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"Cajita feliz" : la drôle de tradition des gays dans le métro à Mexico


Ligne 1, 2, 6 ou 7, les gays solitaires se rencontrent dans la dernière voiture du métro mexicain pour rendre les trajets plus « chaleureux »… Et tout peut arriver, surtout ce que vous imaginez !

Au début des années 80 en France s’est esquissé un début de mouvement : on disait que la seconde, puis la dernière rame du métro parisien était le lieu de rendez-vous des homosexuels. Tout était parti d’un slogan de la RATP : « Démarquez-vous, prenez la deuxième voiture », en opposition à la voiture individuelle. Les gays l’auraient pris au mot. En 1981, des 4 par 3 vantaient même les mérites de la « deuxième voiture » qui mettait en scène un garçon très « folle », au brushing très Dynasty…  Depuis, la légende perdure, même si peu ont fait des rencontres (ou n’ont pas attendu le dernier wagon pour cela)…

Mais à Mexico, c’est bien une réalité : sur la ligne 1, qui passe notamment par le quartier gay, mais aussi la 2, la 6 ou la 7 – et par souci de ne rater aucune occasion, sur toutes les lignes dorénavant – les gays solitaires se rencontrent dans la dernière voiture du métro pour rendre les trajets plus « chaleureux »… On appelle cette pratique la « cajita feliz », en référence à la « Magic box » de McDonald qui comporte toujours un cadeau.

Il faut d’abord rappeler les conditions générales dans lesquelles on navigue à Mexico : le métro est très connu pour être bondé aux heures de pointe. Mais quand on dit « bondé », on veut dire « impossible de respirer, de ne pas être collé à huit personnes en même temps et parfois l’obligation de laisser passer deux à trois trains, faute de place ». Pour les Franciliens : la ligne 13, mais partout, et en pire.

Chacun sa rame

La promiscuité est un vrai fléau dans le métro de la ciudad. Surtout pour les femmes, qui ont longtemps eu à subir les comportements déplacés de nombreux hommes, notamment ceux que l’on appelle « les frotteurs ». Si bien que depuis quelques années, le premier wagon de chaque ligne est à l’usage exclusif des femmes et des enfants de moins de 12 ans. Surveillée par un agent, l’entrée dans cette zone n’est pas négociable pour les hommes, même aux heurs de pointe. C’est également le cas en Suède, au Caire, à Sao Paulo, ou à Tokyo… Cette génération de wagons existe d’ailleurs depuis le début de l’existence du métro, à New York, Londres ou Tokyo, comme le rappelle cette YouTubeuse, mais plutôt pour d’autres raisons…

En voiture, Simon !

Ainsi, les couples gays enamourés sont légion dans les dernières voitures. Ils y trouvent un lieu safe où s’embrasser, se câliner ou simplement se tenir la main. Si certains y voient une auto-exclusion, c’est avant tout un refuge, une façon d’éviter l’homophobie dans les regards, ou dans les actes… On y croise également aussi souvent des filles trans qui viennent s’assurer de ne pas être embêtées.

Mais lorsqu’ils sont célibataires (ou seuls, tout du moins), les garçons gays viennent trouver ici une façon de se rencontrer in situ. Une sorte de Grindr in real life. S’ils se cherchent surtout du regard, ils viennent également s’effleurer, discuter avec le voisin, et parfois même se livrer à des masturbations ou des fellations, souvent aux yeux de tous les autres gays venus pour la même chose. La distance entre deux arrêts est souvent très longue (plutôt la distance entre deux stations RER), ce qui laisse le temps d’échanger des regards équivoques. Les coupures d’électricité sont assez courantes. Parfois plongés dans le noir, au plus fort de la fréquentation, les corps se rapprochent encore plus facilement… non sans risque de se faire « choper » ou de susciter les réactions étonnées de voyageurs perdus. Au moment où la nuit arrive, certains garçons restent dans le métro pendant des heures, faisant des allers retours sur leurs lignes préférées, montant et descendant du « Putivagon »… A 5 pesos le ticket (soit, 0,2 centimes d’euros) c’est bien moins cher que d’aller draguer dans un bar (dont l’entrée est parfois payante), et certainement plus efficace, selon ce que l’on cherche ! Il y a même un verbe pour cela : metrear. Ceux qui choisissent systématiquement le dernier wagon en vue de rencontres sexuelles sont des metreras. S’y mêlent parfois des voleurs, gays ou non, qui vous repèrent depuis le quai pour vous soutirer un portable ou un porte-monnaie. Et même certains chichifos, des garçons qui cherchent des clients pour des relations sexuelles tarifées. Certaines stations sont même “répertoriées” sur des sites ou groupes Facebook pour être favorables aux rencontres.

