Finale de la Coupe du monde 2018 : j'ai suivi le match dans un bar lesbien 2/2
Société

Finale de la Coupe du monde 2018 : j'ai suivi le match dans un bar lesbien 2/2


Pour la finale de la Coupe du monde de football, dimanche 15 juillet 2018, TÊTU a décidé de se rendre dans deux bars du Marais, pour goûter à deux ambiances différentes : l’un gay, l’autre lesbien. J’ai choisi d’aller au Bar’Ouf, un bar lesbien au billard légendaire, qui compte parmi ses clientes de nombreuses habituées. Qui a dit que les gays et les lesbiennes n’aimaient pas le foot ? Retour sur une journée folle, qui a vu la France sortir victorieuse, pour la seconde fois en vingt ans, d’une finale de la Coupe du monde.

Il aura fallu se frayer un chemin dans le dédale des rues des Halles, un quartier du premier arrondissement de Paris, avant d’arriver au Bar’Ouf, un bar lesbien situé au 182, rue Saint-Martin. Partout les vuvuzelas résonnent, tandis qu’au loin j’aperçois plusieurs dizaines de personnes s’installer sur la terrasse du Bar’Ouf, l’un des rares bars lesbien à avoir retransmis la finale de la Coupe du monde de football. Devant l’entrée, je croise Dora et son fils, Aurèl, âgé de 3 ans. Cette maman de 40 ans porte un maillot aux couleurs de la France, mais ne se décrit « pas du tout » comme une fan de foot : « Je n’ai pas vu un seul match… Enfin si ! J’étais venue au Bar’Ouf pour la demie-finale mais je tournais le dos à l’écran, je venais surtout pour l’ambiance, la convivialité. Ça me semblait évident de revenir ici pour la finale et, cette fois-ci, je vais un peu plus regarder l’écran », me confie-t-elle dans un sourire.

La Marseillaise au Bar’Ouf

16h55. Les joueurs rentrent sur le terrain et tandis que je m’approche du bar, Anne, la gérante, s’adresse aux clientes : « Alors là les filles, il faut chanter ! ». Scène inédite pour moi, qui fréquente de temps à autre le lieu, la Marseillaise résonne dans le Bar’Ouf. Normalement fermé le dimanche, le bar a exceptionnellement ouvert ses portes, afin d’accueillir supportrices et amatrices de bière, pour tous les matchs joués par la France lors de cette coupe du monde.

Une règle instaurée depuis l’ouverture du bar, il y a quatre ans, par le couple de gérantes formé par Anne et Marie, toutes les deux fans de sport. « Les filles aiment le sport mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’elles sont forcément fan de foot. Elles apprécient surtout le fait de vivre de beaux moments sportifs, ensembleOn a un bon compromis ici, car on peut s’entendre parler, par contre pendant les grosses actions, les filles s’emballent et crient à l’unisson ! », m’explique Anne, avant d’être coupée par des hurlements. Il est 17h18. La Croatie marque contre son camp et le Bar’Ouf s’emballe. 

Derrière son bar, Anne ne cache pas sa joie. 

« On vient aussi pour ‘zieuter’ »

C’est la mi-temps, la France mène 2 à 1 et les filles profitent de cette pause pour échapper à la moiteur du bar. Je suis le mouvement et repère dehors Elodie et Shérazade, deux amies âgées de 29 ans, en train de fumer une cigarette. C’est le troisième match au Bar’Ouf pour Elodie. Shérazade, elle, n’en a pas loupé un seul. « Si on vient aujourd’hui, c’est d’abord pour le foot, mais faut pas déconner, on vient aussi pour zieuter ! », lâche Elodie, dans un fou rire. « Oui mais pour l’instant, aucune trace des filles qu’on avait repérées aux matchs précédents », désespère Shérazade. Je lui conseille de garder espoir, il reste encore 45 minutes de jeu !

Élodie (à gauche) et Shérazade (à droite).

« Ils cavalent comme des gazelles »

Pendant la deuxième mi-temps, les conversations vont bon train. À ma gauche Mel, 34 ans, y va de ses commentaires : « Mais qu’est ce qu’on ferait sans Lloris ? », demande-t-elle à sa voisine, qui acquiesce, avant de lâcher : « Nan mais attends, là ils cavalent comme des gazelles, les pauvres ! ». La chaleur monte lors des buts de Paul Pogba (à la 59′) et de Kilian M’Bappé (à la 65′) . « Elle est pour nous cette deuxième étoile ! », lance Mél dans un cri de joie. Jusqu’à la dernière minute, les clientes restent concentrées et tendues, et le coup de sifflet final retentit. Dans le Bar’Ouf, le temps semble s’être arrêté. 

La rue Saint-Martin se remplit, les klaxons résonnent et l’odeur des fumigènes imprègne l’air ambiant. Au milieu de ce tumulte de joie, mon regard se pose sur Yosr et Sandra. Imperturbables, elles s’embrassent langoureusement au beau milieu de la foule. Leur façon a elles de célébrer cette victoire, me confient-elles.

 

J’avais sept ans en 1998 et je me souviens très bien avoir hurlé sur mon balcon : « On est les champiooooons ! ». De cette deuxième victoire, je retiendrai les visages d’Anne, Élodie, Shérazade, Yosr, Sandra, Fabienne, Marie, Muriel et toutes ces femmes, lesbiennes et heureuses de vivre cette victoire, ensemble, au Bar’Ouf.

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Crédit Photo : Marion Chatelin. 

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