Pourquoi l’amitié entre Ellen DeGeneres et George W. Bush agace

L’icône lesbienne de la télé américaine est allée voir un match de foot en compagnie George W. Bush, « un ami ». Et pour de nombreux internautes LGBT+, c’est une trahison.

Ellen DeGeneres est devenue au fil des ans l’une des personnalités les plus influentes aux Etats-Unis. Mais l’animatrice est surtout connue pour être un pilier de la communauté LGBT+. En 1997, elle tient le rôle principal dans la sitcom « Ellen ». Son personnage fait alors son coming-out. Un rôle qui l’inspire à sortir également du placard dans le fameux talkshow « The Oprah Winfrey Show ». Elle entre alors dans l’histoire en devenant la première actrice d’une série diffusée aux heures de grande écoute aux États-Unis. L’édition d’avril 1997, du Time, la mettra à l’honneur en couverture. « Yep, I’m gay« , disait-elle dans une longue interview pour le magazine américain.

En 2001, elle lance « The Ellen DeGeneres Show« , qui a remporté un total de 38 Daytime Emmy Awards au fil des années. Dans ce, désormais bien connu, talkshow l’animatrice conjugue interviews de célébrités, segments humoristiques et sujets de société. Elle utilise notamment son influence pour parler des questions LGBT+. Voilà pourquoi, le cliché partagé sur Twitter, la montrant s’amuser aux côtés de Georges Bush lors d’un match de football américain, a choqué les internautes.

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Le C.V. peu glorieux de Georges W. Bush

Ayant occupé le bureau oval pendant 8 ans (2001 – 2009), l’ancien président des Etats-Unis, Georges W. Bush, était bien connu pour son hostilité à l’égard de la communauté LGBT+. Durant son mandat, il s’est toujours montré opposé au mariage entre personnes de même sexe. Lors de sa campagne de réélection en 2004, le président Républicain avait notamment déposé un amendement auprès de la Constitution des Etats-Unis visant à bannir le mariage pour tous dans le pays. Il avait également souhaité placer des juges aux idées particulièrement conservatrices à la Cour Suprême des Etats-Unis. Au delà de ses idées très tranchées, Georges W. Bush est également critiqué pour avoir initié la Guerre d’Irak sous l’idée – dont beaucoup discutent encore – que le régime de Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive.

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« Je suis amie avec beaucoup de gens avec qui je ne partage pas les mêmes convictions »

Face aux critiques suite à la publication de la photo, Ellen DeGeneres a dû se justifier lors de son émission, lundi soir. « Voilà le truc : je suis amie avec George Bush. En fait, je suis amie avec beaucoup de gens avec qui je ne partage pas les mêmes convictions. On est tous différents et je pense qu’on a tendance à oublier que c’est ok d’être tous différents », a déclaré l’animatrice dans un discours parsemé de blagues. « Mais ne pas être d’accord avec quelqu’un sur tout ne veut pas dire que je ne peux pas être amie avec cette personne. Quand je dis ‘soyez gentils les uns envers les autres’, je ne parle pas seulement des gens qui pensent comme vous. Je veux dire : ‘soyez gentils avec tout le monde », conclut-elle.

En 2017, l’animatrice avait déjà invité l’ancien président dans son talkshow. Dans une interview de 6 minutes, Bush donnait son avis sur la présidence de Trump et racontait l’expérience que son chien a vécu en rencontrant Vladimir Poutine. 

Des réactions mitigées

Malgré son plaidoyer, les avis restent divisés. Certains, comme le tweet qu’elle cite dans son discours, pensent voir dans cette réunion entre l’ancien président et l’animatrice, un espoir d’une Amérique ouverte d’esprit. « Voir Ellen et George Bush ensemble me redonne fois en l’Amérique”, a tweeté l’internaute cité par Ellen.

« C’est exactement la manière dont je pense et je t’aime encore plus« , a également répondu la chanteuse et actrice, Kristin Chenoweth.

D’autres en revanche, ne sont pas convaincus et restent choqués de cette amitié peu commune. Dans Vanity Fair, la journaliste, Laura Bradley a notamment écrit un article dans lequel elle se questionne sur les limites de l’amitié. « DeGeneres a réduit cette histoire à une différence de ‘croyances’. […] Mais quand une personne a toujours cru que d’autres personnes ne devraient pas avoir les mêmes droits fondamentaux qu’une autre, il est difficile de traiter ces différences comme étant bénignes, en particulier lorsque cette personne a déjà exercé son pouvoir pour faire de ses croyances une réalité”, a écrit la journaliste.

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https://twitter.com/WTFcooner/status/1181615536960131072?s=20

« Un message qui réchauffe le coeur« , a commencé ironiquement cet utilisateur du réseau social. « Mais dis moi, @EllenShow… lui as-tu déjà expliqué, en tant qu’amie, la douleur et l’anxiété qu’il a inutilement causé à des millions (peu fortunés et pas privilégiés) de personnes LGBTQ ? Sans oublier l’Irak ? Tu sais… en tant qu’amie« . « La chose à propos de « Tout le monde peut être amis malgré les différences » c’est que ça favorise intrinsèquement les puissants et les privilégiés. Tu dis que ceux qui font du mal devraient être choyés tandis que ceux qui ont été blessés devraient se laisser aller à la souffrance, pour que des célébrités d’élite puissent boire un verre ensemble« , a continué l’internaute, tandis que d’autres accusaient l’ancien président d’être un criminel de guerre.

Une amie des politiques sauf…

Pour beaucoup de jeunes personnes queer ayant grandi dans les années 90, Ellen DeGeneres était le rare modèle auquel ils pouvaient s’accrocher. Elle est tellement connue outre-Atlantique que certains la qualifient même de « visage LGBT+ de l’Amérique ». De fait, elle a reçu dans son émission et lié des liens avec de nombreuses personnalités politiques et des résidents de la Maison-Blanche, comme Barack et Michelle Obama ou Hillary Clinton.

Pourtant, elle n’a jamais copiné avec Trump, refuse de l’inviter dans son émission, et tire à boulets rouges sur le président dès qu’elle en a l’occasion. Et alors que les volontés de Bush d’interdire le mariage pour tous sont restés des voeux pieux, la politique anti-LGBT de Trump, elle, est en marche : aujourd’hui, mercredi 8 octobre, s’ouvrira à la Cour Suprême une audience décisive afin de déterminer si l’article VII du Civil Right Act (1964), qui protège de la discrimination anti-LGBT+ sur le lieu de travail, doit être aboli. 

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Crédit photo : Capture d’écran / EllenTube

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