Culture

"Cent sexes d’artistes" ou les zizis croqués façon Warhol, Buren, Koons…


C’est une œuvre d’art qui a fait beaucoup parler… mais pas encore assez. Le sexe emballé de Christo, celui en forme de cochon de Wim Delvoye ou de ballons de clown pour Jeff Koons : ces zizis ont fait scandale !

C’est l’émission Stupéfiant qui nous a réveillé, un soir d’hiver où l’on s’endormait devant France 2, (ci-dessus, à partir de 11’30) avec des dizaines de braquem’arts symbolisant les stars de l’art. Des zizis et des touffes façon BD croquées entre 1969 et 1975 par l’artiste belge Jacques Charlier. L’artiste rieur avait choisi parmi celles et ceux qu’il considère comme les figures majeures de l’art du XXe et du XXIe siècles : Panamarenko y est bien doté, le zizi aussi gros qu’une montgolfière, celui de Boltanski a la forme d’une tétine (l’artiste travaille sur l’enfance), le sexe de Daniel Buren mesure 8,7 cm, c’est une colonne comme on en voit dans les jardins du Palais Royal. Christo sort (re)couvert, la chose est évidemment emballée. Voilà le microphone de Ian Wilson, le pistolet à eau de Claes Oldenburg. Le zoom de Douglas Huebler a la goutte, tout comme le pinceau numéro cinquante de Niele Toroni. Gilbert & Georges, inséparables, ont deux mignons zizis jumeaux et partagent les mêmes bourses. Le gland rieur et monté sur ressort d’Andy Warhol surgit de sa boîte à surprise. Ce sont des symboles, des résumés de leurs carrières artistiques et du caractère de ces artistes, le tout déformé avec humour, qui donnera peut-être l’envie d’aller voir le rapport entre ces sexes présumés et leur vrai travail. On découvre là une histoire de l’art illustrée, une curiosité éveillée par les chibres. Charlier envisage aussi le sexe de ces dames artistes, de Lili Dujourie à Vanessa Beecroft, de Georgia O’Keffee à Louise Bourgeois, de Cindy Sherman à Sylvie Fleury. Du drôle mais jamais de l’indécent qui ne mérite vraiment la censure. Et celui de Jacques Charlier ? L’artiste s’autoportraiture également le sexe, bien sûr : c’est une longue et fine plaque de cuivre annonçant : « sur rendez-vous seulement ».

Voir tous les sexes d’artistes ici (mais sans les noms des artistes)

Il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat, a priori, surtout dans le monde l’art qui aime provoquer et repousser les limites. Mais que nenni, ces Cent Sexes d’artistes, ces petites caricatures ont été sujet d’une censure à la Biennale de Venise en 2009. Elles devaient être affichées sur les murs de la cité des Doges. Elles ont été tout bonnement écartées de la programmation. À l’intérieur de l’exposition, elles furent uniquement présentées enfermées dans un livre, à l’intérieur d’une vitrine. Couvrez donc ces zizis que je ne saurais voir !

Pratiquant la caricature depuis 1969, Charlier s’approprie la tradition des « salons comiques » du XIXe siècle, ces salons pour rire de l’art qui fleurissent dans la presse et véhiculent une certaine idée de l’art qui ne se prend pas au sérieux, comme dans les mouvements de la Zwanze bruxelloise, plus tard le dadaïsme et ses multiples avatars. Charlier fera avec « Le vertige de l’art » en 1985 une auto-mise en scène (mais non de son sexe) de son être à toutes les modes, celles des néo, des post ou des rétros. Tout aussi croquignolesque…  (Voir un portrait complet sur Libération ici)

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