Société

Billie Jean King et 60 sportives contre la discrimination des athlètes intersexes


Une soixantaine de sportives mondialement connues, dont la joueuse de tennis américaine Billie Jean King, la sprinteuse Dutee Chand, ou encore la footballeuse Megan Rapinoe, ont signé, mardi 10 juillet, une lettre ouverte à l’attention de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme pour mettre fin à sa politique discriminatoire envers les athlètes intersexes.

« Aucune femme ne devrait être obligée de modifier son corps pour participer à une compétition de sport féminin. » Voilà le message que veulent faire passer une soixantaine de sportives, dont la tennis-woman Billie Jean King et la sprinteuse Dutee Chand, avec une lettre ouverte adressée, mardi 10 juillet, à l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (International association of athletics federations, IAAF, en anglais).

Le texte a été rédigé en réaction à une décision critiquée de l’IAAF. En avril dernier, l’association a, en effet, annoncé vouloir instaurer une limite dans le taux de testostérone accepté pour les athlètes féminines dites hyperandrogynes ou intersexes, participant à des courses dont la distance est comprise entre 400 mètres et un mile (soit 1,6 kilomètre). Ces femmes, qui présentent naturellement un excès d’hormones sexuelles mâles, devront, pour pouvoir participer à une compétition d’athlétisme, avoir un taux de testostérone inférieur à 5 nmol/litre de sang, contre 10 nmol auparavant. Si ce n’est pas le cas, elles n’auront d’autre choix que de concourir avec les hommes, ou de subir un traitement médical pour abaisser ce taux. 

« Ces régulations s’inscrivent dans le prolongement de la surveillance invasive et du jugement du corps des femmes qui contaminent depuis longtemps le sport féminin, écrivent les soixante sportives dans leur lettre ouverte. Elles intensifient l’injuste regard que les athlètes féminines subissent déjà et exacerbent la discrimination contre les femmes dans le sport, qui sont perçues comme ne rentrant pas dans les cases normatives de féminité, en lien avec leur apparence, leur genre et leur sexualité. »

Une lutte juridique

Cette mesure discriminante, censée être effective en novembre prochain, pourrait notamment empêcher la championne olympique Caster Semenya, dont le corps présente un taux élevé de testostérone, de courir. Régulièrement attaquée sur son physique ou ses impressionnantes performances depuis son arrivée sur la scène sportive en 2009, la Sud-Africaine a porté l’affaire en justice, en juin dernier, devant le Tribunal arbitral du sport en Suisse. Ces régulations de la testostérone sont « discriminantes, irrationnelles et injustifiables », a-telle déclaré au média ThinkProgress, avant d’ajouter se battre « pour protéger les droits de toutes les femmes ».

Caster Semenya s’oppose notamment à un homme, Sebastien Coe, le président de l’IAAF. Ce dernier justifie le nouveau règlement de son association par une étude scientifique de Stéphane Bermon et Pierre-Yves Garnier, publiée en juin 2017 dans le British Journal of Sports Medicine. Co-financée par l’IAAF et l’Agence mondiale antidopage, elle établit un lien entre le niveau de testostérone dans le sang et les performances des sportifs. 

Un précédent en 2014

Plusieurs voix se sont cependant élevées pour déclarer que les sportives « hyperandrogynes » ont naturellement un taux de testostérone élevé. L’athlète indienne Dutee Chand avait été privée, en 2014, de toute compétition sportive en raison d’un taux de testostérone jugé trop élevé. Elle avait finalement été autorisée, en 2016, à retrouver les pistes de course par le Tribunal arbitral du sport.

A l’époque, la jeune femme, aujourd’hui âgée de 22 ans, avait déclaré auprès de l’AFP« Je suis ressuscitée. J’ai le droit de courir et de participer à des compétitions. Ce droit m’a été enlevé. Je ne me suis jamais dopée. J’ai été humiliée pour quelque chose qu’on ne peut pas me reprocher. Grâce à ce verdict, je suis heureuse qu’aucune nouvelle athlète n’ait à endurer mon calvaire ».

Mais c’était sans compter cette nouvelle mesure de l’IAAF. « Je suis vraiment en colère d’être mise sous le feu des projecteurs encore une fois, a confié Caster Semenya dans un communiqué. Je n’aime pas parler de cette nouvelle réglementation. Je veux juste pouvoir courir naturellement, telle que je suis née. Ce n’est pas juste que je doive changer. Ce n’est pas juste que des personnes questionnent qui je suis. Je suis Mokgadi Caster Semenya. Je suis une femme et je cours vite. »

Pour les 60 athlètes signataires de la lettre ouverte, ce sont ainsi les femmes qui sont « en danger imminent » si l’IAAF ne fait pas marche arrière. Mais c’est le monde sportif dans son ensemble qui en sortira entaché. Elles concluent ainsi :

« En tant que leaders dans notre communauté d’athlètes, nous croyons que le sport change le monde quand il accueille et donne les mêmes moyens à tout le monde. (…) Nous exigeons que vous annuliez ces règlements discriminatoires, et que vous souteniez les athlètes féminines à l’échelle mondiale, dans la poursuite d’une expérience sportive équitable et inclusive. »

 

Crédit photo : Flickr/Citizen59.

 

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