Agression homophobe à Arles : le député Raphaël Gérard a saisi Gérard Collomb
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Agression homophobe à Arles : le député Raphaël Gérard a saisi Gérard Collomb


Il y a quelques jours, un jeune homme argentin subissait une violente agression homophobe par une bande à Arles, après avoir embrassé un garçon. La police a qualifié l’attaque « d’agression avec vol et tentative de vol ». En réaction, le député LREM, Raphaël Gérard, a annoncé le 4 juillet avoir saisi le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, sur le défaut de formation des fonctionnaires de police lors d’agressions homophobes. Il explique pourquoi à TÊTU.

 

Connaître les mesures mises en place par le ministère de l’Intérieur pour garantir un accueil bienveillant aux victimes d’homophobie dans les commissariats. Voilà l’une des demandes du député LaREM Raphaël Gérard, au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Très engagé, le député a fait son coming-out médiatique sur Têtu il y a quelques jours à l’occasion des présentations des conclusions de son rapport sur la haine anti-LGBT en Outre-mer. Un rapport rédigé conjointement par Laurence Vanceunebrock-Mialon, députée LREM ouvertement lesbienne, et Gabriel Serville du groupe GDR. Dans un tweet publié mardi 4 juillet 2018, le député interpelle vivement le ministre de l’Intérieur en pointant du doigt « le défaut de formation des fonctionnaires de police », suite à une agression homophobe qui n’a pas été qualifiée comme telle par les forces de l’ordre, comme le rapportait Komitid le 3 juillet.

« De graves dysfonctionnements »

Contacté par Têtu, le député de la majorité explique que l’agression à Arles a clairement été « l’élément déclencheur du courrier ». Un incident qui confirme les constatations faites lors du rapport sur les discriminations anti-LGBT en Outre-mer.

« On s’est rendu compte qu’on avait un défaut de plainte dans les Outre-mer, du fait que les victimes ne vont pas porter plainte par peur du jugement de la part des forces de l’ordre. L’incident à Arles montre qu’il y a une certaine réticence de la part des forces de police à entendre le caractère homophobe d’une agression. Il me semblait important de le pointer. »

Pour établir ce rapport, les députés se sont rendus dans les territoires d’Outre-mer, où il se sont entretenus avec plusieurs associations caribéennes, notamment KAP Caraïbe, qui accompagne les personnes homosexuelles en Martinique. L’association a fait état du refus de la part de plusieurs fonctionnaires de police du commissariat de Fort-de-France, de prendre des plaintes suite à des agressions homophobes. Pour le député, il s’agit là de « graves dysfonctionnements concernant les prises de plaintes dans les commissariats ».

Une circonstance aggravante niée

Le caractère homophobe d’une agression est une circonstance aggravante, un élément que les forces de l’ordre ne prennent pas suffisamment en compte lors des dépôts de plainte, selon lui. « Le jeune argentin a semble-t-il été agressé parce qu’il a été identifié comme homosexuel, car vu en train d’embrasser un garçon. C’est seulement ensuite qu’on lui a volé son téléphone portable. Le point de départ de l’agression, c’est le caractère homosexuel. En ne retenant pas cette qualification, on exclue de facto les circonstances aggravantes », estime Raphaël Gérard. Il s’agit donc de faciliter le dépôt de plainte, et surtout, de ne pas passer à côté de la qualification des faits : « Si on ne retient pas la qualification homophobe des agressions, on fausse les statistiques ». 

Des agressions homophobes sous-évaluées

Selon le rapport annuel de l’association SOS Homophobie, les agressions homophobes ont augmenté de 15% en 2017. Une enquête menée par l’Ifop et commandée par l’Observatoire LGBT+, rendue publique fin-juin, a par ailleurs annoncé que près de 65% des personnes homosexuelles ont été exposées au moins une fois dans leur vie à des agressions homophobes. Les chiffres donnés par les services de l’hôtel de Beauvau, eux, sont tout autres. En 2017, l’Etat a recensé 1 026 infractions à caractère homophobe sur l’ensemble du territoire pour l’année. Un décalage avec la réalité, qui alerte le député.

« La réalité est bien plus proche des chiffres donnés par les associations puisqu’ils reposent sur des témoignages. Je pense qu’il y a une mauvaise prise en compte de la gravité de certains actes homophobes. Il faut sensibiliser les forces de police et de gendarmerie à l’aspect traumatisant des actes homophobes et transphobes. Le jour où on aura une visibilité plus fine sur de tels actes, on aura fait un grand pas. » 

Le député demande une réponse concrète sur les actions mises en place. Il réclame notamment l’envoi d’une circulaire à l’ensemble des services de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur l’a informé de la prise en compte de sa demande, il devrait recevoir une réponse dans les prochains jours.

 

Crédit photo : capture d’écran Twitter.

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