Actualité

L'IGAS dénonce d'importants retards dans la prévention contre le sida


L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dénonce ce 9 juillet, dans un rapport que Le Monde s’est procuré, les retards pris par les autorités de santé publique dans la prévention contre le VIH.

Dans un rapport que s’est procuré Le Monde, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) révèle d’importants retards quant à la prévention contre le VIH en France. Notamment concernant la mise en place de la PreP, ou Prophylaxie pré-exposition, qui prévient la contamination d’une personne séronégative lors de rapports sexuels à risque, et à laquelle Aides consacre une campagne de sensibilisation nationale. Mais si cet antirétroviral, autorisé en France depuis le 1er janvier 2016, avait été mis en place plus tôt, ce sont plusieurs milliers de contaminations qui auraient pu être évitées entre janvier 2013 et janvier 2016, rapporte l’IGAS.

En cause, des lenteurs observées au sein de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dont l’instruction pour autoriser le Truvada en France a duré 35 mois au total. En s’appuyant sur des chiffres de la direction générale de la santé, l’IGAS rapporte que « le nombre de contaminations consécutives au retard accumulé se situe entre 1 666 et 4 000 » alors que « le nombre de contaminations évitées [grâce à la PreP] serait potentiellement de 1 000 à 2 400 par an ». 

À LIRE AUSSI : « PreP 4 Love » : la campagne d’Aides pour la PreP, traitement préventif contre le VIH

L’association Aides, principal réseau de lutte contre le VIH, avait pourtant saisi l’ANSM dès le 24 janvier 2013, en demandant la mise à disposition du Truvada. Le 16 juillet 2012, soit un peu plus de six mois auparavant, la Food and drug administration (équivalente de l’ANSM aux Etats-Unis) l’avait autorisée.

Après des mois de travaux et l’accord de l’assurance maladie pour la prise en charge du traitement, la PreP n’a finalement été autorisée en France que le 1er janvier 2016. Une période jugée anormalement longue par l’IGAS, surtout en matière de prévention nationale.

« Une faiblesse de la santé publique en France »

Bien que le préservatif reste « l’instrument principal, pour ne pas dire unique, de la prévention de l’infection par le VIH », comme le rappelle l’IGAS, il ne faut pas oublier que depuis plusieurs années en France, plus de 6 000 nouvelles contaminations par an touchent des hommes ayant des rapports homosexuels. Le rapport ajoute : « Contrairement à une idée très répandue, loin d’avoir une ‘efficacité de 100 %’, le préservatif n’atteint dans ce domaine que des taux de 80 % chez les hétérosexuels et de 70 % chez les ‘hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes’ ».  De plus, à partir de la fin 2010, plusieurs études confirment que la prise du Truvada à titre préventif, avant et après un rapport sexuel à risque, empêche une personne séronégative d’être contaminéeEn se basant sur ces données, une mise en place rapide de la PreP aurait été totalement justifiée.

À LIRE AUSSI : Sida : l’autotest VIH, quel bilan trois ans après ?

L’IGAS souligne par ailleurs « une faiblesse persistante de la santé publique en France ». Bien qu’elle mette en place des réformes depuis plus de 20 ans, la direction générale de la santé rencontre « un déficit – quantitatif et qualitatif – de compétences et d’expertises qui continue à la pénaliser », estime le service administratif. Une appréciation des inspecteurs à laquelle souscrivent les cinq anciens directeurs généraux de la santé, que la mission IGAS a rencontrés, comme le souligne Le Monde.

 

Crédit photo : Jeffrey Beall, Wikimedia Commons.

ads