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Le Refuge nomme un nouveau président par intérim et écarte définitivement Nicolas Noguier

INFO TÊTU - Le Conseil d'administration de la fondation du Refuge a finalement abandonné l'idée de confier à Nicolas Noguier un statut de "président fondateur". Un nouveau président d'intérim a été nommé.

Il faut éteindre l'incendie. Deux semaines après la publication d'un rapport dénonçant "des dysfonctionnements structurels", le Conseil d'administration du Refuge entend couper les ponts avec son ancien président. Nicolas Noguier a présenté sa démission, mais il a été question, jusqu'à présent, de lui confier un statut symbolique de "président fondateur".

"Ce n'est évidemment plus envisageable",  indique à TÊTU Marie-Claude Farcy, secrétaire générale de la fondation.  Pour cause, "cela envoie un très mauvais signal aux victimes", indiquait à TÊTU le cabinet d'Élisabeth Moreno, une semaine plus tôt. Le ministère envisage de commander une enquête aux services de l'État. Le Collectif des anciens jeunes et bénévoles du Refuge presse pour que l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) mène à son tour un état des lieux.

Un nouveau président de transition

Pour tourner la page Noguier, un président de transition a été élu ce dimanche par un conseil d'administration exceptionnel. Michel Suchod doit assurer l'interim, d'ici à ce qu'un cabinet de recrutement extérieur fasse des propositions. "Michel Suchod est quelqu'un d'extérieur au Refuge. C'est une personne d'expérience, un ancien vice-président de la Commission des lois à l'Assemblée. Il s'est mobilisé pour le Pacs et connaît bien l'action sociale", assure la secrétaire générale.

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"Il est surtout missionné pour faire sortir Frédéric Gal, le directeur général", souffle un proche du Conseil d'administration à TÊTU. Car certes, il y a deux semaines, l'éviction du directeur général était décidée. Mais elle ne peut être prononcée que par le président. Or, il n'y a plus de président depuis la démission de Nicolas Noguier, par ailleurs compagnon de Frédéric Gal . Résultat, le directeur général, sur la sellette, se rendrait encore au siège de Montpellier, pour expédier les affaires courantes.

Nicolas Noguier, visé par une enquête judiciaire

"Le président de transition fera ce qu'il pense être le mieux pour l'association", assure Marie-Claude Farcy. La secrétaire générale dit avoir été "sidérée" à la lecture du rapport de diagnostic du Boston Consulting Group, que TÊTU a dévoilé en exclusivité. Le cabinet d'audit lui a fait notamment part de faits condamnables.

Une personne a témoigné, de manière anonyme, d'un viol dont elle aurait été victime par une personne extérieure à la fondation. L'ancien président, Nicolas Noguier, aurait également envoyé une photo "à caractère sexuel" à un jeune qui a également témoigné anonymement. Depuis, la secrétaire générale a effectué un signalement auprès du parquet de Montpellier qui a ouvert une enquête judiciaire. "Si je crois les victimes, je tiens aussi à la présomption d'innocence", tient-elle à préciser.

Une association décriée

Mais pourquoi le conseil d'administration a-t-il attendu le rapport du BCG pour prendre des mesures ? "On nous a menti, on nous a raconté une histoire. Quelques individus au sein du conseil d'administration ont prétendu que l'enquête de Mediapart visait à déstabiliser la fondation par militantisme", explique un membre du conseil. Il aurait été reproché aux journalistes à l'origine des révélations dans Mediapart d'en vouloir personnellement aux deux dirigeants, sur la base de désaccords politiques et militants.

Car la stratégie qu'ils ont impulsée au Refuge ne fait pas l'unanimité au sein du tissu associatif LGBTQI+. "C'est une association qui a pratiqué le pinkwashing, souffle à TÊTU le responsable d'une importante association LGBTQI+. Ce qui n'est jamais passé, c'est qu'ils aient invité Christine Boutin, en 2012. Elle a pu faire sa communication et se racheter une conscience".

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Mais les reproches ne s'arrêtent pas la : "Le Refuge collabore difficilement avec les autres associations locales. D'autant que la fondation capte énormément de subventions et de dons sans pour autant que cet argent soit toujours utilisé au mieux pour des actions concrètes", assure le militant.

Une fondation "en crise d'adolescence"

Une critique que la nouvelle direction a enregistrée. "Je suis favorable à ce que Le Refuge s'ouvre aux autres associations : il faut ouvrir les portes et les fenêtres", assure Marie-Claude Farcy. Et pourquoi pas même appartenir à l'Inter-LGBT+ qui fédère la plupart des associations ? "Je suis pour, dit la secrétaire générale. Notre urgence, c'est de construire une fondation plus inclusive, plus professionnelle, plus éthique. C'est comme cela que l'on pourra aider les jeunes". D'ici-là, le Collectif de jeunes d'anciens jeunes et bénévoles du Refuge pourrait également intégrer le comité de suivi des réformes engagées.

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Il y a urgence car la nécessité d'une structure pour accueillir des jeunes chassés de chez eux est toujours primordiale. Actuellement, 228 jeunes sont accueillis par la structure. "Les jeunes ont besoin du Refuge. L'homophobie et la transphobie sont toujours d'actualité. Chez nous, ils sont, bien-sûr, en sécurité", assure la secrétaire générale. "Je suis une militante, si je ne me battais pas pour les jeunes, je ne serais pas là. La fondation traverse une crise d'adolescence, d'ailleurs, elle a bientôt 18 ans. Certains ne veulent pas la voir grandir et s'émanciper, mais il faudra couper le cordon."

 

Crédit photo : Capture d'écran YouTube / Le Refuge


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