Ephèbe, le chanteur queer qui fait du bien à l’électro-pop française

Dans son premier EP, le chanteur tourangeau pose les bases de son projet musical, alimenté par son identité d'homme gay. Rencontre avec ce nouveau visage de la scène francophone.

Selon le Larousse, un éphèbe équivaut à un jeune homme ayant atteint la puberté, soumis à des impératifs d'ordre religieux ou militaire durant l'Antiquité. Les férus de grec ancien savent qu'un rite initiatique plutôt sexuel, voire homosexuel plus précisément, va de pair avec ce terme. C'est en partie pour ça qu'Axel, jeune chanteur résidant à Tours, l'a adopté comme nom de scène. "Je l'aime beaucoup parce qu'il y a tout un imaginaire autour de l'éphébie, confie-t-il, précisant que ce pseudonyme lui a été soufflé par son petit ami quelques années plus tôt. Il y a un aspect un peu provocateur qui m'intéresse vraiment bien".

Autoformation et influences 80's

Mais avant de se muer en Ephèbe, Axel grandit dans un petit village de Touraine et devient officiellement tourangeau pour ses études. Et s'il baigne désormais dans la chanson, il a d'abord collectionné son lot de petits jobs alimentaires, de livreur de sushis à plongeur en restauration. Mais la musique, elle, occupe une place singulière dans sa vie depuis ses 6 ans. À l'époque, Axel prend des cours de solfège dans son village. Il acquiert ensuite des bases en accordéon – son tout premier instrument.

"Aujourd'hui, je n'en joue quasiment plus, reconnaît l'artiste. Mais la musique a toujours fait partie de ma vie, j'ai toujours passé du temps dans ma chambre à trifouiller des instruments avant de passer à l'ordinateur". Nés de parents cheminots, il se façonne une culture et une curiosité musicale par lui-même, avec des références tout de même plutôt rétros. "Pendant la création du projet, j'étais sur quelque chose de très années 80, estime Ephèbe. J'étais très influencé et je le suis toujours par Étienne Daho ou Mylène Farmer. Puis il y a plein d'autres inspirations qui se sont greffées sur ça : du hip-hop, de l'électro, de la variété française… C'est un peu mélangé, c'est pour ça que mon EP part un peu dans tous les sens".

À 27 ans, Ephèbe dévoile Orage, son tout premier EP. Enfin, pas tout à fait. Quatre ans plus tôt, le chanteur tourangeau avait mis en ligne un autre projet autoproduit. "J'avais aussi tourné des clips à l'époque avec une esthétique assez queer, se remémore-t-il. Cet EP-là, je l'ai viré d'Internet parce que les titres ne me correspondaient plus trop". En 2017, il s'envole pour les États-Unis, où il se produit en tant qu'Ephèbe dans des soirées drag ou queers devant un public anglophone. Lui, en revanche, mettait un point d'honneur à employer la langue de Molière. "Il était hors de question de chanter en anglais, avance-t-il. En plus, le français leur plaisait beaucoup parce que c'est exotique et élégant à leurs yeux".

Un disque aux multiples facettes

Avec Orage, l'artiste propose six titres aux sonorités et thématiques disparates. "Je n'ai vraiment pas voulu me fermer à quoi que ce soit, reconnaît-il. Ce sont des morceaux qui se sont créés comme ça, les uns après les autres. Aujourd'hui, je dois en avoir une trentaine. Mais pour cet EP, j'ai sélectionné ceux qui me semblaient les plus pertinents. Ce sont aussi des textes qui avaient une importance à un moment précis. Mais je suis assez content car elles montrent un panorama assez large de ce que je peux faire".

Au travers de son art, Ephèbe assume pleinement son identité gay. "C'est difficile pour moi de faire des textes qui ne soient pas intimes, avance le chanteur. Je parle d'amour, de blessures… et c'est forcément lié à ce que je ressens. Et donc, comme je suis homo, cette dimension-là transparaît dans mes morceaux". C'est ainsi que naissent des titres comme "Tomboy", où il retrace avec poésie son parcours en tant que jeune homme aimant les hommes, ou "Mon Roi", dédiée à son mec actuel. "C'est un texte que j'aurais pu écrire si lui et moi nous étions quittés, explique-t-il. Je me suis projeté dans cette situation-là. C'est un titre fantasmé que j'ai créé avec des restes de frustration amoureuse accumulés pendant des années".

S'il est fier de son homosexualité et ne s'en cache pas dans sa musique, Ephèbe peine à se qualifier de militant. "Peut-être que je l'ai été sans l'être", déclare-t-il sur un ton dubitatif. Détenteur d'une formation journalistique, il reconnaît aborder ses articles via un prisme LGBTQ+. Ses clips, quant à eux, font état d'une esthétique queer travaillée. Il s'est aussi rendu à de multiples rassemblements pour freiner la Manif pour Tous. Une période qu'il décrit encore aujourd'hui comme "très dure" et "très violente".

Cependant, Ephèbe espère être instigateur de changement dans notre Hexagone, de la même manière que les nouvelles figures de la scène francophone. À l'instar de Bilal Hassani, qu'il admire beaucoup "parce qu'on a attendu longtemps pour une telle représentativité", ou encore Eddy de Pretto, dont il a fait la première partie en 2019. "Je suis très attaché à ce qu'il raconte et à ce qu'il incarne plus qu'à sa musique à proprement parler, précise l'artiste. Pour l'avoir vu sur scène, c'est vraiment un type qui a de la stature, de la prestance. Je trouve qu'il fait vraiment du bien dans le paysage de la chanson française". En espérant que la musique d'Ephèbe, tantôt carabinée, tantôt aérienne, puisse autant rayonner. On lui souhaite.

Crédit photo : Quentin Caffier


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