Greg AbbottUne activiste trans trolle un sénateur américain transphobe avec une photo géniale

Par Aurore Gayte le 20/07/2017
trans troll senateur americain toilettes

Quel est le point commun entre des toilettes et un sénateur américain ? La réponse : une loi qui fait polémique aux États-Unis.

Le sénateur conservateur du Texas, Greg Abbott, a fait le buzz à son insu. Quelques jours après avoir annoncé son intention de se représenter pour un deuxième mandat (aux élections sénatoriales américaines qui auront lieu en 2018), il s'est rendu ce week-end à un meeting pour commencer sa campagne.  Sauf qu'il ne s'attendait pas à y rencontrer Ashley Smith.
Ashley Smith, une activiste trans, est présente ce jour là au meeting de Greg Abbott, non par adhésion à ses idées, mais bien avec l'intention de protester, à sa façon. "Je ne savais pas si je pourrais crier, ou même si je serais entendue. Je me suis dit que ça serait bien plus intéressant de prendre une photo avec lui que de me faire virée par la sécurité." Et, en effet, sa stratégie a payé.
Le soir même, Ashley Smith poste sur les réseaux sociaux une photo d'elle et de Greg Abbott, tout sourire, le tout accompagné du hashtag "Bathroom Buddy" (soit "copain de toilettes" en français) ainsi que des légendes "Greg Abbott, sénateur du Texas" et "Ashley Smith, militante trans". Le petit détail qui tue tout, sa description sur Facebook : "Comment la police des toilettes pourrait savoir que je suis trans si même le sénateur ne peut pas s'en rendre compte ?". Internet s'emballe.

La "loi toilettes" texane

Ashley Smith fait référence à un projet de loi très polémique aux États-Unis, et particulièrement au Texas, appelé "Bathroom Bill" (soit "projet de loi toilettes") qui viserait à imposer aux personnes trans d'utiliser uniquement les toilettes qui correspondent à leur "sexe biologique", soit leur sexe de naissance. Même si le sexe mentionné sur leur état civil n'est plus le même. Le parlement texan a déjà essayé il y a deux mois de faire voter la loi, mais a dû renoncer face à l'opposition des élus Républicains modérés, des Démocrates et des associations militant pour les droits des personnes trans. Cependant, les députés texans ont été appelés cette semaine à une session spéciale, commencée en début de semaine, et dont le but est, entre autres, de faire passer la Bathroom Bill. Et il se trouve que Greg Abbott est en faveur de cette loi.
Cette loi, jugée comme transphobe par de nombreuses associations, a pourtant été considérée comme une priorité par le groupe de lobbying conservateur Campaign for Houston. Leur argument ? Laisser des personnes trans utiliser les toilettes de leur choix permettrait aux prédateurs sexuels de rentrer dans les toilettes des femmes, et de les violer. Pourtant, plusieurs États ont depuis des années permis aux trans de choisir les toilettes de leur choix, et ce, sans augmentation des agressions sexuelles.
"Je doute très fortement que cela encourage les violences sexuelles. Les prédateurs sexuels agiront comme ils agiront, peu importe les lois en vigueur", avait déclaré au journal américain Media Matters un officier de police de DesMoines, dans l'Iowa. Un État où des toilettes "sans genre" existent dans les lycées et les universités.
Aux yeux d'Ashley Smith, cette "loi toilettes" serait une véritable discrimination envers la communauté trans. "Je suis très active dans l'association Indivisble San Franscico qui milite pour les droits des trans. J'ai fait beaucoup de manifestations et de lobbying contre ce projet de loi ces derniers mois. La plupart des grandes villes du Texas ont déjà mis en place des ordonnances permettant aux trans d'utiliser les toilettes de leur choix, et rien de tout ce que les conservateurs avaient prédit n'est arrivé."

À peu près une personne sur 300 est trans. Nous sommes partout, nous sommes vos amis, vos voisins. La plupart d'entre nous ne sommes même pas visiblement trans. L'idée que la police et les autorités vont être capables de mettre en place cette loi est simplement inimaginable.
 

Retrouvez le numéro d'été de TÊTU en kiosque !

« Promenons-nous… » : Au sommaire du numéro de l’été 2017 de TÊTU !