Qui est Billie Jean King, l'icône lesbienne interprétée par Emma Stone dans
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Qui est Billie Jean King, l'icône lesbienne interprétée par Emma Stone dans "Battle of the sexes" ?


Battle of the sexes, aujourd’hui en salle, est la nouvelle création des réalisateurs de Little Miss Sunshine, qui dressent à nouveau un délicat portrait de l’homosexualité.

Tailleur bleu, rose ou fuchsia, Billie Jean King est de tous les plateaux de télévision américains. La femme de 74 ans, la coupe pixie dynamisée par un camaïeu de lunettes colorées, a l’enthousiasme contagieux; elle ne lâche jamais le sourire et ne manque pas une occasion de dire à quel point elle se sent vernie. Depuis que Battle of the sexes est en promotion outre-Atlantique, son match mythique se fraye un chemin dans la mémoire des plus jeunes et au-delà des frontières anglophones. Quasiment inconnue dans l’Hexagone, sa carrière dans le tennis féminin a pourtant renversé l’industrie derrière la discipline sportive.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne

 

Le duo de réalisateurs formé par Valerie Faris et Jonathan Dayton, à qui l’on doit déjà Little Miss Sunshine, a fait revenir au casting Steve Carrell – troquant le rôle d’homo en détresse pour celui de macho chevronné – et a choisi Emma Stone pour interpréter son adversaire. Cette dernière n’était pas née lorsque ladite « bataille des sexes » s’est jouée sur court en 1973 à Houston, entre Billie Jean King et Bobby Riggs, devant 90 millions de téléspectateur·rice·s.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne
Photo by Melinda Sue Gordon – © 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation

La parité monte au filet

Pour cadrer l’histoire de Billie Jean King, le Guardian repasse par un souvenir d’enfance. Une épiphanie, lorsqu’elle avait 12 ans, et qu’elle s’est aperçue que le tennis était bien blanc, de la tenue intégrale jusqu’aux joueurs, en passant par la balle elle-même (elle ne deviendra jaune fluo qu’à la fin des années 70, sur demande des télés qui capturent les matchs) : “C’est là que j’ai décidé de me battre pour l’égalité des droits et des opportunités pour tous, pas seulement pour les filles”, se souvient Billie Jean.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne
Billie Jean King en 1978 – photographie par Lynn Gilbert

 

Point de départ de son engagement, comme du scénario écrit par Valerie Faris et Jonathan Dayton : sa mobilisation en faveur de l’égalité salariale entre les joueurs et les joueuses professionnels. Lorsqu’elle concourt pour le Pacific Southwest Tennis Tournament (PSTT), les femmes ne touchent que 15% de la prime qui revient aux hommes, alors même que la vente de tickets de matchs est similaire. Billie Jean King est au sommet, elle est numéro 1 mondial depuis le milieu des années 60, mais elle n’entend pas rester en place. Avec Gladys Heldman – grandiosement interprétée par Sarah Silverman dans le film -, elle envoie bouler le PSTT et aide au lancement de la Women’s Tennis Association, qui est encore aujourd’hui la principale association sportive dédiée aux compétitions professionnelles de tennis féminin. Outre son match tout hollywoodien contre Bobby Riggs, le champion des années 40 et « porc » autoproclamé, Billie Jean King multiplie les paris audacieux pour une meilleure représentation des femmes dans le sport.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne

 

À commencer par l’égalité en dotation si chèrement défendue, d’abord au sein de l’US Open, puis pour tous les grands tournois. En 1974, Billie Jean King participe au lancement du premier magazine américain dédié aux femmes dans le sport, Women’s Sports, aidé par son mari Larry King, en même temps qu’elle initie la Women’s Sports Foundation, un organisme caritatif dont le but est de “faire avancer la vie des filles et des femmes à travers le sport et l’activité physique.” 

Figure de la lutte féministe, elle l’est aussi vis-à-vis du droit à disposer de son corps, depuis qu’en 1972 son nom est apparu malgré elle aux côtés des autres femmes célèbres à avoir eu recours à l’avortement, dans une pétition publiée par le magazine Ms. en 1972; sorte de « Manifeste des 343 salopes » à l’américaine, dans laquelle son propre mari l’a inscrite, sans son consentement.

En 1975, Elton John écrit la chanson “Philadelphia Freedom” pour son amie engagée :

Une dédicace à double sens, lorsque Billie Jean King aidera le fondateur de la Elton John Aids Foundation à lever des fonds pour la lutte contre le sida.

Première femme à la tête d’une ligue sportive professionnelle lorsqu’elle devient présidente de la World Tennis Team qu’elle a participé à fonder, elle est aussi la première femme à donner son nom à un centre sportif majeur : l’USTA Billie Jean King Tennis Center inauguré en 2006 dans le Queens, qui n’est autre que le plus grand stade de tennis au monde.

