répond qu’elle aime Paris et qu’un un jour elle emménagera peut-être ici… « On ne sait jamais. »

 

 

Alexandra Hedison : J’ai commencé à prendre des photos à Paris il y a quatre ans. Je photographiais les magasins et les commerces au moment où ils changeaient de propriétaire. Je prenais en photo leurs vitrines couvertes de peinture… on aurait dit des peintures abstraites. Ça a commencé comme ça. Avec le temps, j’ai réalisé que j’en prenais énormément et que c’était devenu le travail qui m’intéressait.

TÊTU : Environ 90 œuvres seront exposées au Panthéon. Quel fut votre critère de sélection ?

Ce sont des imprimés qui sortent de mon studio. Il y a aussi de plus petites photos imprimées que je n’avais jamais montrées jusque là; elles viennent tout droit de ma collection privée. Donc elles signifient quelque chose de particulier pour moi… J’ai sélectionné celles qui alimentaient le principal thème de mon travail, à savoir les différents genres d’espaces qui se situent entre deux points identifiables. Cet espace d’entre-deux, de in-between, entre un point qui nous est familier et quelque chose qui ne l’est pas encore… Ce sont comme des limbes. Toutes mes séries tournent autour de ça, qu’il s’agisse d’arbres photographiés dans une forêt humide d’Amérique du nord (série « Ithaka », ndlr), des sites en constructions à Los Angeles (série « (Re)Building ») ou des devantures parisiennes (série « The In Between »).

Il y a une attention particulière à la surface. Est-ce que ces entre-deux doivent être perçus comme des frontières ?

Je dirais que mon travail tourne davantage autour du processus d’identification des frontières et de leur traversée. Mais ces frontières peuvent être simplement dues à la mémoire : comment se rappelle-t-on des choses ? Quelles sont les histoires que l’on se raconte à propos d’un lieu ou d’un objet ? Il y a aussi dans mon travail une forte dimension architecturale avec la présence des lignes de démarcation, notamment dans toutes mes photographies marines.

 

 

Est-ce que vous vous définiriez comme quelqu’un de nostalgique ? Ou davantage comme quelqu’un qui vit dans le présent ?

Les deux, je dirais. Je pense que c’est idéal d’être vraiment très ancré dans le présent mais qu’il faut aussi détenir des références du passé et les considérer. Paris, pour moi, est la meilleure personnification de cette idée. C’est un endroit tellement moderne et excitant, l’art y est incroyable, la nourriture, la culture… Et en même temps la référence au passé y est constante, de même que le respect pour sa propre histoire; je crois que c’est pour ça que tout le monde aime autant cette ville.

Dans « In The Between » justement, vous nous offrez quelque chose qu’on n’a jamais pris le temps de regarder de manière contemplative. C’était une évidence pour vous d’exposer à Paris ses propres devantures ?

Oui et je ne savais pas trop comment le public allait le prendre ! Parce que toute cette idée des espaces auxquels on ne prête pas attention tourne autour des espaces intérieurs auxquels on ne prête pas attention : lorsque je traverse un changement dans ma vie, une fois que j’ai atteint l’autre rive où je me sens mieux, je ne suis plus au point de départ, je suis ici, à l’arrivée. On présente le passé et on présente le futur mais l’entre-deux est toujours un « work in progress« . C’est ça qui m’intéresse, les devantures avec leurs coups de pinceaux, leurs spirales, leurs éraflures… à côté desquelles les gens marchent sans un regard. Je voulais montrer ça différemment. Au-delà des paysages, tout ce que j’expose au Panthéon est une métaphore de mon approche créative : ces espaces en transformation qu’on a en chacun de nous. Et je pense d’ailleurs que l’identité même de Paris est instable elle aussi.

 

 

Vous avez appris la photographie en autodidacte. Est-ce que vous le regrettez ou bien pensez-vous que cela vous éloigne d’un certain carcan ?

Les deux encore une fois. Une partie de moi aurait rêvé d’aller en école d’art parce que je suis artiste, j’adore ces conversations sur l’art, sur l’histoire et sur tous ces processus. Je n’ai pas eu cette opportunité. Quand je suis entrée à l’université, je n’avais pas encore compris que l’art c’est ce que je suis et non pas seulement ce que je fais. Et en même temps, ça me donne beaucoup de liberté. J’ai en quelque sorte écrit mes propres leçons.

 

« J’ai toujours été sous le feu des projecteurs, que ce soit par mon père, ma compagne… »

 

Vous avez aussi été comédienne, réalisatrice… Pourquoi avoir finalement choisi la photographie comme medium ?

