Historique : La Colombie s'excuse d'avoir privé une détenue lesbienne de visite conjugale (vidéo)
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Historique : La Colombie s'excuse d'avoir privé une détenue lesbienne de visite conjugale (vidéo)


Le ministre colombien de la Justice a présenté les excuses de son pays auprès d’une détenue lesbienne.

Marta Álvarez, 58 ans, le pouce levé devant les couleurs du drapeau colombien, célèbre vingt ans de lutte quand elle se rend jusqu’à la prison pour femmes El Buen Pastor de Bogotá, le 6 décembre 2017. Incarcérée en Colombie de 1994 à 2003, elle n’avait pas pu voir sa compagne seule à seule, dans le cadre d’une visite intime, pendant toute la durée de sa peine. « Pour les hétéros, il y avait une permission tous les samedis, mais jamais pour moi, se souvient-elle aujourd’hui pour le journal espagnol El País. Ils inventaient des fautes disciplinaires pour m’envoyer en cellule, me disaient que j’étais immoralle, que je pouvais mettre en danger la sécurité du lieu si on m’autorisait à voir une autre femme. Je ne pouvais même pas changer un baiser. »

Une mise au placard forcée, encore plus mal vécu pour celle qui dit n’avoir jamais eu à s’y confiner, malgré les taquineries et les menaces de « viol correctif » (dans l’espoir de « supprimer » son homosexualité) qu’elle a connu dans le village colombien de son enfance. Partie s’installer aux États-Unis grâce à son père alors qu’elle était encore mineure, elle retourne dans son pays natal à l’âge de 34 ans; c’est là qu’elle est condamnée pour homicide. En 1994, elle demande à pouvoir bénéficier d’une visite intime avec sa compagne. Le procureur accepte, mais la prison pour femme ou elle est enfermée refuse et bientôt la transfère. En huit ans, Marta Álvarez connait douze centres de détention, mais aucun ne lui accorde de visite intime avec sa compagne, invoquant tour à tour des raisons de sécurité, de disciplines et de morale. Marta Álvarez saisi la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) en 1996; elle attendra sa conclusion 18 ans. En 2014, la CIDH reconnaît finalement la violation de ses droits et deux ans plus tard, la direction du système pénitentiaire colombien publie une nouvelle recommandation : les 136 prisons du pays doivent garantir l’accès aux visites conjugales pour les couples homos.

Ne pas reproduire

Le 6 décembre 2017, sur une scène habillée des couleurs de l’arc-en-ciel au sein de la prison El Buen Pastor, le ministre colombien de la Justice Enrique Gil Botero a insisté sur une inégalité injustifiée contre Marta Álvarez « alors même qu’elle était privée de liberté » et reconnu l’existence de « préjugés liés à son orientation sexuelle » :

Nier le droit d’une visite intime en raison de son orientation sexuelle était déjà un fait de discrimination extrême. Mais ne pas lui avoir offert de recours judiciaire efficace afin de réclamer ses droits a aggravé la violence institutionnelle dont elle était déjà victime. Au nom de l’État, je regrette profondément ces événement (…). Des actes tels (…) ne peuvent plus se reproduire.

Sur Twitter, il répète : « Aujourd’hui, au nom de l’État, nous reconnaissons la responsabilité internationale de la Colombie dans les actes qui ont violé les droits de Marta Álvarez. »

Parmi les mesures de réparation imposées par la CIDH, l’instauration d’un programme de formation aux droits des LGBTI dans les prisons colombiennes, tant à l’adresse du personnel pénitencier qu’aux détenu·e·s, la publication des mémoires de l’intéressée, et la publication d’un hommage numérique au combat de « celle qui a rendu les visites conjugales possibles dans les prisons colombiennes pour les couples de même sexe », par l’ONG Colombia Diversa, à voir ici.

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Couverture : compte Twitter du ministère colombien de la Justice

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