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humourCamille Lellouche : "On est en 2021. Si l'homosexualité te dérange, soigne-toi !"

Humoriste. Comédienne. Chanteuse. Nombreuses sont les casquettes portées par Camille Lellouche. Depuis sa participation remarquée à The Voice en 2015, elle s'épanouit où qu'elle aille et se distingue comme une artiste tout-terrain. À l'aise sur les planches comme devant une caméra. Mais s'il y a bien un rôle qu'elle adore endosser, c'est celui d'alliée de…

Crédit photo : Boby

Humoriste. Comédienne. Chanteuse. Nombreuses sont les casquettes portées par Camille Lellouche. Depuis sa participation remarquée à The Voice en 2015, elle s'épanouit où qu'elle aille et se distingue comme une artiste tout-terrain. À l'aise sur les planches comme devant une caméra. Mais s'il y a bien un rôle qu'elle adore endosser, c'est celui d'alliée de la communauté LGBTQ+. "Moi, je suis votre sœur, nous garantit-elle. Depuis très longtemps et pas depuis que je suis connue".

Dans la vidéo accompagnant son récent single "Je remercie mon ex", la Parisienne se met en scène sous différents personnages. Et flirte allègrement avec des hommes… mais aussi avec une autre femme. Alors, oui, on avait envie d'en savoir davantage. Camille Lellouche, elle, se réjouit de pouvoir échanger avec nous. "Quand on m'a dit TÊTU, j'avais l'impression d'être Madonna, lâche-t-elle à moitié sur le ton de la blague. J'étais hyper touchée". C'est ainsi qu'elle est revenue sur son combat contre l'homophobie, ses (nombreux) amis gays et son amitié inouïe avec Aya Nakamura.

Même si 2020 a été une année un peu particulière, tu ne t'es pas reposée puisqu'on t'a vue dans des clips, tu as sorti de nouveaux titres. Est-ce qu'il ne serait pas temps pour un album ?

Bien sûr, évidemment ! J'y parlerai de thèmes universels dont tout le monde parle : l'amour, la déception, la rage… Il y aura peut-être des sujets plus politiques sur tout ce qui se passe en ce moment. Parce qu'évidemment, il y a le virus mais il y a aussi le racisme, l'homophobie, l'antisémitisme qui resurgissent d'un coup et c'est déplorable. Toutes ces choses dont les gens parlent habituellement font aussi partie de mon histoire et j'ai besoin de la raconter avec mes mots.

En plus de featurings avec Grand Corps Malade et Tayc, tu as sorti un single solo intitulé "Je remercie mon ex". Comment t'es venue l'idée de ce titre ?

Elle m'est venue hyper naturellement. J'étais dans ma salle de bain en train de me préparer et la mélodie, sans avoir le thème, m'est venue comme ça. J'ai directement fait une note vocale. C'était il y a quelques mois, en juin.

Selon toi, c'est vraiment possible de rester amis avec son ex ?

Totalement. On n'est pas amis mais on s'entend très bien aujourd'hui. Il aime bien le morceau. D'habitude, quand je finis une relation, c'est pour de bon. Mais ça peut arriver de rester amis. Je me suis toujours dit que c'était impossible et en fait si, ça l'est. À partir du moment où il n'y a plus de sentiments et qu'il y a pas eu de méchanceté, d'infidélité ou de violence, pourquoi pas rester amis. Après, ça prend du temps. C'est plusieurs étapes.

Avec "Je remercie mon ex", tu as pris l'initiative de te mettre en scène avec un homme mais aussi avec une femme. Un effort d'inclusivité que beaucoup ont apprécié dans les commentaires notamment.

En fait, je ne l'ai pas fait pour qu'on le remarque. J'ai grandi dans ce milieu : mon parrain est homosexuel et 80% de mes amis sont homosexuels donc c'est quelque chose qui a toujours fait partie de mon quotidien. Côté éducation, ma mère m'a élevée dans la tolérance, dans la bienveillance. Donc je ne vois pas ça comme une différence.

Pour ma part, je suis hétérosexuelle et je n'ai aucun problème à le dire. Mais je suis aussi actrice donc je n'ai aucun problème à rouler une pelle à un homme comme à une femme puisque je connais ma sexualité. En général, les gens qui ne l'assument pas sont ceux qui ont un problème avec ça. Après, je comprends que tu puisse être pudique. Mais au-delà de ça, c'est encore difficile pour certaines personnes car il y a tellement de violence autour de ça.

Il y a encore beaucoup de tabous en France, c'est clair.

C'est ça ! Quand je fais Adam et Ève dans le clip, j'ai voulu qu'Adam soit noir. Après tout, pourquoi il ne le serait pas ? Ce sont des choses qui me sont venues naturellement. J'avais déjà fait un film, Le Dindon, où j'embrassais une nana. Même si ça ne se voit pas trop, je suis très pudique. Dans quand je dois faire une scène d'intimité ou juste un baiser, il faut que ce soit justifié. Je m'en fiche de ton apparence physique, il faut juste que ça ait du sens.

