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Festival d'Avignon : 3 spectacles queer à ne manquer sous aucun prétexte


Pour sa 72e édition, le festival d’Avignon est plus queer que jamais. Du 6 au 24 juillet 2018, les aficionados de théâtre pourront assister à une douzaine de spectacles questionnant le genre et dénonçant les discriminations, de l’hétéropatriarcat à la transphobie. Un festival éminemment politique, dans une société française en plein débat sur le genre. Têtu a sélectionné pour vous les trois spectacles à ne manquer sous aucun prétexte si vous vous rendez dans la cité des papes.

Le violet, ou la fusion du bleu et du rose. C’est la couleur choisie pour la charte graphique de cette 72e édition du festival d’Avignon par Olivier Py, son directeur. Une couleur symbolique qui reflète un enjeu : mettre en lumière les questionnements sur le genre qui traversent la société française. Le festival se donne une vocation sociale, voire pédagogique. En armant les spectateurs et en leur donnant, par le théâtre, des outils de connaissance, Olivier Py veut politiser et conscientiser les esprits sur la question du genre. Parmi les 39 œuvres présentées, Têtu a sélectionné pour vous trois spectacles à ne manquer sous aucun prétexte. La liste n’est évidemment pas exhaustive.

1. La transidentité mise en avant avec Trans (Mès Enllà)

Avec « Trans (Mès Enllà) »le metteur en scène Didier Ruiz donne la parole à sept personnes transgenres âgées de 22 à 60 ans. Ce comédien de formation a souhaité visibiliser et, même s’il nous a précisé ne pas aimer le mot, « normaliser » le quotidien de ces personnes trans’ aux trajectoires de vie différentes. « Ces personnes ne sont absolument pas comédiennes. Toutes et tous travaillent, ont des conjoints et conjointes, parfois même des enfants. Elles nous parlent de leur expérience, de leur identité et de l’amour qu’elles ont reçu », nous précise Didier Ruiz.

Toutes et tous se mettent à nu et nous racontent un moment de leur vie, dans un texte qui n’est jamais figé, donc susceptible de changer à chaque représentation. « Ce n’est pas de l’improvisation, puisque le travail en répétition a consisté à convoquer des réponses bien précises. La parole est encadrée et accompagnée. Ils la déclament chacun et chacune à leur manière », poursuit-il. Il y a trois ans, après avoir rencontré une mère de famille investie dans une association espagnole d’enfants transgenres, le metteur en scène s’est décidé à mettre en avant ces problématiques dans une pièce. A ces yeux, le festival d’Avignon doit évidemment rendre compte de la réalité de ce que vivent ces minorités.

« Trans (Mès Enllà) » se joue du 9 au 16 juillet au gymnase du lycée Mistral. 

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas.

2. Un « feuilleton théâtral » sous le signe de l’intersectionnalité

L’année dernière, Christiane Taubira avait animé « le feuilleton théâtral », un incontournable du festival qui s’appréhende en 13 épisodes d’une heure. Cette année, c’est l’artiste David Bobée qui est aux commandes pour nous livrer « Mesdames, Messieurs et le reste du monde », un feuilleton qu’il qualifie de « très engagé, aussi bien sur la forme que sur le fond ». Le directeur du centre dramatique national de Normandie-Rouen (CND) nous confie avoir travaillé en amont avec un sociologue pour appréhender la question du genre sous tous ses angles et « offrir des textes de parole qui collent au plus prêt de la réalité ». 

Penser cette thématique brûlante sous le prisme de l’intersectionnalité, voilà l’objectif fixé par ce militant des droits LGBT+ : « Je me suis rendu compte que l’intersectionnalité était un concept très important. Quand on regarde de plus près, on se rend compte que les systèmes de dominations sont les mêmes partout, que l’on parle d’homophobie, de sexisme ou de racisme », explique le scénographe qui compte embrasser ces trois thématiques. Pensé comme une sorte de ballet, le feuilleton verra tous les jours de nouveaux artistes, anonymes et personnalités, déambuler dans le jardin Ceccano avec une mise en scène ouverte sur l’espace public. Plusieurs cartes blanches seront données, notamment à Virginie Despentes, Rokhaya Diallo ou encore Béatrice Dalle, comédienne chère au metteur en scène puisqu’il lui avait confié le rôle de Lucrèce Borgia dans la pièce éponyme de Victor Hugo.

Tous les jours à midi dans le Jardin Ceccano en accès libre et gratuit. Les épisodes sont retransmis en direct sur la page Facebook du festival

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage / Hans Lucas.

3. L’hétéropatriarcat remis en question dans « Saison Sèche »

Un décor blanc, aseptisé, dans lequel sept femmes se débattent avant de peu à peu se réapproprier leur corps. Dans « Saison Sèche », l’artiste transgenre Phia Ménard nous plonge dans la lutte contre le patriarcat. « Le décor joue un rôle symbolique car les interprètes évoluent dans une maison blanche dans laquelle elles sont enfermées. Cette maison renvoie à la notion de foyer, qui doit être géré par la femme toujours tournée vers l’intérieur, tandis que l’homme doit conquérir le monde », explique la fondatrice de la compagnie Non Nova. Les interprètes doivent faire face à un plafond qui s’abaisse et se relève, les forçant à s’accroupir, ou leur permettant de se tenir debout. « Ce plafond, c’est le symbole de la surveillance, qui contient les femmes dans un rôle de soumission. Il faut le détruire », martèle-t-elle.

Empruntant à la danse, aux arts plastiques et au cinéma anthropologique, les femmes vont par la suite se donner des attributs du patriarcat. Un travail de Drag King hautement symbolique pour l’artiste transgenre : « Se transformer en icône de pouvoir pour montrer que le genre n’est qu’une construction sociale, voilà l’aboutissement de ce spectacle ». 

Tous les jours, du mardi 17 au 25 juillet (sauf le jeudi 19), à 18 heures dans la salle de spectacle Védène

Crédit Photo : Jean-Luc Beaujault. 

 

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