Jérémy Lorca,
Culture

Jérémy Lorca, "Bon à marier" et militant malgré lui


Jérémy Lorca rejoue dans Bon à marier la recherche du prince charmant façon Sex & the city, mais sans le glamour : l’histoire d’un petit provincial qui débarque à Paris débordant d’envie d’être aimé ; un personnage qui lui ressemble drôlement…

Il se tient tout proche des gens à l’Alhambra, cette petite salle du 10e arrondissement dans laquelle il joue devant 120 personnes tous les mardis et mercredis soirs. « Avant j’évitais l’interaction sociale, maintenant je suis plus à l’aise et j’ose l’improvisation ! », se réjouit-il. Jérémy Lorca s’est fait un nom en chroniquant pour Anne Roumanoff sur Europe 1 et en faisant tourner son spectacle Bon à marier avec sa dégaine de gendre parfait. Le trentenaire égraine sur scène ses déboires pour trouver l’amour : un ressort comique éculé, mais toujours efficace. Que nous dit ce jeune homme comme les autres des relations amoureuses en 2017 ? Portrait.

Tout déchirer

Parisien d’adoption, Jérémy Lorca quitte Lille à 20 ans : « Déjà petit je me sentais Parisien ! Je ne voulais absolument pas parler ch’ti. J’écoutais ma prof de français et Claire Chazal à la télé et je me disais : y’a quelqu’un qui nous ment ! » Son père a des origines italiennes (comme dans le spectacle), sa mère est Manif pour tous (uniquement dans le spectacle). Jérémy ne retourne plus à Avion, sa ville natale, donc il invente. Issu d’un milieu très populaire – « à l’école je n’étais pas Rambo, on m’a traité de pédé de mes 3 à mes 15 ans tous les jours mais ça m’a appris à me battre, physiquement aussi » –, il part à Lille à 17 ans « avec un tabouret et un sac à dos » mais vivait déjà seul depuis ses 15 ans, dans la cité de la République, près d’Avion. « J’ai toujours utilisé l’humour pour m’en sortir. Je me suis dit : soit ça va être la misère pour toi, soit tu vas accentuer le côté rigolo et devenir la mascotte. Je n’ai plus eu de problème nulle part car j’étais celui qui faisait marrer les gens ».

Gamin, il se dit : « Il faut absolument que tu sois à la télé ». Paris, c’est donc les cours de théâtre pendant trois ans. « Je voulais tout déchirer. J’avais tellement hâte. Je me retrouve dans un foyer, sans argent ». Des conditions hyper précaires par rapport à la moyenne des jeunes qui entreprennent ces études artistiques. Jérémy bosse au Bon Marché, sa chambre de 9 mètres carré est juste au-dessus du Vingtième Théâtre, entendre les applaudissements tous les soirs le motive. Au studio Pygmalion, une école de cinéma, il apprend le travail des émotions – d’où ses nombreuses mimiques sur scène, et dans les quelques 80 pubs dans lesquelles il a tourné : il joue le banquier, le boy next door, le grand frère…

Se marier

Après quelques déceptions professionnelles, il réfléchit à un one-man-show tout en publiant un bouquin, Chercher le garçon. Au Palais Royal (« première boite de nuit dans laquelle je suis allé en arrivant à Paris »), il joue des premiers sketchs devant vingt personnes : « je les installait, leur donnait des bonbons et des popcorns ». En coupant le cordon avec sa famille, il « débloque » un certain nombre de choses : « Je rencontre quelqu’un, j’écris un one-man-show et je débarque à Europe 1 pour des chroniques ». Il en est à la deuxième saison. « J’ai beaucoup appris avec Anne Roumanoff ! Tout a commencé par des auditions, c’est en public, elle m’appelle pour commencer trois jours plus tard. Ça m’a éveillé car je ne m’intéressais pas vraiment à l’actualité » En plus de le faire grandir, la radio privée lui permet d’être reconnu dans tout le territoire quand il va jouer Bon à marier, qu’il s’efforce avec ses propres moyens de faire tourner depuis le début.

La première fois qu’il joue en public, c’est à Monluçon, devant 450 personnes et en plein air, au lendemain des attentats de Nice… « Je me suis rendu compte que parler aussi librement de mon homosexualité, à Monluçon comme à Paris, ça rend mon spectacle assez militant ! Je reçois même des lettres, des mails, des messages sur les réseaux sociaux d’ados ou de parents pour me remercier… » Bientôt, il jouera à Versailles : « Quand on me dit que c’est une ville Manif pour tous, ça me chauffe encore plus ! »

En attendant, Jérémy Lorca est toujours bel et bien célibataire. Et traîne cette foutue angoisse de vieillir seul, partagée par bon nombre de gays. « Le jour où j’ai commencé mon one-man show, en 2015, je rencontre un mec. On n’est plus ensemble. Du coup je suis totalement en phase avec ce que je raconte ! » En amour, ses deux moments fondateurs, c’est un premier mec, à Lille : « La première fois que j’ai embrassé un garçon, j’étais tellement conditionné dans l’idée que l’homosexualité c’est mal que… j’ai vomi. Pourtant j’adorais ! Mais j’étais trop perturbé ! » Et une anecdote beaucoup plus mignonne : « Depuis que je suis tout petit, mon père me dit qu’il n’a qu’un rêve : que je me marie ». Jérémy n’a plus que ça en tête. La seule différence, c’est que ce sera avec un garçon.

Jérémy Lorca Bon à marier

Bon à marier à l’Alhambra

Mardi 19 et mercredi 20 décembre 2017

Puis les jeudis à partir du 11 janvier 2018

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