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La maire de Barcelone raconte son histoire avec une femme. Le coming out bi qui fait du bien


« J’ai eu beaucoup de petits copains mais aussi une petite amie », a tranquillement déclaré la maire de Barcelone, en prime time à la télévision espagnole.

La femme politique à la tête de la deuxième plus grande ville du pays était l’invitée, samedi 9 décembre, de la très populaire l’émission Sabado Deluxe diffusée aux heures de grande écoute sur la chaîne Telecinco. Se confiant sur sa vie personnelle et en particulier sur son échange Erasmus en Italie lorsqu’elle avait une vingtaine d’année, Ada Colau a précisé qu’après avoir fréquenté un garçon, elle a fréquenté une fille italienne : « J’ai connu les deux.  Ça a été une relation importante, de plusieurs années. »

Long silence sur le plateau, avec un animateur visiblement pris de court, qui cherche pourtant à en savoir davantage sur cette relation passée et jusqu’ici inconnue du public. Ada Colau précise alors que c’était la première fois qu’elle tombait amoureuse d’une fille et que la relation fut parfaitement acceptée par ses parents, mais que celle-ci, bien qu’intense car adolescente, s’est notamment terminée en raison de la distance.

« Je le dis ici parce que c’est venu naturellement, je n’ai pas besoin de le cacher, poursuit la maire de Barcelone sous les applaudissements du public avant de réfuter une quelconque crainte de préjudices politiques : « Mes conseillers ne le savaient pas. Mais ma famille le savait parce que j’avais ramené [ma petite amie] à la maison. »

« Nous vivons dans une société moderne où tout le monde doit pouvoir aimer celui qu’il aime, s’est également fendue Ada Colau en sortant de sa seule situation personnelle et lançant « Vive l’amour et que chacun aime qui il veut » sous une nouvelle salve d’applaudissements.

« Merci »

Bien que décontractée, la sortie de la femme politique n’en est pas moins militante selon ses proches. « S’il n’était plus nécessaire de défendre la diversité sexuelle, [Ada] Colau n’aurait pas fait [son coming out] », insiste son entourage auprès d’El Mundo. Sur Twitter aussi, la performance est remarquée : « Je viens de voir une femme politique parler en toute naturalité à la télévision de ses partenaires masculins et féminins », tweete l’actrice espagnole Leticia Dolera. « Vergetures, petite amie, conciliation… Le plus subversif aujourd’hui, c’est le naturel », remarque son confrère Paco Leon. « Merci Ada Colau de rendre visible ta sexualité d’une manière aussi naturelle, aussi humaine, merci d’être une référence. Fier de la maire », renchérit un internaute militant des droits LGBT.

En couple avec l’économiste Adrià Alemany, Ada Colau, 43 ans, est la mère de deux garçons nés en 2011 et 207 de cette même union. Étudiante en philosophie puis militante du droit au logement, elle a remporté l’élection municipale de Barcelone en 2015 à la tête de la liste « Barcelone en Comu » (« Barcelone en commun ») et avec le soutien du parti de gauche alternative Podemos. En dépit d’une position minoritaire en conseil municipal (11 sièges sur 41), elle jouit d’une grande popularité dans sa ville : il y a deux ans, elle a été désignée la personnalité politique la plus appréciée des Barcelonais·e·s dans une enquête menée par le Centre d’investigations sociologiques (CIS).

Prédécesseurs, de Paris à Berlin

D’autres maires d’Europe avant elle sont sortis du placard à travers les ondes hertziennes. Ce fut le cas de Klaus Wowereit, à la tête de Berlin pendant 13 ans avant de quitter son poste en 2014, qui fit son coming out en 2001 quand il briguait encore le siège de maire. Sollicitant une réunion politique, il lâcha une courte phrase devenue célèbre : « Ich bin schwul – und das ist auch gut so » (« je suis gay – et c’est bien comme ça »).

Avant lui, Bertrand Delanoë, ancien maire Paris, avait franchi le pas dans Zone Interdite, le 22 novembre 1998. La France essuyait les débats du Pacs, Bertrand Delanoë était président du groupe socialiste du Conseil de Paris et secrétaire de la commission des Affaires étrangères et de la Défense au Sénat. Pendant une interview vérité où le journaliste lui demande s’il est hétéro ou homo, Bertrand Delanoë, en jean et chemise sur un sofa, répond hâtivement : « Bah, je suis homosexuel, sinon vous ne m’aurez pas invité à participer à votre émission. » Depuis, M6 ne peut rediffuser ces images qu’avec l’accord de l’intéressé en raison d’un accord moral qui les lie. Elles n’ont été retransmises à la télévision qu’en 2007, pour les 20 ans de la chaîne.

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Couverture : ©Ricardo Patiño/Flickr

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