L'État condamné après qu'un gendarme a "enterré" une affaire de meurtre par un couple gay

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En 2003, un gendarme avait "enterré" une plainte pour tentative de meurtre par un couple gay. Six ans plus tard, les deux agresseurs tuaient une autre victime homosexuelle. L'État a été condamné pour "faute lourde".

Le 28 novembre 2003, Wilfrid Cerveaux, un jeune Avignonnais, se rend à un rendez-vous sur un lieu de drague pour y retrouver Éric Meynier et Ludovic Serra. Une fois à l'écart, l'un des deux hommes le frappe. Pour sauver sa peau, la victime se jette dans les eaux glacées du Rhône - tandis que ses agresseurs lui lancent des pierres - avant d'appeler à l'aide.
Wilfrid Cerveaux se rend au commissariat de Roquemaure pour porter plainte et donne aux policier tous les éléments nécessaires à l'identification de ses assaillants : numéro de téléphone, prénoms... Pendant plusieurs mois, la victime s'enquiert auprès de l'adjudant Francis Navarro - commandant adjoint de la brigade de Roquemaure - de l'avancée de l'enquête. Il n'aura jamais de réponse, le gendarme l'ayant "enterrée".

Des conséquences tragiques

Six ans plus tard, Éric Meynier et Ludovic Serra sont reconnus coupables du meurtre de Frédéric, un jeune homme originaire de Sérignan dans l'Hérault. Les enquêteurs font le rapprochement avec la plainte de Wilfrid Cerveaux et réalisent que cet homicide aurait pu être évité si Francis Navarro avait mené à bien ses missions.
Lors du procès d'Éric Meynier et Ludovic Serra, le gendarme - devenu veilleur de nuit - est incapable d'expliquer pourquoi il a "enterré" cette enquête ainsi qu'une cinquantaines d'autres procédures. Il évoque une sorte de burn-out. Le 22 février 2013, les deux prévenus sont condamnés respectivement à 30 et 25 ans de prison. Le procès met en lumière la relation perverse qu'entretiennent les deux hommes ainsi que la "honte" de leur vie de couple : ils se présentent comme des cousins. La presse les surnommera "les amants diaboliques du Vaucluse".
De son côté, Wilfrid Cerveaux a poursuivi l'État, responsable du gendarme. Il a obtenu gain de cause puisque le tribunal de Nîmes vient de condamner l'État pour "faute lourde" et a accordé au requérant 6.000 euros au titre du préjudice moral. "La faute est reconnue, mais ses conséquences sont indemnisées à la marge" déplore son avocat, cité par Midi Libre. De son côté, l'ancien gendarme n'a toujours pas inquiété. On ne saura peut-être jamais s'il a agit par négligence, folie ou homophobie.


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