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NetflixLa saison 2 de "The Politician" vaut-elle le coup d'être regardée ?

Par Florian Ques le 19/06/2020
The Politician

Pour sa deuxième saison chez Netflix, la satire politique de Ryan Murphy propulse son anti-héros dans une campagne électorale aussi périlleuse que loufoque. Verdict.

Près de deux mois après la sortie remarquée de son uchronie cinématographique, Hollywood, Ryan Murphy inaugure la saison 2 de son autre production sous pavillon Netflix. En effet, The Politician fait déjà son come-back – pour rappel, sa première cuvée d'épisodes avait déboulé en septembre dernier seulement. Et c'est un retour en grande forme, puisque la série a mis de l'ordre dans son histoire jusqu'alors désordonnée pour proposer un récit plus fluide, désopilant mais toujours aussi férocement queer. On vous explique.

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Les années lycée de Payton Hobart appartiennent désormais au passé. Pour cette saison 2, le vingtenaire le plus ambitieux du monde des séries a troqué le soleil brûlant de Californie pour élire domicile dans la ville qui ne dort jamais, New York. Avec un objectif en tête : s'accaparer une place au Sénat de l'État de New York, afin de prendre place, un jour, dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Mais avant ça, une campagne électorale éprouvante l'attend puisqu'il devra affronter Dede Standish, sénatrice indéboulonnable et bien déterminée à être réélue.

Icônes queers sur le devant de la scène

Exit les trahisons de pacotille dont la première saison regorgeait. Désormais, les enjeux grimpent d'un cran mais les coups bas, eux, sont toujours là. Pour ça, il faut remercier Dede Standish, l'antagoniste de cette seconde saison, et sa fidèle acolyte/cheffe de campagne, Haddassah Gold. Tout aussi débrouillardes et vindicatives que Payton et son équipe, ces deux-là représentent l'atout majeur de ces huit épisodes fraîchement sortis, en partie grâce à leurs interprètes.

En effet, The Politician a vu aussi les choses en grand au niveau de sa distribution, puisque Judith Light et Bette Midler volent irrémédiablement la vedette à Ben Platt tout au long de la saison. Les deux icônes LGBT+, qui ont fait beaucoup pour la communauté au gré de leur carrière que ce soit de manière symbolique ou philanthropique, brillent dans leur rôle respectif. Et surtout, Ryan Murphy leur confie des intrigues solides, au moins sur le plan de la représentation.

The Politician
Judith Light (Dede) et Bette Midler (Haddassah), révélations solaires de cette saison 2 (crédit photo : Netflix)

De par leurs personnages, le showrunner continue de dépoussiérer l'image aseptisée qu'on accole trop souvent aux femmes d'un certain âge – un travail de déconstruction louable qu'il avait déjà entrepris dans son autre série récente, Hollywood. Ici, Dede et Haddassah sont deux femmes septuagénaires qui jouissent d'une sexualité libérée : la première est en "trouple" avec deux hommes, alors que la seconde ravive son appétit sexuel avec un homme bien plus jeune qu'elle. The Politician s'affaire à banaliser le plaisir féminin, quel que soit l'âge, tout en inversant certains tropes surannés – comme, ici, celui de l'homme influent âgé avec une jeune femme à son bras.

Modernité

Hormis la notion de trouple qui revient fréquemment sur le tapis, The Politician s'est assagie sur les questions de genre ou d'orientation amoureuse ou sexuelle. En surface tout du moins puisque, sans explicitement en parler, la série propose des développements scénaristiques intéressants relatifs à la sexualité de ses personnages.

En l'occurrence, Astrid (Lucy Boynton) et Alice (Julia Schlaepfer) atterrissent dans un trouple – oui, c'est le mot d'ordre de cette salve d'épisodes – avec Payton, alors qu'elles étaient jusqu'alors présumées hétérosexuelles. Or The Politician n'en fait pas tout un plat : leur attirance pour les femmes est un non-sujet. Là encore, la série persévère dans sa trajectoire de banalisation, puisque la fluidité de Payton dans la saison 1 était déjà un non-évènement rafraîchissant et résolument moderne.

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Dans cette visée contemporaine, la saison 2 de The Politician ressasse beaucoup la question écologique. C'est un facteur décisif dans la course électorale de Payton, certes, mais c'est également un sujet sur lequel semblent s'exprimer Ryan Murphy et son équipe de scénaristes. Son cinquième épisode, intitulé "The Voters" en écho à un volet de la saison précédente, leur permet de véhiculer un message incisif peu équivoque : les boomers ont eu leur chance, il est temps de laisser les commandes aux millennials avant que le réchauffement climatique n'ait raison de nous.

C'est ici que réside encore le talent de Ryan Murphy. Si la plupart du temps, le superproducteur tire sur des grosses ficelles, il y a toujours un élément qui nous ramène à son génie juste avant que l'on souffle d'ennui : une ligne de dialogue incisive, un twist inattendu, ou une prise de position politique maligne qui balaie d'un revers la superficialité apparente de ses productions stylisées.

The Politician
Crédit photo : Netflix

Un soap politique superficiel mais efficace

The Politician n'échappe  pas à la superficialité, voire à une certaine vacuité. Plus nombreux qu'en saison 1, les moments de grâce demeurent toujours rares. Si les personnages secondaires plus âgés rayonnent, Payton/Ben Platt, et sa jeune équipe de campagne souffrent un peu de leur manque d'épaisseur, et les acteurs peinent, contrairement à leurs aînés, à apporter la touche de camp délirante qui pourrait faire la différence. Cette deuxième fournée d'épisodes fait de Payton un pantin, à la limite de la caricature, en mettant trop l'accent sur sa campagne électorale plutôt que sur sa psychologie et sa moralité parfois douteuse.

Mais même si elle manque toujours de profondeur, The Politician fonctionne mieux qu'à ses débuts, principalement car elle épouse au maximum son ADN très soap avec des intrigues délicieusement capillotractées que Les feux de l'amour n'oseraient pas tenter – quoi que. Sans être un succès sur tous les fronts, cette deuxième saison est suffisamment divertissante (et drôle, il faut le préciser) pour être recommandable. Au rayon des plaisirs coupables queers, difficile de faire mieux.

Crédit photos : Netflix...