Classée comme l’une des 100 Américain·e·s les plus importantes du XXe siècle par le magazine Life pendant les années 90, elle reçoit en 2009 la plus haute distinction civile américaine, la célèbre Medal of Freedom, des mains du président Obama, lors de la cérémonie qui récompensait également Harvey Milk à titre posthume. Six ans plus tard, la Billie Jean King Leadership Initiative initiée par l’athlète change de terrain et milite pour la diversité sur le milieu du travail, en passant par une meilleure inclusion.

Du terrain au placard

Au début de l’été, Emma Stone partageait la couverture du magazine gay Out avec sa collègue de plateau Andrea Riseborough. Un hommage à leur histoire d’amour dans Battle of the sexes, peinte avec une justesse (enfin) débarrassée des fantasmes hétéros sur l’amour lesbien.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne

 

Andrea Riseborough alias Marilyn Barnett est coiffeuse; Billie Jean King doit gérer son attirance pour elle, brossée par des scènes généreuses et tendres, en même temps que son quotidien de femme mariée et sa position de leadeuse en faveur des droits des femmes. Dans le film, leur aventure est regardé sous l’œil bienveillant du couple de stylistes interprétés par Alan Cumming et Wallace Langham, mais sa version fictive est plus séduisante que l’histoire vraie.

 

Battle of the sexes Billie Jean King icône lesbienne
Photo by Melinda Sue Gordon – © 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation

 

Après plusieurs années de relation cachée, Marilyn Barnett intente une action en justice contre son ex compagne au début des années 80 : elle réclame une pension alimentaire pour avoir abandonné sa carrière de coiffeuse au profit du poste d’assistante personnelle de Billie Jean King. Les lois n’accordent aucune protection aux couples homos et Marilyn, qu’une récente tentative de suicide a laissé paralysée, est déboutée en 1981. La même année, mise dos au mur par la procédure publique, Billie Jean King admet la romance devant les médias tout en clamant son amour pour son époux; elle a 37 ans. Elle dira plus tard qu’elle ne s’est sentie honnête avec elle-même qu’à l’âge de 51 ans. En révélant son homosexualité, elle a perdu tous ses sponsors : “En l’espace de 24 heures, j’ai perdu au moins deux millions de dollars sur mes contrats, qui étaient tous signés sur le long terme, confie-t-elle au Boston Globe. Je devais jouer uniquement pour payer les avocats.” Martina Navratilova, avec qui elle partage le record de victoires à Wimbledon, accuse un scénario identique la même année, après son coming out lui aussi contraint.

En 2014, le président Obama intègre Billie Jean King à la délégation officielle des États-Unis qui se rend à Sotchi pour les Jeux olympiques d’hiver; réponse symbolique à l’extension des lois russes contre la « propagande homosexuelle » signée Vladimir Poutine. Encore aujourd’hui, les discriminations n’épargnent pas l’univers du tennis féminin, dont The L Word tirait un portrait nuancé déjà au début des années 2000, à travers le personnage de Dana Fairbanks. Il y a deux ans, le tennisman professionnel ukrainien Sergiy Stakhovsky, dont la victoire contre Roger Federer a fait l’éclat en 2013, a déclaré qu’il ne souhaitait pas que sa fille intègre le milieu “car quasiment toutes les joueuses de tennis sont lesbiennes.” Allégation répétée par Margaret Court, championne conservatrice campée par Jessica McNamee dans Battle of the sexes, qui qualifiait au printemps dernier l’homosexualité de “péché de chair”, flagellant au passage les affres du “lobby gay” (sic.) dans les écoles, au micro d’une radio chrétienne.

Mauresmo, le plus grand coming out médiatique français

Côté français, Amélie Mauresmo à peine majeure (elle avait 19 ans) et en finale de l’Open d’Australie faisait fi des préjugés et précisait, lors d’une interview pour Le Figaro fin 1998, qu’elle se rendait aux circuits internationaux avec son amie, « ie ». La presse audiovisuelle se fait l’écho de ce qu’elle nomme une “controverse” – le terme de coming out n’est pas encore usuel – et des “attaques sur sa vie privée”, notamment portée par Martina Hingis qui moque son adversaire en la comparant à un homme. Cette sortie de placard, par son nombre d’occurrences sur les ondes, est encore aujourd’hui le plus retentissant de toute l’histoire de la télévision française.

 

Battle of the sexes de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Au cinéma le 22 novembre 2017. La bande-annonce :

 

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Couverture : Photo by Melinda Sue Gordon – © 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation

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