Adoption: en Seine-Maritime, les couples homosexuels sont des couples
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Adoption: en Seine-Maritime, les couples homosexuels sont des couples "atypiques" qui doivent être prêts à accueillir des "enfants atypiques"


Des couples homosexuels «  pas exclus » mais « pas prioritaires » pour adopter. Des couples « atypiques », qui doivent accepter des « enfants atypiques »… voilà ce que pense Pascale Lemare, la responsable du service adoption au département de Seine-Maritime. Des propos révoltants rapportés par France Bleu et qui confirment la discrimination envers  les couples de même sexe qui veulent adopter.

Des propos maladroits ? Lundi 18 juin, les mots de Pascale Lemare, responsable du service adoption au département de Seine-Maritime, auprès de France Bleu Normandie, ne passent pas. Selon elle. si «les couples homosexuels ne sont pas exclus» du système d’adoption «ils ne sont pas prioritaires». 

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Cette simple phrase, recueillie par la journaliste Coralie Moreau, résume la réalité complexe qui se cache derrière la loi sur le mariage pour tous, qui, en droit, autorise les couples homosexuels à adopter tout comme les couples hétérosexuels. Les démarches sont cependant longues et décourageantes pour tous les couples. Il faut d’abord passer par le département qui accorde ou non un agrément. C’est ensuite le Conseil de famille, composé de personnes issues de la société civiles, qui choisit la famille qui pourra accueillir l’enfant en attente d’adoption.

Des enfants «atypiques» pour des couples «atypiques»

Ça, c’est pour le principe. Mais en Seine Maritime, on fait une différence entre couples homosexuels et les hétérosexuels voulant adopter. Selon Pascale Lemare, les personnes de même sexe en concubinage sont «un peu atypiques par rapport à la norme sociale mais aussi la norme biologique [donc il faut que] leur projet supporte des profils d’enfants atypiques».

Dans l’interview, publiée mardi 19 juin par France Bleu, Pascale Lemare précise ce qu’elle entend par «atypiques». On s’enfonce ici un peu plus dans l’indécence : «un enfant dont personne ne veut […] des enfants trop cassés, trop perturbés psychologiquement, trop grands, handicapés». Avant d’ajouter : «Ces enfants-là ont des perturbations qui ne sont pas recherchées par les couples… voilà… donc si les couples homosexuels ont des attentes ouvertes, ils peuvent très bien adopter un enfant».

Des paroles ahurissantes qui ont scandalisé les internautes:

«On nous a dit que, pour avoir une chance, nous devions nous préparer à accueillir ‘un enfant à besoins spécifiques, c’est-à-dire grand ou avec un problème de santé, un handicap’», a témoigné une jeune femme auprès de France Bleu Normandie. Une autre femme lesbienne, qui a choisi d’abandonner les démarches, ajoute : «On a un peu l’impression que autant les parents homosexuels que les enfants à besoins spécifiques sont un peu des sous-citoyens aux yeux des institutions».

Des réactions politiques

Les propos de Pascale Lemare, auteure d’ouvrages sur l’adoption comme 150 questions sur l’adoption (éd. Larousse) et Être à sa place : parcours d’enfants placés devenus grands (éd. L’Harmattan) ont fait réagir le monde politique. À commencer par le conseil général de Seine-Maritime quidans un communiqué a d’abord tenté d’éteindre l’incendie en plaidant la dénaturation des propos de sa fonctionnaire.

En 30 minutes on est passé de « propos dénaturés » à une ferme condamnation. #ComDeCrise pic.twitter.com/y3feaD0PlU

Puis c’est Pascal Martin, président du département de la Seine-Maritime qui a pris la parole sur Twitter pour dire qu’il condamnait «fermement les propos de madame Lemare qui ne reflètent en rien la position du Département et [ses] convictions personnelles. Il n’y a aucune différence à faire entre les couples hétérosexuels et homosexuels. Tous ont les même droits». 

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Olivier Dussopt, secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Action et des Comptes Publics a indiqué sur Twitter que ces propos étaient «contraires aux principes de neutralité, d’égalité et de refus des discriminations qui caractérisent la fonction publique».

Des dossiers mis de coté par l’administration

Reste que ce cas est loin d’être isolé. France 2 a récemment diffusé un documentaire consacré au parcours de parents adoptants. « Roman d’une adoption » montre notamment le combat de Philippe et François, un couple homosexuel résidant en Essonne, désireux d’adopter un enfant. Mais leur rêve de devenir pères va être entraver par l’administration. Les deux hommes vont ainsi découvrir que leur dossier a littéralement été mis de coté parce qu’ils sont homosexuels…

Revoir en replay le documentaire « Roman d’une adoption » d’Anne Gintzburger.

 

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