Philippe Bilger a présenté sa démission à la commission d'éthique de la région Ile-de-France, après un tweet jugé homophobe
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Homophobie : Philippe Bilger démissionne de la commission d'éthique régionale


Philippe Bilger, magistrat et membre de la commission d’éthique de la région Île-de-France, a démissionné de son poste après un tweet polémique. S’il se défend de toute homophobie, il n’en est pas à son coup d’essai.

Le tweet de trop pour Philippe Bilger. L’ex-magistrat, membre de la commission d’éthique de la région Île-de-France, a démissionné de ses fonctions après la polémique suscitée par un tweet posté le 26 juin dernier. Laurent Ruquier venait d’annoncer l’arrivée dans « On n’est pas couché » de Charles Consigny, homosexuel mais aussi ex-conseiller communication pour Christine Boutin, et « ami » de Frigide Barjot. Réagissant à l’annonce du nouveau chroniqueur dans l’émission, le magistrat honoraire écrivait sur Twitter :

La levée de boucliers fut immédiate sur le réseau social. « Vous affirmez une connivence en raison de l’orientation sexuelle, c’est péremptoire, c’est idiot et vous accréditez la thèse complotiste du ‘Lobby LGBT’ qui a fait tant de mal. Bref, c’est indigne », argumente à juste titre ce twittos.

Et la réaction de Philippe Bilger n’a fait que jeter de l’huile sur le feu. « J’ai décidé de faire amende honorable », écrit-il dans un nouveau tweet plein d’ironie. « Tous les homosexuels sont formidables. Tous les hétérosexuels aussi », avant de sortir sur un « bien convenable ! ». Car Philippe Bilger fait partie de ces « défenseurs de la liberté d’expression », qui estiment qu’on « ne peut plus rien dire ».

 

Philippe Bilger a démissionné

Largement réclamée par plusieurs élus régionaux, notamment EELV (Pierre Serne en tête), sa démission a été annoncée par celui-ci sur Twitter, le 3 juillet :

Ce même Pierre Serne avait un peu plus tôt interpellé la présidente de la commission d’éthique, Jacqueline de Guillenchmidt, dans un email que nous avons pu consulter. Dans cet échange, il lui demandait de prendre « clairement position », ne pouvant plus, en tant qu’homosexuel, « se sentir traité de façon neutre ou impartiale » par la commission. La réponse de celle ci était sans appel : elle ne demanderait pas la démission de Philippe Bilger, estimant que cette polémique est « sans lien avec l’exercice de ses fonctions », ajoutant qu’il a fait « amende honorable et se défend de toute intention homophobe ».

Mounir Satouri, conseiller régional EELV d’Île-de-France, a également demandé la démission de Philippe Bilger dans une pétition sur Change.org, qui a toutefois recueilli peu de signatures.

 

 

 

Si la présidente le soutenait, pourquoi cette démission ? Contactée par TÊTU, la région Île-de-France explique qu’il a démissionné pour « assurer la sérénité du fonctionnement de la commission d’éthique ». Un motif que confirme l’intéressé, Philippe Bilger, que nous avons eu au téléphone. Après avoir déploré que ce tweet « ait pu donner l’impression à certains qu’il était homophobe », il se justifie

« Il y a deux raisons à ma démission : d’abord, après ce que j’appellerais ‘le délire’ à la suite de mon tweet, j’ai pensé que je ne voulais pas altérer le fonctionnement de cette commission d’éthique. Ensuite, parce que je sentais depuis quelques temps l’incompatibilité entre cette participation et la liberté d’expression que je prône dans mes autres activités médiatico-politiques. »

Mais selon Pierre Serne, cela ne s’est pas exactement passé comme ça. Pour lui, avec cette nouvelle sortie, Philippe Bilger commençait à devenir un caillou gênant dans la chaussure de Valérie Pécresse. C’est en effet la présidente de la région Île-de-France qui nomme les membres de la commission d’éthique. Après avoir reçus plusieurs mails relatant les rapports de Bilger avec l’extrême-droite, le cabinet de Valérie Pécresse aurait plutôt poussé le magistrat vers la sortie. Une information que n’a pas souhaité nous confirmer, à cette heure, le cabinet de Valérie Pécresse.

Pas homophobe, mais…

En effet, Philippe Bilger flirte depuis longtemps avec l’ultra-droite. Son blog, dont les billets sont presque systématiquement repris par le site Boulevard Voltaire – « A l’époque, j’étais aussi repris par Mediapart » se défend-t-il. Dans un de ses posts récents, il revient par exemple sur la présence de Kiddy Smile et de ses danseurs à l’Elysée pour la Fête de la musique. Une présence qu’il a jugé « offensante », estimant qu’elle ne représentait pas les Français, et que « ce n’est pas être raciste et homophobe que de considérer que la France n’est pas encore en masse immigrée et homosexuelle ».

Sur son compte Twitter d’ailleurs, il n’en était pas à son coup d’essai. Pendant les débats sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe à l’Assemblée, ce dernier était apparemment intarissable sur le sujet.

Mais Philippe Bilger est ex-magistrat. C’est un homme de Droit. Et il sait naviguer avec aisance sur le fil ténu entre l’homophobie et la « liberté d’expression ». Or cette fois, le fil a tremblé si fort qu’il l’a fait vaciller…

 

Crédit photo : Capture YouTube.

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