Quand il y a un petit effort d'inclusivité, beaucoup de médisants aiment dire que c'est un effet de mode

Non, je m'en fiche de ça. Il n'y a pas d'effet de mode. Pour ma part, j'ai grandi là-dedans. J'ai déjà eu des amoureux mais tous les trois-quatre ans, j'étais célibataire. Ma mère me disait "chérie, si tu veux me dire que t'es lesbienne…". Je lui répétais que je n'étais pas lesbienne et que si ça avait été le cas, je lui aurais dit. Et elle insistait [rires].

Tu t'es déjà questionnée sur ton orientation sexuelle ?

Comme tout le monde, j'ai dû embrasser des filles. Tu cherches ta sexualité quand t'es plus jeune, tu veux être sûre. Mais non, je n'ai pas envie de faire un break des mecs parce que j'aime le kiki [rires]. C'est mignon, ce mot. Mais c'est vrai, je suis hétéro et je le sais. Il y a des femmes que j'ai beaucoup aimées dans ma vie mais de manière très platonique, sans ambiguïté. Je ne suis pas jalouse mais le peu de fois où je l'ai été, ce fut avec des femmes. Peut-être que sentimentalement, je les aimais très fort comme je pourrais aimer un homme mais il n'y aura pas d'attirance physique. Je reste hétéro.

Comment définirais-tu ton rôle en tant qu'alliée ?

Je ne sais pas vraiment… C'est quelque chose de spontané chez moi. Des Marche des fiertés, j'en ai fait je-ne-sais-pas-combien [rires]. De base, c'est une cause que je défends comme la lutte contre le racisme, contre l'antisémitisme, contre les violences. Mais celle-ci me touche encore plus car elle touche mon entourage donc l'homophobie est quelque chose que je ne peux pas accepter. On est en 2020 : si ça te dérange, n'en dégoûte pas les autres. Travaille sur toi-même. Soigne-toi. Laisse les gens vivre.

L'été dernier, tu es apparue dans le clip "Jolie Nana" d'Aya Nakamura, qui est justement dans notre dernier numéro en kiosques. Comment est née cette collaboration ?

En fait, on se suit sur les réseaux depuis un moment toutes les deux. On se like, on s'envoie des cœurs. Une fois, je suis allée par hasard à un de ses concerts dans le sud et une de ses choristes est une de mes meilleures amies m'a invitée dans les loges. Aya, c'est quelqu'un qui n'est pas très expressif. Si elle ne t'aime pas ou si elle s'en fiche de toi, elle est très cash, très vraie donc tu vas vite le savoir. Mais là, on s'est dit qu'on s'adorait mutuellement. Puis avant l'été, elle m'appelle pour me proposer de faire un truc rigolo dans son clip. J'étais flattée ! Elle m'a laissé carte blanche. J'ai bossé avec le réal' et voilà le résultat !

Au-delà de ta carrière musicale, tu es humoriste. J'imagine que 2020 était une année compliquée pour toi sur ce plan avec la fermeture des salles de spectacles… Comment as-tu vécu tout ça ?

Très mal. Je le vis encore très, très mal. Ce qui me frustre et ce qui me fait de la peine, c'est que mon spectacle est fini depuis presque un an. Je devais faire ma captation en mars dernier. Et à ce jour, je n'ai pas encore pu la faire. Là, je suis entre le plaisir et l'angoisse. Le plaisir parce que j'ai envie de présenter mon spectacle et je sais que ça va m'apporter beaucoup d'émotions. Et l'angoisse parce que je ne sais pas quand ça va pouvoir se faire. C'est horrible et c'est surtout très injuste. J'en veux à beaucoup de gens qui ne nous respectent pas. Les artistes, on nous chie dessus. On laisse les boutiques ouvertes à Noël… Apparemment, le virus circule mais là, il ne circule plus grâce à la magie de Noël ?! Ça me révolte. C'est hypocrite. Sans les artistes, les gens meurent. Et nous, sans notre métier, on meurt. Les gens ont besoin de se divertir.

Je me rappelle que t'avais d'ailleurs poussé un gentil coup de gueule dans une vidéo Instagram en août dernier pour exprimer ton mécontentement envers le gouvernement…

Je le fais tout le temps ! De manière humoristique, mais pas que. Je ne peux pas fermer ma gueule sur ce sujet-là. Mais je ne peux pas être une des seules à m'insurger. Il faut aussi penser que derrière les artistes, il y a les techniciens, les régisseurs… Sans eux, on n'est pas là. Sans eux, pas de spectacle, pas de concert. C'est eux qui nous mettent en lumière. Je respecte tout le monde mais particulièrement ces gens-là.

As-tu meilleur espoir pour l'année 2021 ?

En toute franchise ? Je n'arrive pas à me montrer positive pour 2021. Pour moi, c'est en 2022 que tout va repartir mais cette année-là sera une reconstruction psychologique pour les gens. Côté travail, ça risque d'être en dents-de-scie. Ce deuxième confinement m'a tellement contrariée que je ne veux pas m'enflammer et avoir espoir pour rien. Je préfère être surprise qu'être déçue. Mais là, je n'en peux plus. Avec Slimane – qui est comme mon frère, on se connaît depuis 15 ans –, on s'envoie des notes vocales. On est en fou rire de craquage. Et ça nous fait du bien. Les gens qui ont galéré comme nous et qui viennent de loin, on a peur. On se dit qu'on ne veut pas revivre ce qu'on a vécu.

Par Florian Ques le 05/01/2021