USA : Et le gâteau de mariage d'un couple gay devint affaire d'Etat
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USA : Et le gâteau de mariage d'un couple gay devint affaire d'Etat


Aux États-Unis, une histoire tordue oppose un couple gay à un pâtissier. Et c’est carrément à la Cour suprême de trancher…

« Pardon les gars, mais je ne fais pas de gâteau pour les mariages de même sexe ». Jack Phillips, propriétaire de la pâtisserie Masterpiece Cakeshop située en banlieue de Denver, aurait mieux fait de réfléchir à deux fois avant de prononcer cette phrase devant Dave Mullins et Charlie Craig, jeunes mariés dans le Massachusetts revenus célébrer leur union chez eux, où c’est encore interdit par la loi en 2012. L’artisan ne se doutait probablement pas qu’elle le traînerait devant les tribunaux pendant cinq ans et lui ferait perdre 40% de son chiffre d’affaires, selon ses propres dires.

gâteau de mariage
©alliance defending freedom

Cake de la discorde

Il n’est malheureusement pas le premier à tenter le coup des convictions religieuses pour mettre des bâtons dans les roues du mariage d’un couple homo. D’autres pâtissiers, fleuristes ou photographes se sont déjà fait remonter les bretelles aux États-Unis, pour de tels boycott, grâce aux lois anti-discriminations américaines. C’est sans surprise le verdict qui a été rendu contre lui par la Commission pour les droits civiques du Colorado en 2014, puis la Cour d’appel l’année suivante : Monsieur Phillips est en droit d’être opposé – à titre personnel – au mariage pour tous, pas de choisir ses clients en fonction de leur orientation sexuelle. L’action en justice est arrivée très vite, après que le couple a publié un post sur Facebook pour dénoncer la position homophobe du pâtisser. « Des organismes nous ont appelé, c’était l’effet boule de neige. On n’était pas vraiment préparé pour ça »convenait Dave cet été.

Mais Jack Phillips n’a rien lâché et en a même appelé à la Cour suprême des États-Unis. Cette dernière a repoussé sa prise de décision à 14 reprises, avant d’accepter fin juin de se prononcer sur l’affaire; la plus haute juridiction américaine entendra les arguments du pâtissier le 5 décembre prochain.

Martyr

Jack Phillips a décider de jouer son va-tout. Désormais soutenu par l’Alliance defending freedom, laquelle est classée comme un groupe de haine par le Southern Poverty Law Center et qui multiplie les vidéos à l’eau de rose pour défendre cet « Artiste, pâtissier et chrétien »(sic.), il joue la carte de la liberté de création, protégée par le premier amendement de la Constitution. Jack Phillips déclare qu’« en tant que professionnel créatif et homme d’affaire, je ne devrais pas brider ma liberté – ma religion – lorsque j’ouvre une pâtisserie. »

La semaine prochaine, les neuf sages de la Cour suprême devront donc se prononcer sur plusieurs fronts qui fracturent les États-Unis. D’un côté, les dizaines d’États et de membres du Congrès américains, mais aussi le ministre de la Justice, qui défendent ouvertement l’argument chrétien; de l’autre, les militant·e·s LGBT engagé·e·s derrière le couple formé par Dave Mullins et Charlie Craig, l’American civil liberties union (ACLU) en première ligne, qui distingue ici bien plus qu’une part de tarte, mais la question de savoir « si la Constitution protège le droit de discriminer » ou celui « pour une pâtisserie, d’afficher “gâteau de mariage pour les hétéros uniquement” sur sa devanture. C’est une proposition complètement radicale. » Et un réel risque d’érosion des droits des personnes LGBT américain·e·s. Le Center for American Progress, un think thank progressiste, craint que la décision de la Cour suprême n’augure en effet un « retour de 50 ans en arrière. »

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Couverture : ©aclu

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