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Avec le "parrainage de proximité", les gays peuvent participer à l'éducation d'un enfant


En marge de l’adoption, simple ou plénière, de la PMA ou de la GPA, il existe une forme d’accompagnement de la vie d’un enfant prenant la forme d’un parrainage civil. De nombreuses associations ont pour mission de mettre en lien familles, enfants et potentiel·le·s marraines et parrains. Les LGBT, en couple ou non, sont souvent les bienvenu·e·s !

Il n’y a pas de modèle de famille, il y a DES familles. Parfois, certains parents ressentent l’envie d’accompagner un enfant, qu’il soit ou non le leur. D’autres le besoin d’être accompagné·e·s par d’autres adultes dans l’éducation de leur progéniture… Parfois, un oncle ou une tante prend ce rôle, ou un parrain, ou une marraine. Alors quand la vie n’en offre pas l’opportunité à l’intérieur des cellules familiales, des associations permettent à des parents avec enfants de rencontrer des « candidat·e·s » au rôle de parrain ou de marraine, extérieur·e·s à la famille : c’est ce que l’on appelle le parrainage de proximité. 

Ce n’est pas, à la différence du parrainage humanitaire, un soutien à un enfant démuni qui habite dans un pays étranger, mais bien près de chez soi, en soutien familial. On crée un lien affectif pour aider un enfant à grandir, être pour lui un repère. Et certaines familles préfèrent parfois un gay ou un couple gay pour tenir ce rôle particulier. Nous avons demandé à Olivier Le Corre, membre du conseil d’administration de l’association « Un enfant, des parrains », marié à un homme et parrain d’Anthony, de nous expliquer en quoi cela consiste.

Mon mari, notre filleul et moi

Olivier ne s’en cache pas, il a souffert du manque d’enfant. L’homme qui partage sa vie depuis plus de 10 ans n’avait pas envie de se lancer dans un processus d’adoption, et à l’approche de la quarantaine, il avait quelque peu abandonné son projet de paternité. Il se souvenait que son parrain de baptême avait lui-même accompagné des enfants placés et construit un lien très « paternel » avec eux. En faisant quelques recherches autour de Toulouse où il réside, il tombe sur l’association « Un enfant, des parrains ». Lorsqu’il demande si il n’y a pas de problème particulier pour les couples « comme eux », il apprend surpris que contre tout préjugé, certaines familles demandent même spécifiquement des couples d’hommes pour accompagner les enfants.

Certaines femmes seules n’ont pas envie de devoir affronter la rivalité d’une « deuxième maman », elles veulent un référent masculin pour les accompagner et pour faire certaines activités avec leurs enfants, car certains parrains remplacent facilement les pères absents…

Avec son mari, Olivier a trouvé un équilibre grâce à Anthony, 11 ans, dont il est parrain depuis 3 ans. La mère d’Anthony l’élève seul et elle est parfois débordée avec ses trois autres enfants. Les deux hommes s’occupent du jeune garçon un week-end sur deux et à des occasions spécifiques :

Il peut nous appeler dès qu’il y a un souci, on peut accompagner sa maman quand il y a une réunion à l’école, on est partis en voyage en Irlande… Il a sa chambre chez nous, il est chez lui, il a ses jouets. Je suis aussi devenu son parrain de baptême à sa demande. Ça se passe tellement bien qu’on fait partie de la famille. Sa maman a trois garçons parfois infernaux et on est un vrai support pour la famille entière. On a créé un vrai lien avec elle, on est très impliqués dans l’éducation. On accueille même son frère parfois. On sera toujours les parrains d’Anthony, même quand il se mariera et aura des enfants.

Aujourd’hui, Olivier a décidé de s’engager dans l’association qui lui a permis de rencontrer Anthony et sa famille. Il participe à l’organisation de pique-niques et d’activités qui permettent, chaque trimestre, que des familles avec enfants rencontres les potentiels parrains et marraines :

On fait de la mise en relation entre les familles : il y a une majorité de demandes de mamans seules mais aussi des foyers pour ados. On trouve aussi des couples isolés qui veulent socialiser leurs enfants. On rencontre d’abord les parrains et marraines potentiel·le·s, puis en Comité d’administration on réfléchit avec quelle famille ça pourrait coller et ensuite on met en place les rencontres. Il y a une charte nationale du parrainage à signer, puis un petit contrat d’engagement, on fait un bilan quelques mois après le début du parrainage puis une nouvelle convention de parrainage renouvelable éventuellement. L’association fait le suivi pour être sûre que tout le monde est heureux de ce partenariat… Ce qui n’est pas toujours le cas, car c’est un engagement sur le long terme : 1 parrainage sur 3 ne va pas jusqu’au bout, à cause de la distance ou du feeling qui évolue…

Nous manquons de parrains et marraines !

Le concept de « parrainage de proximité »  est peu connu, mais quelques associations (ci-dessous) essaient de le rendre plus accessible, notamment en levant le tabou auprès des couples homos qui sont les bienvenus. Il faut dire que la demande est forte : « Il y a 50 enfants en attente dans la région toulousaine, en recherche de parrains sur le long terme, et seulement un vivier de 10 parrains/marraines, nous apprend Olivier. Mais c’est un vrai engagement qui n’est pas à prendre à la légère. Et les homos ont parfois peur l’engagement, comme du jugement…  Avec notre association, on réalise 20 parrainages par an et la plupart se passent très bien. Les enfants sont surtout des jeunes placés en foyer ou des ados étrangers qui veulent s’intégrer. »

« Un enfant, des parrains », dont Olivier va briguer la présidence, œuvre au sein du réseau UNAPP pour la reconnaissance officielle du parrainage de proximité en France. Il souhaiterait que les associations comme la sienne soient de vraies interlocutrices au niveau de l’État et des organismes locaux comme les conseils départementaux, les CAF et les UDAF (Union départementales des associations familiales) afin de développer le parrainage de proximité. Le parrainage, comme un symbole supplémentaire que ce sont d’abord les liens d’affection entre les gens qui font les familles de cœur.

Pour se renseigner sur le parrainage et entamer un projet

– Le réseau UNAPP (Union nationale des acteurs de parrainage de proximité) rassemble des acteurs du parrainage en France métropolitaine.

– L’UNAF, l’UNAPP, Parrains Par Mille, Grands parrains, France Parrainages et le Secours Catholique se sont réunis au sein du collectif « Tous Parrains » afin d’œuvrer ensemble à la promotion du parrainage et à son déploiement. Sur son site, une carte permet de voir les antennes de ces associations membres et de choisir les plus proches de chez vous.

– Si vous vivez en région toulousaine, contactez l’association d’Olivier Le Corre, « Un enfant, des parrains ».

– Consultez le guide du parrainage d’enfants en pdf ici. Et le site servicepublic.fr pour les informations légales et les formalités.

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Couverture : photo @jjbrooker/Instagram à l’occasion du « Gay Uncles Day » ou Journée des tontons gays.

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