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Édito du nouveau numéro de TÊTU: "Pour Pierre"

Au sommaire de ce nouveau numéro de TÊTU, Arnaud Valois, Valérie Lemercier, Woodkid, Melanie C... Mais aussi un dossier sur les bandes de potes gays, un reportage auprès de la communauté queer de Beyrouth et une grande enquête sur le blues des personnes LGBT+ dans l'armée.

Il y a un an, Pierre écrit à la rédaction de TÊTU. Il vit depuis sept ans avec un homme, Antoine. Dans son mail, il décrit sa rencontre avec lui, un été, en Espagne. La passion. La force que l’un puise en l’autre. À la fin de sa lettre, Pierre nous fait une confidence : il rêve de demander Antoine en mariage, d’une céré- monie simple qui rassemblerait leurs proches, d’un discours qui unirait deux fa- milles qui se connaissent mal. Mais cela n’arrivera pas : Pierre et Antoine vivent cachés. Antoine est militaire dans l’Armée de terre. Impossible selon lui d’être ouvertement gay au sein de cette institution. Et donc, impossible de se marier sans que leur amour devienne public. “Le secret est notre seul chemin vers le bonheur”, écrit-il. En 2020, six ans après le mariage pour tous, vingt-trois ans après le pacs, des per- sonnes LGBT+ taisent encore leur orientation amoureuse et/ou leur identité de genre au sein d’une institution qui menace de les broyer si elles osent en parler librement. Sous le regard d’une hiérarchie qui répète que cela n’est pas un sujet, l’armée condamne les LGBT+ au placard. Évidemment pas par des textes comme l’ancien “don’t ask don’t tell” des États-Unis, mais par une tension viriliste, le harcèlement et la promesse d’une mise à l’écart. Bref, par l’homophobie. La lettre de Pierre est le point de départ de l’enquête que nous publions dans ce TÊTU d’automne et qui donne la parole à des militaires LGBT+. On y découvre leurs épreuves, leur amour pour l’uniforme et surtout le prix du secret. Dire qui l’on est, qui l’on aime, c’est livrer aux autres une partie de soi en sachant qu’elle pourra, s’ils souhaitent nous faire du mal, nous être reprochée. Les étiquettes que l’on nous colle dans le dos ou sur le front continuent de nous blesser. Ce sont ces étiquettes que veut déchirer ce nouveau TÊTU. Elles empêchent un militaire d’épouser celui qu’il aime, un ado d’assumer au lycée son orientation amoureuse, un acteur d’ob- tenir une carrière à Hollywood ou en France. Purger l’homophobie de la société prendra sans doute encore du temps. Percer ces poches de résistance exigera une force et une abnégation qui ne nous ont jamais fait défaut. Après tout, nous avons livré d’autres batailles. Et nous en avons encore sous le pied. Romain Burrel, directeur de la rédaction de TÊTU
Romain Burrel

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