La capitale turque fait une croix sur toute la culture LGBT
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La capitale turque fait une croix sur toute la culture LGBT "jusqu'à nouvel ordre"


Interdite de Marche des fiertés depuis plusieurs années, la Turquie voit sa capitale prendre un tournant autrement répressif en interdisant tout événement culturel LGBT « pour garantir la paix et la sécurité ».

« À partir du 18 novembre 2017, considérant les sensibilités publiques, tous les événements cinématographiques, les spectacles, les tables rondes, les conférences, les expositions, etc. organisés par les communautés LGBT seront bannis jusqu’à nouvel ordre dans notre province, afin de garantir la paix et la sécurité », peut-on lire sur le site internet du Bureau du gouvernorat d’Ankara.

Derrière les « sensibilités publiques », les autorités citent la « santé », la « morale » ou l’« ordre public » et arguent que de tels rassemblements culturels pourraient « inciter une autre partie de la société à la rancune et à l’inimitié » et donc « constituer un danger ouvert et imminent en termes de sécurité publique ».

Communauté muselée

La décision rétroactive – car publiée le 19 novembre – intervient quelques jours après qu’Ankara a annulé la tenue d’un festival du film gay allemand, la veille de son démarrage.

événement culturel LGBT Turquie Ankara

Initialement prévue les 16 et 17 novembre, le Pink Life QueerFest, organisée en Turquie depuis 2011, devait projeter quatre long-métrages avec le soutien de l’Ambassade d’Allemagne. Mais estimant que « cette projection cinématographique (…) pourrait être provocatrice » car « certains pans de la société pourraient réagir », et évoquant la multiplication des attentats perpétrés par Daesh sur le sol turc, le gouvernorat avait prononcé son interdiction par communiqué.

« Au lieu d’interdire ce type d’événements, le gouvernorat devrait faire en sorte qu’ils puissent se tenir en toute sécurité », avaient réagi les organisateurs du festival en dénonçant une violation de leurs droits constitutionnels. Or l’argumentaire est récurrent contre la communauté LGBT, qui affronte une discrimination quotidienne et récurrente en Turquie, bien que les rapports homosexuels y soient légaux.

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Depuis deux ans, la Pride d’Istanbul, capitale culturelle du pays, est interdite en ces mêmes termes sécuritaires par les autorités. Des marches non autorisées en direction de la célèbre place Taksim interviennent tout de même sous l’impulsion des militants qui subissent chaque année les assauts des forces de l’ordre. En juin dernier, les marcheurs·se·s ont reçu des billes en caoutchouc et des bombes lacrymogènes, et 25 personnes avaient été placées en garde à vue; en 2015, la police avait même évacué la foule à renfort de jets d’eau.

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« Ces événements sont un exutoire vital »

La décision d’Ankara, qui amoindrit encore l’espace de liberté des personnes homos et trans dans le pays de Recep Tayyip Erdogan, est regardée avec beaucoup d’inquiétude par les défenseurs des droits humains. Pink Life et Kaos GL, deux organisations locales, décrivent une interdiction « illégale, discriminatoire et arbitraire » et dénoncent d’une même voix la légitimation des discriminations qui en découle; elles ont annoncé leur décision d’intenter une action en justice contre le gouvernorat.

Human Rights Campaign a aussi demandé la levée immédiate de l’interdiction contre ces rassemblements pacifiques. Idem pour l’International gay and lesbian alliance (ILGA) qui rappelle par communiqué que les « événements publics organisés par les organismes LGBT sont un exutoire vital pour les personnes LGBTI vivant dans la ville » et que « la communauté LGBTI faisant partie intégrante de la société à Ankara, elle mérite d’être protégée par les autorités locales ».

Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a déclaré aujourd’hui qu’une « telle interdiction méconnaissait clairement les obligations de la Turquie en matière de droits de l’homme, notamment la Convention européenne des droits de l’homme ».

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Couverture : Istanbul Pride 2014 – crédit photo Lubunya/Wikipedia

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