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"Quotidien", "On n'est pas couché"... 17 séquences LGBTphobes épinglées (vidéos)


Des journalistes qui jugent leurs pairs sur des faits. Une télé qui se regarde en miroir, et qui se critique pour s’améliorer. Telle est la tâche que s’est confié l’Association des journalistes LGBT (AJL), après sa première enquête sur Touche pas à mon poste.

Un mois d’audience assidue à noter toutes les remarques désobligeantes, insultantes et carrément délictueuses qui nous glissent généralement sur la rétine. Aussitôt consommées, aussitôt oubliées. Mais pourtant bien ingérées dans les imaginaires collectifs. À travers les pixels, les ficelles d’un système qui décrédibilise homos, bis et trans, qui coupe la parole aux femmes et qui ridiculise celles qui haussent le ton. Régulièrement épinglé – plus assidûment depuis l’affaire du canular homophobe de Cyril Hanouna dans Touche pas à mon poste – mais jamais décortiqué dans son ensemble, comme une machine bien huilée, un rouleau compresseur qui utilise les minorités depuis les années 50.

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Sur un mois de visionnage équivalent à 100 heures de binge watching, elles se comptent par dizaines, les séquences problématiques recensées par 17 journalistes membres de l’AJL, qui ont consacré leur temps libre à éplucher la télé privée comme publique; au total 55, soit près d’une toutes les deux heures de télé. Cinq talk-show passés au crible et sélectionnés pour leur popularité : L’heure des pros sur CNews, On n’est pas couché de France 2, Salut les terriens – et Les terriens du dimanche – de Thierry Ardisson sur C8, et même la libertaire émission d’info-divertissement Quotidien ou le sérieux plateau de C Politique, inclus dans l’étude après l’assimilation, par Pascal Bruckner, d’homosexualité et de pédophilie.

« Le buzz sur le dos des minorités »

Pour parler à un public composé de journalistes mais aussi de téléspectateurs, l’AJL a choisi une maquette pop qui renvoie à la télévision ses propres images pour nous plonger dans les sombres heures du PAF pourtant diffusées dans les lumières du prime time.

Dans sa riche enquête adaptée au format web, des extraits marquants et circonstanciés, mais surtout un bilan « préoccupant » selon l’AJL : une télé qui fait le buzz sur le dos des minorités, des femmes, des personnes LGBT, qui se conforte dans le « politiquement incorrect » et qui peine à sortir d’une représentation sulfureuse des questions de genre et d’orientation sexuelle. « On a remarqué qu’on parle de la transidentité comme on parlait de l’homosexualité pendant les années 60, note par exemple la journaliste Clémence Allezard, co-présidente de l’association, en conférence de presse, et si on n’a pas remarqué de séquences lesbophobes, c’est parce qu’il n’y a tout simplement pas de lesbiennes sur les plateaux, ce qui relève aussi de la lesbophobie. »

L’AJL a également recensé les séquences relevant du racisme, du sexisme et des rigolades sur le harcèlement sexuel « car on ne pouvait pas avoir des ornières et ne pas relever les autres discriminations », expliquent ses adhérents. « Mais c’est aussi très lié », renchérit la journaliste Alice Coffin, car cette hiérarchisation des sexes qui repose sur la binarité hommes-femmes sert aussi le lit des LGBTphobies.

La responsabilité des journalistes

Des nuances toutefois entre ces talk-show. D’un Salut les terriens qui décroche la palme des blagues homophobes à une Heure des pros qui cumule les mauvais points, jusqu’à C Politique où la seule séquence problématique a été modérée par son présentateur Karim Rissouli. Voire le cas ambigu de Quotidien« on va rire de sexistes, d’homophobes, mais jamais les qualifier comme tels, analyse l’AJL. Donc on met à distance, mais est-ce qu’on dit de quoi ces séquences relèvent ? Pas vraiment, et c’est problématique. »

« On ne vient pas dire : telle émission est homophobe. On ne décerne pas des brevets. On veut alerter la responsabilité des journalistes », rappelle l’association à l’issue de sa conférence de presse. Ajoutant que selon elle, ces dérives viennent en grande partie de l’ignorance, l’AJL entend utiliser son étude pour solliciter les responsables des chaînes et le Conseil supérieur de l’audiovisuel et donner, à termes, des outils aux médias.

Une enquête à consulter ici : https://etude2017.ajlgbt.info/

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Née des débats sur le mariage pour tous, l’association des journalistes LGBT a vu son nombre d’adhérents doubler en deux ans pour atteindre près d’une centaine de personnes aujourd’hui. L’association organisait le 29 juin dernier le tout premier Gala récompensant la visibilité LGBT en France, les Out d’Or 2017.

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