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Patrick Juvet, mort d’un héros du disco

Le chanteur de "Où sont les femmes ?" et d'"I Love America" a été retrouvé mort dans son appartement barcelonais. Ouvertement bisexuel, il aura incarné une des rares représentations queers dans la variété française des années 70.

Où sont les femmes ?, La Musica, I Love America, Lady Night... Dans les années 70, Patrick Juvet aura enchainé les tubes. Le chanteur, compositeur et interprète, qui vivait depuis une vingtaine d’années en Espagne, a été retrouvé mort, à son domicile barcelonais ce jeudi 1er avril. C'est son agent, Yann Ydoux qui a informé l'AFP de la disparition du chanteur.

Chanteur à midinettes

Né en Suisse, à Montreux, Patrick Juvet avait dès son plus jeune âge entamé des études de musique classique et de piano. Sa belle gueule, ses traits fins et sa blondeur helvétique lui valent d'être repéré par une agence de mannequin. Très vite, pour se rapprocher de l'univers de la mode, il s'installe à Paris.

En 1971, Juvet signe un premier 45-tours, Romantiques pas mort. L'année suivante, il explose en composant pour Claude François la mélodie entêtante de Le Lundi au soleil et signe son premier succès sous son nom La Musica. Voix douce et androgyne, mélodie chaloupée et efficace, la chanson s'impose comme un des tubes de l'année 1972. Et le chanteur s'impose comme un chanteur à midinettes.

Puis 1973, sous forte influence glam, Juvet se réinvente. Pour son deuxième album, intitulé Love, Juvet joue à fond la carte de l'ambiguïté. Paroles ambigues ("Unisex"), maquillage à la Ziggy Stardust et reprise d'Alice Cooper à qui il emprunte "Only Women Bleed", rebaptisé "J'ai peur la nuit" par un Boris Bergman pas très inspiré.

Une rare représentation queer

Maquillé, jouant avec les codes d'un genre encore très marqué par la binarité, ouvertement bisexuel, Juvet est dans les années 70 une des rares représentations un peu queers et mainstream dans le PAF et la variété française. Dans la France de Pompidou, de l'ORTF et de Michel Sardou, Patrick Juvet détonne. On se souvient d’une archive où l'artiste se fait maquiller dans l'émission « Samedi Soir » sous le regards méprisant et passablement homophobe de Philippe Bouvard.

Au milieu des années 70, sa rencontre avec un jeune parolier répondant au nom de Jean-Michel Jarre, permet à Juvet de poursuivre sa mue. Les deux hommes composent ensemble "Mort ou vif", enregistré avec les musiciens de Herbie Hancock, sur lequel où l'on retrouve quelques beaux titres comme "Les Lunettes Noires".

Les deux collaborateurs composeront ensemble plusieurs albums et aligneront quelques tubes dont l'iconique (et un brin misogyne) Où Sont Les Femmes, qui selon le chanteur, lui vaudra des lettres insultes de la part de quelque collectifs féministes. Selon ses propres dires, Patrick Juvet s'entiche de son jeune parolier, Jean-Michel Jarre. Mais c'est un amour à sens unique. Alors pour oublier, il s'envole pour les Etats-Unis, direction Los Angeles.

Rencontre avec les producteurs de Village People

Là-bas, il fait la connaissance de Henri Belolo et Jacques Morali. Les deux frenchies sont les producteurs comblés du groupe Village People. Morali signe avec le chanteur du boys band crypto-gay une chanson pour Juvet, I love America. Ode naïve à l'Amérique des années 70, tout en falsetto. Longue de 14 minutes, qui certes ne rivalise pas avec les 17 langoureuses minutes du Love To Love You Baby de Donna Summer, la chanson fait la joie des DJ.

Des paroles de Unisex, parue sur son album "Love" en 1971, à celles de Cruising Bar sortie en 1992 lors d'une tentative de comeback (avec ses lyrics explicites, "J'ai voulu revoir ce bar un peu barbare/A Manhattan, le long des docks/Derrière les hangars et les comptoirs/Des halles de New York"), Juvet aura assumé sa sexualité en chanson comme en interview. "On me traitait de 'tapette', je le vivais très mal, mais au lieu de rentrer dans le rang, j'en rajoutais. J'avais besoin de montrer que j'existais", confiait-il au magazine Gala en 2016.

Ultimes hommages

En apprenant sa disparition, plusieurs personnalités du monde de la musique ont réagi. A commencer par son ancien parolier, Jean-Michel Jarre : "Une vie glam et des nuits rock, mon ami Patrick Juvet, l’enfant aux cheveux blancs s’en est allé", allusion à une chanson que le pape de l'électronique avait écrite pour le chanteur.

La chanteuse Sheila a, elle aussi, tenu à rendre hommage au chanteur avec qui elle partageait régulièrement l'affiche des nostalgiques tournées Âge tendre et tête de bois :

 

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Amanda Lear a, elle aussi, fait un ultime clin d'oeil au chanteur avec qui elle avait malicieusement interprété en duo la chanson des Demoiselles de Rochefort à l'occasion d'une émission des Carpentier dans les années 70.

 

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En interview, Patrick Juvet avait souvent évoqués ses problèmes passés d'alcool et d'addiction. A l'heure où nous écrivons ses lignes, la cause de sa mort reste inconnue. Une autopsie devrait être pratiquée. Patrick Juvet avait 70 ans.

crédit image: Barclay/Universal


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