Culture

"Pourquoi nous détestent-ils ? Nous les homos", montre que la honte a changé de camp


Un an après la première saison à succès (plus de 3 millions de vues cumulées), le producteur Alexandre Amiel propose la suite de la série documentaire Pourquoi nous détestent-ils ? Après Les Arabes, les Juifs, les Noirs, trois films interrogent la haine des pauvres, des femmes et des homosexuels. Une plongée vertigineuse dans l’exécration…

Avec à l’origine, l’envie de déconstruire les préjugés religieux et culturels qui alimentent les discours de rejet ou de détestation des gens pour ce qu’ils sont…  Grâce à ce nouvel opus, on suit le réalisateur, scénariste et comédien aux origines bretonnes et vietnamiennes Gurwann Tran Van Gie dans un documentaire intime sur les raisons – et le vécu quotidien – de l’homophobie. S’il assume son homosexualité depuis qu’il a 20 ans, ce sont les violentes réactions des partisans de la Manif pour tous, qu’il entend depuis son balcon en 2013, qui lui font craindre d’être pris pour cible, pour la première fois. La peur est justifiée; cette année-là, les agressions contre les homosexuels sont multipliées par six.

Le réalisateur, présent à l’écran, retrace alors la résilience de son ami Ariel, victime de « bullying » dans son enfance, se confronte aux jeunes d’aujourd’hui lors d’une intervention en milieu scolaire avec l’association Contact Rhône, mais aussi auprès de celles et ceux hébergé·e·s par l’association Le Refuge qui recueille les homosexuel·le·s mineur·e·s chassé·e·s par leurs parents, qu’on estime au nombre de 1 000 chaque année.

Il a raconté à TÊTU comment était arrivé ce projet dans sa vie :

Pour moi, ma sexualité est un non-sujet. C’est justement parce que je ne suis pas « militant » que l’on m’a demandé de réaliser ce film, de manière dépassionnée. Je voulais questionner  naïvement mes interlocuteurs, sans chercher le conflit… Je suis aussi hypnothérapeute et ça m’a aidé dans la façon de poser des questions directement au cœur, sans jugement, en empathie.

Gurwann Tran Van Gie revient également sur son coming out dans une scène de « confrontation de deux réalités vécues » avec sa mère, qui renie son homophobie d’alors. Elle ne se souvient pas lui avoir dit les mots terribles qui l’ont marqué à jamais. Cette scène montre à la fois à quel point il est possible d’évoluer (souvent lorsque les LGBT ont l’occasion de faire de la pédagogie, de démystifier les clichés) et combien le rejet des LGBT devient quelque chose de honteux aux yeux de notre société :

Ce qui est troublant, en comparant avec les autres discriminations, c’est que l’homophobie peut commencer au sein même de la famille, par les proches qui sont censés vous protéger. C’est évidemment en cela différent du racisme par exemple. On a cette impression que la haine de soi peut être plus intégrée, et ce dès 13 ans si je prends mon exemple…

Gurwann Tran Van Gie s’implique totalement, mêlant le récit intime et des rencontres – avec la secrétaire d’État chargée de la lutte contre les LGBTphopbies Marlène Schiappa, ou encore Hassan Jarfi, professeur de religion islamique et père d’Ihsane qui fut victime en 2012 d’un meurtre à caractère homophobe – qui permettent d’aborder l’homophobie sous tous les angles, de celle qui frappe la PMA jusqu’à celle de la religion. Devant l’église catholique intégriste Nicolas du Chardonnet à Paris, il s’entretient avec un jeune dévot opposé à l’amour entre personnes de même sexe. Sans trop d’arguments autre que les « lois de la nature », ce dernier accepte que deux femmes ou deux hommes puissent être attirés sexuellement, mais ô combien jamais s’aimer (ce qui, avouons-le, est assez inhabituel…).

J’ai eu la confirmation que ce sont des personnes souvent illuminées par leur foi. Même si j’en suis victime, je trouve cela touchant, comme s’ils sortaient d’un concert des Rolling Stones avec des étoiles dans les yeux… Ils ont un rejet assez inébranlable, ne répondent que par la Bible, etc.

Beaucoup ont refusé de parler. Ils me disaient que ça ne les intéressaient même pas de répondre à l’évolution des droits des homos… Les homophobes ne sont pas toujours les plus courageux. Mais il a été aussi très difficile de trouver des victimes d’homophobie qui veuillent bien parler. Encore plus des lesbiennes…

L’analyse du sociologue Eric Fassin nous éclaire, au milieu des exemples de vies que nous ne connaissons que trop bien. Pour lui, les logiques profondes du rejet se nichent dans une hiérarchisation des sexualités et la prime à l’hétérosexualité qui fonde notre société. Au cours de leur échange passionnant, il fait de l’égalité entre les sexualités un véritable enjeu politique :

Il y a des logiques homophobes qui consistent à privilégier l’hétérosexualité par rapport à l’homosexualité. La question c’est : est-ce que nous sommes dans une société qui veut continuer à affirmer que l’hétérosexualité c’est « mieux » ? Ou bien sommes-nous désormais dans une société qui est prête à accepter qu’il n’y a pas de hiérarchie des sexualités, que ce n’est pas mieux,  ni moins bien non plus ? On est pas sur une hiérarchie des valeurs.

Avec la Manif pour tous, il y avait une volonté de ne pas paraître homophobe, elle s’avançait masquée. Ça veut dire qu’aujourd’hui ce n’est pas l’homosexualité qui se cache, c’est l’homophobie ! C’est l’homophobie qui est dans le placard et c’est un changement historique !

Il y a un trouble dans les normes, les choses sont sur la table. En même temps, les personnalités ouvertement gay sont rares. Il reste quand même une norme hétérosexuelle, un hétérosexisme qui définit notre vie publique. Normalement, on est « censé » être hétérosexuel.
L’espace public, la représentation publique, nationale, reste définie par une présomption d’hétérosexualité.

L’enjeu c’est l’égalité entre les sexualités. L’homophobie ce sont des gens, hétéros ou homos, qui veulent bien accepter les homosexuels à condition qu’ils ne veulent pas l’égalité des droits, qui sont prêts à être tolérants très souvent, pourvu qu’on ne touche pas à l’ordre des choses… Si l’hétérosexualité est si naturelle, elle n’a pas besoin d’être validée par la société, par l’État, donc… je crois que l’homophobie trahit d’abord une inquiétude quant à l’hétérosexualité : c’est « naturel », mais il faut quand même donner une prime à l’hétérosexualité, par l’État, un coup de pouce par le mariage, le droit à l’adoption, la PMA. Elle révèle une crainte, celle que l’hétérosexualité, sans aide de l’État, peut-être va s’effondrer… C’est la peur que tout le monde devienne hétérosexuel…

D’ici à y voir une angoisse profonde de destruction de l’espèce, intime et globale, il n’y a qu’un pas…

Pourquoi nous détestent-ils ?, Nous les homosexuels. Prochaines diffusions TV (ou en replay sur MyCanal) :

Lundi 04 décembre 2017 – 20h55/22h10 sur PLANETE +

Samedi 09 décembre 2017 – 00h30/01h45 sur PLANETE +

Jeudi 14 décembre 2017 – 01h05/02h15 sur PLANETE +

Samedi 16 décembre 2017 – 15h10/16h20 sur PLANETE +

 

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  • herveb0o

    j’adore la premiere phrase de la vidéo.  » je sais que.. » bref ça ne cherche même pas à savoir si c’est vrai ou faux et ça prend cela pour une norme venue de nulle part. réfléchir par soi-même c’est la base pourtant !

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