« Jésus est pédé » : la parodie de ce chansonnier de France Inter ne passe pas

Après un sketch intitulé Jésus est pédé, vendredi dernier sur France Inter, le chansonnier Frédéric Fromet s’est retrouvé cible de catholiques et autres internautes criant au « blasphème« . Une partie de la droite et de l’extrême droite a préféré le thème du « deux poids, deux mesures« .

Frédéric Fromet est chansonnier. Chaque vendredi, il intervient sur France Inter pour interpréter une chanson humoristique en phase avec l’actualité. Vendredi 10 janvier, il avait décidé de parler de la comédie diffusée sur Netflix La première tentation du Christ, qui met en scène un Jésus homosexuel, ce qui lui a valu des appels à la censure de catholiques intégristes et d’évangéliques au Brésil et un peu partout dans le monde, comme le racontait TÊTU la semaine dernière.

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« Heureusement qu’en France, les cathos sont beaucoup plus ouverts ! » lance Frédéric Fromet, avant d’entonner, sur l’air du chant chrétien Jésus revient : « Jésus, Jésus, Jésus est pédé, j’vois pas pourquoi ça dérangerait. Du haut de la croix, signe révélateur, Jésus écoute Mylène Farmer. (…) Jésus, Jésus, Jésus est pédé, membre de la LGBT. Du haut de la croix, pourquoi l’avoir cloué, pourquoi l’avoir pas enculé ? » Et autres paroles, sur plus de deux minutes, qui rendent hilares les chroniqueurs de la station de radio. « Je vais prendre un peu de temps pour le courrier la semaine prochaine, plaisante Charline Vanhoenacker. Rappelons que le droit au blasphème, que si on ne l’utilise pas, il s’use, et qu’on est Charlie. »

« Ignoble blasphème public »

L’humoriste belge ne croyait pas si bien dire. En quelques jours, Frédéric Fromet s’est retrouvé abondamment accusé de « blasphème » sur les réseaux sociaux, certains internautes annonçant même avoir fait un signalement auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Lundi 13 janvier, Alain Escada, président du parti catholique intégriste Civitas, dénonce sur le site de son parti un « ignoble blasphème public (…) commis contre Notre-Seigneur Jésus-Christ » qui « ne peut rester sans réaction« . Il « appelle tous les catholiques a réagir massivement » en « protestant directement auprès de France Inter« . Et ce proche de Jean-Marie Le Pen d’indiquer le mail, le numéro de téléphone et l’adresse de la rédaction. Un appel relayé par l’un des sites d’extrême droite les plus populaires, Égalité et Réconciliation, dirigé par le polémiste antisémite Alain Soral.

https://twitter.com/CitizenGOfr/status/1216629470351765505

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Le même jour, la branche française de CitizenGO, plateforme en ligne lancée par l’Espagnol anti-avortement Ignacio Arsuaga, soutenue par un oligarque russe proche du pouvoir poutinien, lance une pétition sous-titrée « Stop aux offenses à l’encontre des chrétiens« . Celle-ci, demandant à la présidente de France Inter Laurence Bloch de retirer la chanson de son antenne, a déjà recueilli plus de 11 000 signatures. Mi-décembre, le même CitizenGO demandait à Netflix de retirer son « film blasphématoire« .

« Irrespect à sens unique »

De leur côté, des figures politiques et médiatiques classées à droite et à l’extrême droite, se défendant de remettre en cause le « droit au blasphème« , se drapent dans un autre discours, en surface en tout cas, celui de la dénonciation d’un supposé « deux poids, deux mesures » entre le christianisme et l’islam ou, pour les plumes aiguisées telles que celle de l’animateur André Bercoff, d’un « irrespect à sens unique« . « Ils n’oseraient jamais dire la même chose de Mahomet, affirme sur Twitter le militant RN Jean Messiha. Trop peur d’un coup de couteau. » La députée européenne LR Nadine Morano, pleurant « Jésus dans la souffrance« , dénonce, elle, l’ « immondice verbale » du chansonnier. Une éditorialiste du FigaroVox y voit une « provocation inutile et ratée« .

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D’autres internautes ne se sont pas gênés pour battre en brèche cette théorie du « deux poids, deux mesures« , qui ne résiste pas à l’examen des faits. En effet, il y a cinq ans, dans une autre chanson intitulée Coulibaly Coulibalo,  Frédéric Fromet tournait en dérision le terroriste islamiste de l’Hyper Cacher et de Montrouge, avec un refrain plutôt éloquent : « Ah, ah, Allahou Akbar ! Les fous de Dieu sont des tocards ! » Cette fois-ci, le chansonnier a voulu pointer du doigt la montée de la censure au Brésil. Rappelons que, le jour du Réveillon de Noël, des intégristes néofascistes en cagoule noire ont attaqué au cocktail Molotov les locaux de la société de production de La première tentation du Christ.

La chanson a toutefois aussi fait réagir au sein de la communauté LGBT. L’utilisation du terme « pédé » dans la chanson a notamment hérissé de nombreux internautes, tout comme l’enchaînement de clichés éculés « il écoute Mylène Farmer », « les Village People », « Jésus n’était pas coiffeur, ni fleuriste »… Embêter les homophobes, pourquoi pas, mais la prochaine fois, n’oublions pas la subtilité.

 

 

Crédit photo : France Inter


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