J’ai grandi à Los Angeles, mon père était acteur donc mon cadre de référence était ce monde-là. Je croyais qu’être actrice était le bon moyen de m’exprimer. Mais très vite je me suis rendue compte que je n’étais pas très heureuse là-dedans. Je ne me sentais pas capable de faire le travail que j’aurais dû faire, c’est-à-dire quelque chose de visuel. Moi je raconte des histoires à travers des images. Je peux en parler, mais incarner un personnage non, ce n’est pas le meilleur usage de moi-même. Ça veut dire quelque chose ça, « le meilleur usage de moi-même » ? (rires) Mais je continue malgré tout à réaliser quelques courts-métrages.

Vous êtes venue ici avec votre femme, Jodie Foster. Votre relation est devenue publique la même année que son discours aux Golden Globes, qui a été retenu comme son coming out. Était-ce difficile d’être sous le feu des projecteurs ?

Vous savez d’une manière ou d’une autre, j’ai passé toute ma vie sous le feu des projecteurs. Ils ne brillaient pas forcément sur moi, mais sur mon père, sur la personne qui partage ma vie… Moi je suis passée sous la lumière par intermittence. Parfois j’essaie de l’éviter mais à d’autres moments je n’ai pas d’autres choix que de traverser. Ça me donne juste une autre perspective parce que tout ça n’est pas vraiment réel, c’est ce qui est derrière qui compte. J’essaie juste de me concentrer sur mon travail et sur les choses qui ont de l’importance à mes yeux.

Avant cela vous avez partagé la vie d’Ellen Degeneres, très connue pour son engagement dans la lutte des droits LGBTQ. Vous considérez-vous également comme une activiste ?

J’ai des amis qui sont de vrais activistes, qui font un travail gigantesque pour la communauté, qui ne sont pas seulement engagés pour les droits des homos mais aussi pour les droits des femmes, pour la cause des réfugiés, etc. Donc me considérer comme une activiste au regard de ça, ça ne me semble pas correct, j’estime que je n’y ai pas consacré assez de temps. Mais je pense néanmoins que le personnel est politique et que la façon dont je vis ma vie a toujours été honnête. Je n’ai jamais caché qui j’étais. Et je pense qu’être qui on est, d’être sincère avec ça et d’en être utile pour les autres, relève du politique. Il y a du politique dans le fait de choisir de ne pas être effrayé, de choisir de donner de la voix et de se faire connaître.

 

« On s’éclatait sur le tournage de The L Word ! »

 

En France, beaucoup vous ont découverte dans le rôle de Dylan dans The L Word. Qu’est-ce que cela représente d’avoir participé à cette aventure, la première à présenter de cette manière l’amour lesbien à la télévision ?

C’était tellement drôle ! Si j’ai participé à la série – à l’époque j’avais déjà arrêté la comédie – c’est parce que mon amie Leisha Hailey (qui jouait le personnage d’Alice Pieszecki dans la série, ndlr) me racontait à quel point elle s’éclatait sur le tournage. Et puis je connaissais la productrice du show, Ilene Chaiken… Bref, tout le monde me disait de venir, que c’était super sympa. J’ai aussi accepté d’en faire partie parce que j’ai senti que ce qu’il se passait dépassait la série télé en elle-même : c’était un moment important et je voulais participer à cette conversation. Au final c’était un environnement de travail incroyable, tellement bienveillant. On a été à Vancouver qui est un endroit magnifique… Je ne le referais pas (rires) mais c’était une expérience géniale.

Pourquoi ça ?

Je ne sais pas trop… Je suis tellement occupée par la photographie que je n’arrive pas à m’imaginer faire quoi que ce soit d’autre. Je n’ai même pas le temps d’être chez moi à Los Angeles !

Un sequel de la série a été annoncé. Pensez-vous qu’un tel show TV a autant à apporter aujourd’hui que ce fut le cas à l’époque ?

The L Word n’est pas si vieux mais les temps sont tellement différents aujourd’hui… Je ne suis pas sûre. Je ne sais pas comment ils vont réaliser cette suite mais je pense que ce sera intéressant quoi qu’il en soit.

Pour ce qui est de la photo, de nouveaux projets en tête ?

Je travaille toujours sur plusieurs choses, comme des ficelles que je suis sans vraiment savoir où elles vont me mener. S’il y a 5 ans, je n’aurais jamais dit que je shootais des fenêtres à Paris; c’était une des multiples pistes que je suivais. Pour l’instant, j’ignore où vont me mener ces choses sur lesquelles je travaille.

Parmi toutes les photographies exposées au Panthéon, y en a-t-il une que vous appelleriez votre chef d’oeuvre ?

J’ai plusieurs préférées, mais vous devrez venir à l’exposition pour que je vous les pointe du doigt…

 

« Ten Days, Twenty Years. Work prints from 1997-2017 »
Jusqu’au 10 novembre 2017
Panthéon, salle René Capitant
21, place du Panthéon
Paris 5ème

« The In Between »
Jusqu’au 25 novembre 2017
H Gallery
90, rue de la Folie-Méricourt
Paris 11ème

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