Le film sur Barbara n'oublie pas qu'elle était une icône gay
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Le film sur Barbara n'oublie pas qu'elle était une icône gay


Barbara de Mathieu Amalric sort en salles mercredi 6 septembre. Bien loin du biopic classique, le film est une divagation sur la créativité de la chanteuse. Et rappelle avec finesse le lien qui l’unissait à ses fans gays.

« Le paradoxe de cette personne qui vous étouffe, et par là vous libère […] Il fallait que le film soit aussi fou qu’elle. Il fallait que le film soit comme elle« . Ainsi Jeanne Balibar résumait-elle son admiration pour Barbara lors du Festival de Cannes en mai dernier où Barbara, réalisé par Mathieu Amalric, était présenté dans la section Un Certain regard. Il en était reparti avec le Prix de la poésie du cinéma… Pour être poétique, le film ne déçoit pas : au lieu du dispositif classique qui consisterait à demander à Jeanne Balibar d’incarner Barbara, il présente une actrice – Brigitte -, incarnée par Jeanne Balibar, en pleine répétition pour tourner un film sur Barbara… Mise en abîme dont le réalisateur est friand, elle lui permet une structure narrative éclatée qui brouille les pistes de saynète en saynète : est-ce Brigitte que l’on voit ? Ou une scène de tournage du film ? Ou bien une vraie scène de la vie de Barbara ? Les nombreuses archives fournies par l’INA ajoutent une couche de complexité à l’ensemble, monté et mis en musique avec maestria.

Son engagement contre le sida en filigrane

Le côté éthéré du film n’empêche pas Mathieu Amalric de porter à l’écran de nombreux éléments factuels, comme l’engagement de Barbara auprès des malades du sida. À la toute fin, l’interprète de « Sid’amour à mort » se précipite vers le téléphone de sa maison de Précy-sur-Marne : à l’autre bout du fil, c’est Cleews Vellay, l’un des présidents d’Act Up dont on a parlé récemment grâce à 120 Battements par minute de Robin Campillo. Barbara cherchait à contacter l’association pour visiter les personnes atteintes du sida à l’hôpital. Dans cette scène apparaît le souci du détail et d’historien du réalisateur : au mur, les noms et numéros de téléphone de trois anciens d’Act Up – Didier Lestrade, Cleews Vellay et Christophe Martet – sont accrochés.

La suite, elle n’est pas dans le film, mais on la connaît. Barbara passera beaucoup de temps au chevet des malades à l’hôpital, à écouter, comme le relaie Télérama dans un hommage publié peu après sa mort en novembre 1997 :

Un aumônier s’étonnait : « Mais qu’est-ce que tu leur dis, aux malades ? – Je dis pas, moi, j’écoute.  » À Précy, jour et nuit, une ligne leur était ouverte. Elle écoutait.

D’autres scènes, d’autres allusions, avec ces couples de garçons qui défilent pour obtenir un autographe de la dame en noir. Quand Brigitte s’enfuit avec l’un de ses techniciens pour une nuit – manie qu’avait Barbara pendant ses tournées, comme nous l’apprenait Mathieu Amalric lundi 4 septembre dans La Grande table sur France Culture -, elle fait tout pour le séduire mais le jeune homme semble un brin désintéressé… Il préfère l’écouter chanter. Son caractère de séductrice, tout au long du film, est magnifié. On retiendra en particulier le comique de répétition qui la lie à son accordéoniste : « Qu’est-ce que vous êtes grand », répète-t-elle à Roland Romanelli, incarné par le séduisant Vincent Peirani.

Barbara Mathieu Amalric

Rentrée Barbara

À l’occasion des 20 ans de sa disparition, deux événements majeurs rendent hommage à la chanteuse en plus du film : une exposition à la Philharmonie de Paris, du 13 octobre au 28 janvier prochains, et la sortie d’un disque totalement inédit, Lily Passion, grâce à des enregistrements légendaires miraculeusement retrouvés… Sortie le 6 octobre chez Universal.

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