₭weens : la nouvelle monnaie qui fleurit dans le milieu LGBTQ parisien
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₭weens : la nouvelle monnaie qui fleurit dans le milieu LGBTQ parisien


Maison Chérie, la JeudiBarré, la Tech Noire, la DRAG ME et la GayParee proposent des ₭weens, une monnaie alternative qui sert de pourboire aux Drag Queens, Drag Kings, Klub Kids et autres performeurs de la nuit parisienne ! Ces petits billets aux couleurs des artistes locales sont devenus une façon de soutenir et de développer la scène queer parisienne.

Une des grandes différences entre le drag aux États-Unis et en Europe, c’est la réalité sociale et économique des performeurs. Le drag est coûteux, en temps, en énergie et en argent. Les seuls cachets de soirée suffisent rarement à rembourser le coût réel du drag. La culture du pourboire est une ressource importante pour les performeurs Outre-Atlantique. Dans la tradition américaine des Drags Shows, il est donc courant que le public montre son appréciation des performances proposées en offrant des pourboires, appelés “tips”, sous forme de billets de 1$, 5$, 10$ voire plus… Donnés de la main à la main, glissés audacieusement dans le soutien-gorge ou lancé sur la scène. Cette tradition instaure un jeu entre les performeurs et leur public qui encourage le public à témoigner son appréciation de show directement à l’artiste. Mais en France, ne disposant pas de billets de 1€, il n’est pas pratique, voire dangereux de “tipper” vos créatures favorites avec des pièces. Si les “tips” plus élevés sont encouragés et très appréciés, ils restent peu courants…

L’idée est donc venue à Enza Fragola, drag mother de la Maison Chérie, organisatrice de la soirée Extravaganza, d’importer le concept des QueerDollars d’Amsterdam, une des nombreuses monnaies alternatives qui existe dans le monde. Mais là-bas, ils ne sont valables que pour une soirée dans le bar Queers. À Paris, elle a créé les ₭weens à l’effigie des artistes locaux, disponibles à la vente par liasses de 5 pour le prix de 5€ ou à l’unité, 1₭ = 1€ et utilisables dans toutes les soirées partenaires citées plus haut. Elle nous a expliqué comment cela fonctionne au quotidien :

On imprime les billets nous-même avec un petit secret pour éviter la fraude, et on les change tous les 6 mois. Ça donne le temps aux drags d’échanger les billets et de faire des bilans de caisse réguliers. Les drags récupèrent leur argent à la fin de la soirée directement. Une Queen peut se faire de 10€ à 30€ par soir, mais ça dépend des shows, des lieux, du public, et si elles passent en premier ou en second. La Mutinerie est une structure associative donc le public y est très sensible, mais à la Drag me on est nombreux.ses donc ça l’est moins. À la Tech noire, Lenny est à côté de la caisse à l’entrée donc ça officialise la chose dans l’esprit des gens. À la JeudiBarré, je pense que c’est la régularité qui fait que les gens connaissent les ₭weens et jouent le jeu… Paradoxalement à l’Extravaganza, je n’ai jamais réussi à en vendre, on verra à la prochaine le 26 janvier…

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Pour Enza au départ, c’était un besoin économique lié à la participation de la Maison Chérie au Superball d’Amsterdam dont la logistique est coûteuse. L’association avait en effet besoin de fonds pour le transport et le logement des participantes aux concours des drags houses européennes. Les billets achetés qui sont perdus ou non-réclamés par les performeurs (un quart des billets imprimés) servent à financer des projets de l’association : « C’est un bon compromis entre le collectif et l’intérêt individuel », se réjouit Enza :

Nous espérons que ce projet pourra améliorer votre expérience des spectacles de drags et nous donner plus de moyens afin de continuer à faire avancer notre art pour lequel nous partageons une ardente passion !

À quand un lypsinc sur « Money, Money, Money » dans les soirées de la capitale ? À quand des ₭weens pour tous les shows ?

PS : les gros billets en EUROS sont encore acceptés par les artistes.

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Plus d’infos sur : https://www.facebook.com/KweenMoney/

 

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