Forcément, les anecdotes pleuvent lorsque l’on évoque cette tradition. Des cercles d’hommes qui se forment, l’un d’entre eux qui s’agenouille… Jusqu’à pratiquer la sodomie sur place pour certains gays. Facilité par les freinages parfois violents, on s’entrechoque. Poussé par la chaleur extrême, on se met à l’aise… C’est parfois, à certaines heures de la soirée, un vrai lieu de cruising urbain, connu et largement pratiqué par les gays de la capitale mexicaine !

Les chaînes de télévision sensationnaliste n’ont pas hésité à enquêter sur ce phénomène.

On ne peut pas vraiment dire que les autorités cherchent à empêcher ces activités, voire même l’inverse. Une note interne en 2005 intimait aux agents du système de transports urbains de respecter les personnes / couples homosexuel.les, que ce soit sur les quais ou dans les wagons. Si bien qu’entre les couples de fait et ceux qui viennent de se rencontrer, les agents ne se mêlent pas. Ils sont surtout insuffisants… Et comme ils se surveillent pas l’intérieur des voitures, tout – ou presque – arrive…

En 2012, certains wagons ont été interdits d’accès sur plusieurs lignes après 22h, pour des raisons de sécurité, expliqua le STC Métro qui gère son exploitation. Suite au tollé et à des accusations de stigmatisation des homosexuels, faute de personnel surtout, les fermetures ont été abandonnées.

La seule réaction est d’avoir changé les trains aux wagons séparés – dont la disposition facilitait les « jeux cachés » – par des wagons interconnectés – qui met davantage à vue les voyageurs (créant moins de zones de promiscuité et de possibilité de se cacher des autres), autant que la circulation sur tout le train des vendeurs ambulants, certes interdits. Cela n’empêche pas les homos de se frotter au voisin, d’échanger des regards et de descendre sur les quais, de se cacher dans les recoins des stations et de faire vivre ces instants fugaces pleins d’adrénaline…

Cela pose bien sûr, en creux, une question sur la possibilité de vivre facilement son homosexualité (et plus largement sa sexualité) au Mexique. Au-delà du plaisir facile et du frisson du sexe en public, c’est la culture et la situation économique des jeunes  gays, incapables de vivre en dehors du giron familial, qui force à trouver des alternatives… Au-delà de la pratique des motels, le sexe discret en public est assez fréquent. Si l’on peut s’émouvoir de facilement croiser des couples de garçons (et même de filles) s’enlacer en public, l’homophobie et la transphobie dans le cercle familial n’en restent pas moins fortes dans une société toujours très patriarcale et influencée par la religion catholique.

Les hétéros aussi !

Les hétéros ne sont pas en reste de ces habitudes publiques de drague et de rencontre. Les groupes Spotted sur Facebook (et l’appli du même nom), où des inconnus peuvent se retrouver après s’être croisés dans le métro, font état d’une habitude (légende ?) de célibataires hétéros qui chercheraient l’amour principalement sur la ligne 6 du métro parisien… Le site croisé dans le métro permet le même genre de bouteille à mer désespérée… Un peu comme les petites annonces dans Libé… A Prague en 2015, il était question de créer un wagon drague… mais qui n’a jamais vu le jour. Impossible à mettre en place, il attirerait tous les relous de la Terre et serait forcément hétéro-centré !

 

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