Abo

astrologieMais pourquoi l’astrologie est-elle devenue si queer ?

Par Pauline Ferrari le 21/09/2020
astrologie

Des pages de memes spécialisées sur Instagram à une nouvelle génération d’astrologues réinventant la pratique, l’astrologie a le vent en poupe chez la communauté LGBTQ+. Mais pourquoi ?

“Ah oui mais toi t’es cancer ascendant scorpion, c’est pour ça” analyse Léa, sûre d’elle. Devant la Mutinerie, bar queer parisien, Léa et Noémie, la vingtaine, tentent de m’expliquer ma charte astrale à l’aide de l’application d’astrologie Co-Star. On se moque (gentiment) du côté dramatique des Lion, ou encore de l’émotivité des signes d’eau, Cancer ou Poissons en tête. Pour les deux fans d’astrologie, “c’est une super manière d’aborder les gens”. 

Dis moi quel est ton signe, et je te dirai qui tu es : voici l’esprit qui règne sur de nombreuses pages de memes queer que l’on peut retrouver sur Instagram. Des comptes comme @astrologouine, @queerstrologyy ou @thezodiacstea mêlent art du meme - ces images décalées à volonté humoristique - et prédictions astrologiques, le tout à destination des membres de la communauté LGBTQ+. Des comptes qui cumulent des dizaines de milliers d’abonnés, en France comme aux Etats-Unis. 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

g besoin de connaître le signe de Villannelle jrigole ap

Une publication partagée par astrodrama (@astrologouine) le

J’essaye d'inonder internet avec des astromemes entre deux cartes astrales” nous explique Ange, qui gère la page Instagram @astrologouine depuis 2018, qui compte plus de 20 000 abonnés. Ange, qui se définit “d'abord comme un ange, mais aussi un.e gros.se queer non binaire” a découvert l’astrologie dans sa famille, à travers la tradition orale. “L'astrologie a pris une place important d'abord dans ma pratique artistique, parce que je la considère comme étant un espace d'auto-définition nécessaire en tant que personne queer” nous explique Ange. 

C’est quelque chose de très présent dans les communautés féministes et queer, c’est un sujet léger mais qui en dit beaucoup sur comment les gens se comportent et se percoivent” estime Léa. Au-delà des memes, l’astrologie trouve depuis plusieurs années une nouvelle voie hors d’internet, à travers une nouvelle génération d’astrologues queer qui réinventent la pratique. Dans le milieu, l’une des figures de proue s’appelle Chani Nicholas, astrologue et autrice, qui intègre activisme et identité queer dans son travail. Sur Twitter ou Instagram, l’astrologue parle autant de la nouvelle lune que de violences policières, de droits LGBTQ+ ou de mercure rétrograde.  

 

Voir cette publication sur Instagram

 

ascendant relou.e

Une publication partagée par (@lobbygouine) le

Revendiquer une manière de penser et de s’approprier le monde

Un changement de paradigme qui ne date pas d’hier, selon Christophe Renstrom, astrologue gay et fondateur du site Ruling Planets, qui officie depuis 1985. “Quand j’ai commencé à exercer, le sida frappait la communauté gay. Beaucoup de mes clients me demandaient de leur lire leur charte astrale chez eux, à l’hopital : ils ne me posaient pas de questions sur l’avenir. Ils voulaient juste entendre ce que leur charte astrale avaient à dire” se rappelle-t-il.

Comme beaucoup de disciplines, l’astrologie a été pendant très longtemps pratiquée de manière assez genrée : les hommes viendraient de Mars et les femmes de Venus, certains signes astrologiques seraient plus féminins que d’autres… Pour Christopher Renstrom, cette vision de l’astrologie doit changer : “le fait qu’une planète, Mars par exemple, change de genre quand elle bouge d’un signe masculin du Bélier à un signe féminin comme le Taureau, cela me parle en terme de fluidité du genre”. 

Si l’attrait pour l’astrologie a toujours existé, internet a permis une redéfinition de la pratique et son accessibilité. “Ce regain d'intérêt coïncide pour moi d'un côté avec l'usage hyperprésent des réseaux sociaux, pour lesquels l'astrologie est une matière taillée sur mesure, et d'un autre côté avec l'affirmation de nos luttes pour accéder à nos droits et nos propres espaces” analyse Ange. “C'est un excellent support à memes d'une part parce qu'il existe énormément de matière à explorer, et d'autre part parce que l'astrologie touche à quelque chose d'extrêmement personnel. Le mix des deux fait que chacun.e se sentira concerné.e à un moment donné par l'un des memes” ajoute-t-iel. 

L’astrologie, hors norme ?

L’astrologie a commencé à parler à ma communauté quand les croyances religieuses et spirituelles traditionnelles leur ont tourné le dos” selon Christopher Renstrom. Pour lui, l’une des raisons du succès de l’astrologie dans la communauté LGBTQ+, c’est le non-jugement et l’ouverture de la discipline. Pour Ange, “l'astrologie à une grande place chez les queers, parce qu'elle permet un espace de définition qui se construit en dehors des normes. Quand la société nous oppresse, elle permet un espace pour se soigner et grandir en dehors des cadres que l'on nous impose quotidiennement”. 

L’astrologie, discipline souvent raillée parce que considérée comme féminine et non-rationnelle, et donc illégitime, trouve une nouvelle forme de reconnaissance et de réappropriation par une partie de la communauté queer. “C’est revendiquer une manière de penser et de s’approprier le monde” estime Noémie. “Cela a été trop longtemps utilisé pour des arguments lucratifs et par les magazines féminins, souvent stéréotypés” juge-t-elle. 

Dans un article paru sur son blog, l’astrologue queer Chani Nicholas détaille sa pensée sur l’attrait des personnes queer pour l’astrologie : “C'est peut-être parce que nous savons que même si ce monde ne nous comprend pas toujours, nous traite comme égaux ou se soucie de se rappeler de notre histoire, et que notre talent, notre imagination et nos cœurs sont aussi vastes que le cosmos. C'est peut-être parce que l'astrologie est un outil de réflexion qui ne juge pas les nombreux aspects de soi mais les révèle seulement. C'est peut-être parce que pour certain.e.s d'entre nous, c'est la première fois que nous voyons un reflet clair de nous-mêmes.

 

Voir cette publication sur Instagram

 

WELCOME CANCER SOLSTICE ECLIPSE SEASON today marks the solstice and is also a solar eclipse. Remember that eclipses challenge the ego, are not times to try and begin anything new but are times to purge poisons from the system - personal and collective. The solar eclipse is late tonight so please take care. Don’t push it. Don’t rush it. Don’t be an asshole of you can help it, but when you are make amends as soon as possible. We don’t have to be perfect but we need to be willing to learn and do better. I have horoscopes and a solar eclipse essay up on the site plus A Workshop for Eclipse Season. Everything in the link in biooooo! LOVE YOU.

Une publication partagée par Chani (like Annie or (c)Hani) (@chaninicholas) le

C’est une sorte de langage codé, mais également une arme de lutte” analysent Léa et Noémie. “C’est une grille d’analyse qui me permet une meilleure connaissance de moi-même, et une porte vers l’introspection” estime Léa. L’astrologie, y compris à travers ses représentations humoristiques comme les memes, permet de faire communauté. Mais également de faire tomber les cases établies par une société hétéronormative et binaire, en choisissant une identité (astrologique) qui correspond à chacun.e. Selon Noémie, “pourquoi il n’y a pas beaucoup d’hommes cisgenre hétéros qui aiment l’astrologie ? Parce que c’est une manière de se définir en dehors de leur pouvoir, et ça les dérange”.