Il transforme en art les
Beaux Mecs

Il transforme en art les "photos indésirables de pénis" reçues sur les applis


Drague 3.0 : on s’échange des mots directs et des photos de nos parties génitales. Et même quand elles ne sont pas sollicitées, les « photos indésirables de pénis » remplissent nos écrans. Repéré sur Instagram, on a a demandé à l’artiste Charles-Elie Chauvaux de nous expliquer sa démarche.

Celui-là transforme ses plans Grindr en haïkus, celui-ci en dessins noir et blanc stylisés, mais ici, ce sont les photos non-voulues des forceurs anonymes que l’artiste transforme. Que disent ces comportements de nos désirs de nous montrer ? Discussion avec l’artiste derrière le site penis-pics.art

TÊTU : Comment est né ce projet ?
Charles-Elie Chauvaux : Un matin en me réveillant. J’ai pris mon téléphone, j’ai ouvert Grindr et un mec m’avait envoyé plusieurs photos de son pénis. L’idée m’est venue d’en faire des collages. Je m’y suis mis rapidement et j’en ai fait beaucoup au début. Ça avait un côté presque thérapeutique. J’avais l’impression d’avoir enfin trouvé le moyen de rentabiliser le temps que je pouvais perdre sur les applications.

 

Recevez-vous des photos directement ou les demandez-vous à des amis ?
Ce sont principalement des photos que je reçois et j’ai un ami qui y contribue. Mais comme j’attache beaucoup d’importance à ce que les photos soient non-sollicitées, j’évite de demander à d’autres personnes. Et puis j’en reçois suffisamment pour ne jamais être à court. J’ai même accumulé une jolie collection prête à être utilisée.

Que faisiez-vous avant d’en faire des œuvres d’art ?
Avant, je n’y prêtais pas vraiment attention. Ça n’a jamais été une technique d’approche qui fonctionne sur moi. Même si ça m’est déjà arrivé d’en faire un screenshot et de le partager avec des amis quand le pénis était démesuré ou surprenant. Si ces photos de pénis ne m’excitent pas vraiment, c’est aussi parce que j’attache beaucoup d’importance à la qualité de la photo. Les mecs sont tellement concentrés sur leur pénis qu’ils en oublient ce qui l’entoure. La photo assise sur les w.c. est un grand classique.

Considérerez-vous que ce soit une sorte d’agression sexuelle ?
À mes yeux, ce n’est pas une agression sexuelle. Lorsqu’on fréquente ce genre d’applications, on est conscient qu’il est probable qu’on reçoive des photos de pénis. C’est une pratique courante dans le milieu et qui plait à beaucoup de garçons. Penis Pics Art n’a pas vocation à dénoncer ce type de comportements. Ça fait partie de la culture gay.

Vous mélangez ces pénis avec des imaginaires très politiques ou religieux. Pourquoi aller dans ces domaines ? Par plaisir de la provocation ?
Le but n’est pas de provoquer, mais je ne m’impose pas de limite. La religion et la politique sont des sujets de société qui m’intéressent et donc je me permets de les traiter. Si je devais définir ce qu’est un bon Penis Pics Art, c’est la combinaison d’un pénis avec quelque chose d’inattendu qui surprend. J’aime aussi y intégrer mes propres fantasmes et partager ma passion pour le bloc de l’Est, le brutalisme et les régimes totalitaires. La représentation de la virilité y étant assez forte, elle se marie très bien à des pénis en érection.

 

 

Dénoncez-vous aussi une certaine obsession pour la taille des pénis ? Un problème de la virilité chez les hommes gays ?
Oui, l’obsession pour la taille du pénis est très présente. Quand on prend une photo de son pénis en érection, c’est le summum de l’expression de notre virilité. C’est comme un trophée. J’aime mettre en avant ce sentiment de force et de grandeur que le mec a voulu exprimer. Il m’arrive de partager le résultat avec le propriétaire du pénis, et les réactions sont toujours très positives.

Vous recevez aussi des photos d’anus… Plus ou moins que de pénis ?
Recevoir une photo d’un anus est plus rare. Une photo de pénis a quelque chose d’universel, qu’on soit actif ou passif. Quel gay n’a pas une photo de ses attributs dans son téléphone ?

Instagram ne vous permet pas de poster vos photos, jugées trop pornos. Vous en proposez donc une version écrite et poétique…

Pour partager mes créations, il était important que je sois sur les réseaux sociaux. C’est pour ça que j’ai eu l’idée de m’autocensurer avant qu’Instagram ne le fasse en proposant une version littéraire de mes Penis Pics Art. Elle vient en complément de la première. De cette contrainte, j’en ai fait une opportunité pour parler de pénis autrement et intégrer à mes créations l’aspect littéraire que j’aime beaucoup.

 

Link in bio to unveil the collage. #collageart #penis #gay

Une publication partagée par Penis Pics Art (@unsolicited.art) le

Link in bio to unveil the collage. #collageart #penis #gay

Une publication partagée par Penis Pics Art (@unsolicited.art) le

 

À voir sur le site : https://penis-pics.art/

On citera aussi le travail similaire d’un artiste hollandais ici : https://drawingsofdicks.tumblr.com/

Et le projet « I Didn’t Ask For This: A Lifetime of Dick Pics » de Whitney Bell

 

À LIRE AUSSI :

« Je dessine mes plans Grindr. C’est ma façon de rencontrer du monde »

Il crée des haïkus après ses rencontres sur Grindr

Matthew Conway : que se cache-t-il derrière ses dessins d’hommes nus ?

ads