Kadyrov se défend d'avoir tué Zelimkhan Bakaev, le chanteur tchétchène disparu
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Kadyrov se défend d'avoir tué Zelimkhan Bakaev, le chanteur tchétchène disparu


Cette semaine, le leader tchétchène a repoussé d’un revers de main les soupçons qui pèsent sur son régime dans la disparition de Zelimkhan Bakaev.

La rhétorique rappelle celle son porte-parole selon qui aucun homosexuel n’était torturé en Tchétchénie , « car il n’existe pas de telles personnes chez nous ». S’exprimant devant les caméras tchétchènes le 17 janvier, Ramzan Kadyrov a pour la première fois évoqué la disparition de Zelimkhan Bakaev, popstar locale dont les associations redoutent la détention voire l’exécution en raison de son homosexualité.

Pour Kadyrov, il s’agit d’un « crime d’honneur »

« Où sont vos preuves ? Est-ce que vous m’avez entendu dire à la télé que je voulais l’attraper ? Comment les officiers de police l’auraient arrêté ? » s’enquiert Ramzan Kadyrov devant un parterre de gradés et traduit par Crimerussia. Le leader tchétchène suppose que c’est la famille du chanteur qui l’a assassiné car elle avait honte de son homosexualité. « N’y a-t-il personne dans ce village, aucun homme dans cette famille pour admettre “nous l’avons fait” ? Ils savent très bien où se trouve leur parent » insiste encore le leader tchétchène.

Porté disparu depuis le mois d’août, le jeune homme a été aperçu pour la dernière fois dans le centre ville de Grozny, traîné de force dans une voiture par plusieurs hommes en uniforme ; le même mode opératoire par lequel une centaine de gays du pays ont été emmenés jusque dans des prisons secrètes selon le journal Novaya Gazeta. Quelques mois plus tard, le Réseau LGBT Russe, qui participe à l’exfiltration de ces hommes, confirme que Bakaev « était détenu par les autorités tchétchènes pour soupçon d’homosexualité. » Une source anonyme situe son assassinat le jour-même de son enlèvement. Mais les autorités s’obstinent : le ministre de l’Intérieur affirme qu’il a quitté le pays et la télévision d’État relaie une vidéo déroutante où Bakaev parle d’une nouvelle vie en Allemagne. Ses proches tiquent immédiatement, pointent du doigt l’attitude étrange de leur ami, et les produits introuvables en Allemagne qui figurent dans la pièce. On pense à une vidéo truquée, tournée sous la contrainte. Les ONG crèvent l’écran de fumée soufflé par les autorités tchétchènes : selon leurs sources diplomatiques, Bakaev n’est jamais entré dans l’espace Shengen, jamais entré dans l’Union européenne. Tout porte à croire qu’il n’a jamais quitté la Tchétchénie.

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En octobre, une enquête est enfin lancée sur la disparition du jeune homme. Depuis, silence radio. Juste un appel des enquêteurs à Malika Bakaev, la mère de Zelimkhan, avant le nouvel an. Sa famille est sans nouvelles de lui depuis plus de 5 mois. D’après les médias locaux, son numéro de téléphone a été réattribué à un nouvel utilisateur.

Le levier militant fragilisé

Début janvier, le militant des droits humains Oyoub Titiev, responsable de la Tchétchénie au sein de l’ONG russe Memorial, a été arrêté pour possession de drogue par la police tchétchène, dans ce que ses collègues dénoncent comme un coup monté. Une semaine plus tard, les locaux en Ingouchie du même organisme ont été incendiés. Le secteur humanitaire y lit une volonté d’expulser l’ONG de Tchétchénie. Parmi ses actions, celle-ci participe au sauvetage des gays tchétchènes poursuivis par le régime.

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