Les Russes sont plus homophobes que jamais et les conséquences en sont lourdes
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Les Russes sont plus homophobes que jamais et les conséquences en sont lourdes


Selon un récent sondage, seulement 8 % des Russes n’ont rien à redire sur l’homosexualité. Une nouvelle preuve de l’homophobie grimpante dans le pays qui accueillera cet été l’un des plus grands rassemblements sportifs au monde.

C’est un organe indépendant qui a souhaité prolonger deux études menées en 1998 et 2008. Entre le 15 et le 20 décembre 2017, le Levada Center a interrogé 1 600 personnes. Conclusion attendue : l’homophobie continue d’augmenter en Russie, déjà classée comme le pire pays du continent européen pour les homos et les trans, devant l’Azerbaïdjan selon l’ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans & Intersex Association). Déjà entre 1998 et 2008, la proportion de personnes trouvant que l’homosexualité n’est pas acceptable prenait 8 points, passant de 68 % à 76 %. Dix ans plus tard, c’est 83 % des personnes interrogées qui considèrent que les relations homosexuelles sont « toujours » ou « presque toujours » condamnables, bien que l’homosexualité soit légale en Russie depuis 1993.

En outre, le soutien des moins de 30 ans a disparu ; selon ce dernier sondage, l’homophobie est partagées par toutes les générations. Seulement une toute petite poignée ne trouvent pas l’homosexualité répréhensible, mais là encore, leur nombre s’est presque divisé par deux en l’espace de 20 ans : 14 personnes sur 100 en 1998, elles ne sont désormais plus que 8…

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Symptôme d’un relent réactionnaire

L’évolution est à l’image de la réprobation des relations sexuelles hors mariage (passée de 50 % à 68 % des répondant.e.s) et le recours à l’avortement (de 12 % à 35%). Cette réserve conservatrice concerneraient d’ailleurs d’avantage les femmes du pays, qui sont une sur trois à réprouver l’interruption volontaire de grossesse pour des raisons financières, contre une sur cinq il y a dix ans, et moins tolérantes que leurs homologues masculins face à l’adultère. Preuve, s’il en fallait une, que l’ouverture sur ces sujets est loin de progresser partout…

Les idées et les poings

Pour le porte-parole du Réseau LGBT Russe, première association à exfiltrer les gays tchétchènes, il ne faut pas lire ici que la société russe « est homophobe par nature – c’est précisément le travail de la propagande alimentée par l’État » qui fait augmenter le niveau d’homophobie et son corollaire d’agressivité. Selon une autre étude publiée l’an dernier, les crimes contre les gays, les lesbiennes et les personnes trans ont doublé en cinq ans. Le nombre de condamnation a quant à lui triplé, passant de 18 en 2010 à 65 en 2015. D’après les instigateur.rice.s de l’étude, la coïncidence n’est pas innocente : la « loi contre la propagande homosexuelle » a décomplexé les agresseurs, les rendant plus agressifs et moins craintifs. Officiellement, celle-ci interdit tout « propagande de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs » dans certaines régions depuis 2008, étendue à l’échelle de tout le pays depuis 2013. Officieusement, elle est motif à priver la moindre expression d’homosexualité dans l’espace public, de se tenir la main entre personnes du même sexe dans la rue à une manifestation de soutien aux LGBT, en passant par toute action militante, informative ou affectueuse comme un « kiss in »… Suite à l’attentat d’Orlando contre une boîte de nuit gay de Floride, deux hommes avaient été arrêtés dans les rues de Moscou : on leur reprochait d’avoir déposé des fleurs en hommage aux victimes.

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Cette homophobie d’État a aussi de lourdes conséquences sur la santé des homosexuels du pays. The Guardian titrait le mois dernier : « Comment l’homophobie nourrit l’épidémie de VIH en Russie », s’inquiétant des 103 000 nouvelles contaminations enregistrées dans le pays en 2016 et soulignant notamment qu’en cas de résultat positif au virus, les personnes sont immédiatement interrogées sur la manière dont elles l’auraient contracté. Si des hommes répondent qu’ils ont eu des rapports homosexuels, ils sont enregistrés sous le code 103 et leur dossier est rendu accessible à la police et au ministère de l’Intérieur. Du fait de ce fichage indirect des homosexuels, beaucoup d’individus mentent sur leur orientation sexuelle et seulement 2% des personnes séropositives sont enregistrés comme HSH dans les rapports officiels. Or cette maigre proportion permet au gouvernement de fermer les yeux sur la situation.

Priés d’être discret à la Coupe du monde

Condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour son homophobie d’État, mais pas par la FIFA. Cet été, la Russie accueille la Coupe de monde du football et suscite la crainte de voir le scénario de Sochi, lieu des Jeux olympiques d’hiver en 2014 et de violentes interpellations contre des spectateurs homosexuels, se répéter. Le réseau de supporteurs Fare, qui lutte contre les discriminations, a déjà recommandé aux homos qui souhaitaient assister aux matchs de se montrer prudent.e.s et a même annoncé la sortie d’un guide à l’usage des supporteurs LGBT. Couvrez ces queer que je ne saurais voir…

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