C’est officiel : la Hongrie ne reconnaît plus les personnes trans’

Le Parlement hongrois a voté cet après midi la loi "omnibus", qui oblige les personnes trans' à faire figurer leur genre biologique sur leurs documents d'identité.

Triste jour pour les personnes trans' en Hongrie. Le Parlement hongrois a voté, mardi après-midi, sa loi "omnibus" comportant une série de mesures pour "faire face à l'épidémie de coronavirus". Et parmi les mesures adoptées, un article qui rend obligatoire pour les personnes trans de faire figurer leur genre de naissance sur leurs documents officiels (permis de conduire, documents d'identité...).

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Une large majorité des députés hongrois ont voté cette loi (à 134 voix contre 56, et 4 abstentions), malgré les inquiétudes répétées de la communauté internationale autant sur le fond de la loi que sur l'article 33, qui remplace le terme "nem" (genre ou sexe) par le terme “születési nem” (sexe de naissance) dans les documents d'Etat civil, en le qualifiant de "sexe biologique, sur la base des caractères sexuels primaires et des chromosomes", ce qui fait également craindre le pire aux personnes intersexes, déjà victimes de nombreuses mutilations génitales à la naissance.

Pour Amnesty International, qui a réagi dans un communiqué, "cette décision replonge la Hongrie dans une période sombre, et piétine les droits des personnes trans et intersexes. Non seulement, cette loi va les exposer à de nombreuses discriminations, mais cela va aussi renforcer un environnement déjà hostile et intolérant envers la communauté LGBTI+."  L'association LGBT+ hongroise Hatter Society invite le président János Áder, à ne pas ratifier la loi, et à l'envoyer en examen au Conseil Constitutionnel.

Levée de boucliers

De nombreux membres de la communauté LGBT+  et allié.e.s dans le monde avaient dénoncé cette loi à travers le hashtag #Drop33. Plusieurs acteurs politiques avaient également alerté les autorités hongroises sur les risques d'une telle loi pour les personnes trans et intersexes. C'était notamment le cas de Frédéric Pottier, préfet à la Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT (DILCRAH), et François Croquette, ambassadeur de France chargé des Droits de l'Homme, avaient interpellé dans une lettre publiée par TÊTU, l'ambassadeur de Hongrie. « Cette mesure nous semble, en outre, contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme ainsi qu’à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme » écrivaient-ils alors. Plus tôt cette année, 63 eurodéputés avaient adressé une lettre au Premier ministre hongrois, Gergely Gulyás, et à la ministre de la Justice, Judit Varga.

Mais il semble que la Hongrie de Viktor Orban n'en ait que faire de l'avis de l'Union Européenne. Depuis la fin mars, le Premier ministre Viktor Orban jouit de pouvoirs quasi-illimités, après avoir obtenu le feu vert du Parlement pour légiférer par ordonnance dans le cadre d'un état d'urgence à durée indéterminée, au motif de lutter contre l'épidémie de coronavirus. L'ONG américaine Freedom House a d'ailleurs affirmé récemment que le pays n'était plus une "démocratie semi-consolidée", mais un "régime hybride ou transitoire".

 

 


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