ludovic-mohamed zahedAprès la tuerie d'Orlando, des musulmans combattent les amalgames

Par Julie Baret le 15/06/2016
orlando musulmans amalgames

La tuerie d'Orlando ciblait la communauté LGBT, elle impacte aussi les musulmans dont la religion a été injustement convoquée par l'attaque terroriste.

Ce matin, cinquante personnes ont été tuées lors d’un acte de violence insensé commis dans une boîte de nuit d’Orlando. Nous prions pour ceux qui sont partis, pour que dieu leur apporte la paix et la tranquillité.

Dimanche, plus de 200 personnes de confession musulmane se sont réunies à l’Hudson River Park de New York pour prier les victimes de la tuerie d’Orlando lors de l’ « Iftar in the park », un rassemblement communautaire organisée chaque année.

En tant que musulmans nous sommes tous unis par une immense indignation contre cet acte de violence insensé, défend l’un des participantes, beaucoup d’entre nous sont des citoyens américains et dans tous les cas nous vivons tous dans ce pays, nous allons à l’école ici, nous travaillons ici. Nous voulions que le reste du pays sache que nous pensons à ce qui s’est passé à Orlando et que nous nous tenons debout avec tous ces gens.

Dans la nuit de samedi à dimanche, le Pulse - un nightclub gay à Orlando - a été le théâtre de la fusillade la plus meurtrière des États-Unis, et même du pire attentat commis sur le sol américain depuis le 11 septembre. Quarante-neuf personnes ont été tuées par Omar Mateen, un citoyen américain d’origine afghane et de confession musulmane qui aurait prêté allégeance à Daesh avant de passer à l’acte ; une cinquantaine ont été blessées. Intenté contre un haut lieu de rassemblement de la communauté LGBT en Floride, le massacre s'impose comme un acte terroriste homophobe, mais porte également atteinte à la religion musulmane injustement citée par cet évènement.

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Crédit photo Twitter

Islam et terrorisme, islam et homophobie... évitons les amalgames

« Peu importe qu’Omar Mateen était un combattant enrôlé par l’État Islamique, un extrémiste radicalisé ou un psychopathe solitaire doté un permis de port d’armes, celui qui a commis la pire tuerie de notre histoire est un Américain musulman » déplore Bilal Qureshi. Dans les colonnes du New York Times, ce journaliste note que nombre de ses amis musulmans ont exprimé leur frustration sur Facebook, en rappelant que ces actes n’ont aucun rapport avec leur confession. Une prise de parole qui n’est pas sans rappeler la campagne #NotInMyName ou #PasEnMonNom, lancée par des musulmans d’Angleterre et de France en 2014, pour éviter tout amalgame entre la religion musulmane et les idéologies terroristes.
Car comme le souligne si justement Bilal Qureshi, « aucune religion n’a le monopole de l’homophobie. L’exclusion et les abus commis contre les hommes ou les femmes homosexuel(le)s au nom de dieu sont une triste réalité qui traversent les religions. »
Un constat que partage Samra Habib lorsqu’elle écrit au Guardian le 12 juin. Celle-ci apporte son soutien aux musulmans homosexuels, des individus au croisement des identités musulmanes et LGBT doublement atteints par la tragédie :

Nous avons maintenant l’habitude qu’à chaque fois qu’un musulman égaré commet un acte de violence, c’est toute la religion et ses fidèles qui sont interrogés et victimes de suspicion, quelque chose qui ne se reproduit pas avec les autres religions. (…) il est important de rappeler que l’islam est exploité par des extrémistes religieux à travers le monde, souvent dans des attaques contre d’autres musulmans.

Pourtant, une étude menée par le Center for the Study of Hate and Extremism de l’université de Californie révèle que le nombre des crimes de haine commis contre les musulmans sur le sol américain aurait triplé depuis les attentats de Paris et de San Bernardino. Une très inquiétante montée de l’islamophobie à laquelle Bilal Qureshi souhaite répondre par l’échange et la discussion :

Nous devons nous lever contre les réponses anti-musulmanes qui se manifestent si rapidement dans le climat politique actuel. Mais pour les musulmans c’est aussi le moment de réfléchir plus profondément au fait de vivre dans un pays qui place les droits LGBT au centre de ses préoccupations, où l’égalité devant le mariage est une réalité, et où la coexistence est la seule manière d’aller de l’avant.

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Crédit photo LaunchGood.com/Orlando

Des Américains musulmans solidaires au deuil national

De nombreuses organisations musulmanes ont ainsi très vite exprimé leur soutien aux familles des victimes, condamnant vigoureusement la barbarie du forcené. Le chapitre de Floride du Council in American-Islamic Relations (CAIR), par exemple, s’est réuni suite à la tuerie, et a adressé une condamnation sans équivoque du massacre :

Nous condamnons cette attaque monstrueuse, et présentons nos sincères condoléances aux familles et aux proches de toutes personnes qui ont été tuées ou blessées. La communauté musulmane se joint à nos compatriotes américains pour répudier quiconque justifie ou excuse un tel acte de violence.

Cette organisation appelle également les musulmans à donner leur sang pour apporter leur aide aux victimes de la tuerie et participer à l'effort national.
Des leaders et des associations musulmanes ont même constitué une collecte de fond : Muslims United for Victims of Pulse Shooting sur Launch Good, qui a déjà récolté plus de 66 000 dollars. Une initiative encouragée sur le site de financement participatif par des citations coraniques et du prophète Mahomet véhiculant un message de paix et de charité.
Partout dans le monde, la parole de musulmans voire d'imams homosexuels rappelle que l’homosexualité et la foi musulmane peuvent coexister pacifiquement. C’est notamment le cas de Ludovic-Mohammed Zahed en France, lequel a fondé la première mosquée inclusive – ouverte aux hétérosexuels comme aux homosexuels – de l’Hexagone à Paris.
Cette coexistence prend d’ailleurs tout son sens à l’heure actuelle, alors que par hasard le Pride Month et le Ramadan coïncident cette année, comme le souligne l’alliance musulmane pour la diversité sexuelle et de genre (MASGD). Des moments de joie et de festivités obscurcis par la violence d’un homme, une haine qui elle n’a pas de religion.

Pour en savoir plus :

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Crédit photo couverture Alisdare Hickson/Flickr