Skunk Anansie : « Les hétéros ne font pas leur coming out. Pourquoi devrions-nous le faire ? »

Skunk Anansie Skin

Le groupe de rock Skunk Anansie fête ses 25 ans d’existence avec un double-album live. L’occasion de prendre des nouvelles de Deborah Dyer, alias Skin, leader du groupe ouvertement bisexuelle. Pour TÊTU, la chanteuse revient sur un quart de siècle de rock, de combats… et de préjugés.

En un quart de siècle d’activités électriques, les Anglais de Skunk Anansie ont aligné une palanquée de tubes rock comme « Twisted (Everyday Hurts)« , « Weak« , « Hedonism (Just Because You Feel Good)« , tout en multipliant les références gay-friendly (on garde un souvenir ému de la vidéo de « Secretly » où deux garçons en trouple avec une fille finissent en couple gay).

Un succès largement lié au charisme et aux textes de Deborah Dyer, alias Skin. La performeuse à la présence incandescente — et à la bisexualité assumée — a toujours été l’attrait premier de la vigoureuse formation. Pas étonnant que cette femme puissante ait été l’amie et la muse du couturier Alexander McQueen.

A 51 ans, la chanteuse n’a rien perdu de sa superbe. Elle accueille TÊTU avec un éclat de rire et un câlin, avant de parler sans langue de bois du racisme, de homophobie et de la visibilité bie dans le milieu pas toujours très friendly du rock & roll. Entrevue.

TÊTU : 25 ans de carrière… Quelle histoire ! Tu dirais quoi à la fille qui posait en treillis sur la pochette du premier album de Skunk Anansie (Paranoid & Sunburnt, paru en 1995) ?

Skin: Mon Dieu ! Je lui dirais de se détendre ! Je lui dirais aussi : « Vis le moment et d’arrête de penser au coup d’après ! » Mais je sais pourquoi j’étais si angoissée à l’époque : tout était neuf et très éprouvant pour les nerfs. Comme lorsqu’on s’est retrouvé à jouer aux MTV Music Awards, à chanter avec Pavarotti, ou pour l’anniversaire de Mandela. Je viens d’un milieu très working class alors je n’étais pas du tout préparée pour tout ce bordel. (rires) Quand je regarde en arrière, je me dis : « Wow, on était vraiment énormes dans les années 1990 ». Mais il faut faire attention et ne pas se laisser bouffer par la nostalgie.

On a réécouté les tubes de Skunk Anansie : « Secretly », « Weak », « Twisted (Everyday Hurts) »… Ils ont plutôt bien vieilli. Comment expliques-tu cela ?

On voulait écrire des classiques. C’était ça notre ambition. Il faut se souvenir d’une chose: quand on a commencé, la musique dominante était la Brit Pop. Des mecs cools et trendy qui prenaient des poses de dandys… Nous, nous étions l’antidote à tout cela. On n’a jamais été « cools et trendy« . Aujourd’hui, si Skunk Anansie se mettait à faire de la dance avec Calvin Harris par exemple, on vendrait peut-être des tonnes de disques… mais le groupe serait mort. Je ne veux pas vendre mon âme au diable.

On a fait nos devoirs avant de venir de te rencontrer. En relisant les interviews et portraits de toi dans les années 90, sais-tu combien de fois tu as été décrite comme…

Décrite comme « une grande amazone noire bisexuelle de 1,94m ? » (rires)

Exactement…


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