Un bus transphobe a roulé à Paris... dans l'indifférence générale
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Un bus transphobe a roulé à Paris... dans l'indifférence générale


Un bus orange aux messages agressifs contre le genre et la transidentité n’a pas croisé grand monde ce midi. Ah si, Frigide Barjot !

Lui qui promettait de se frotter « à tous les parents d’élèves » s’est surtout frotté aux quartiers chics et à leurs trottoirs vides. CitizenGo à Porte Maillot, CitizenGo au Trocadéro, CitizenGo au Grand Palais… Les réseaux sociaux ont suivi les aventures pas très trépidantes du « bus de la liberté d’expression » qui s’est cantonné au triangle d’or, ses live pas très maîtrisés autour de la place du Trocadéro. Mais pas beaucoup d’interlocuteurs ni de spectateurs à l’horizon pour admirer son slogan pas très chiadé : « Mon identité de genre n’est pas un jeu ». Ni à première vue de journalistes, malgré la « conférence de presse » annoncée en grande pompe par l’organisation. Sur le live tweet animé par CitizenGo, c’est surtout des portes ouvertes sur un bus vide agrémenté d’une image glauque d’un enfant marionnette qui circulent à foison.

Pourtant, sur son site internet, la plateforme se targue de rassembler plus de 200.000 adhérents contre la prétendue théorie du genre. Derrière l’anonymat d’internet, CitizenGo attaque en surface les livres scolaires, par des informations grossières sur des ouvrages Magnard qui écrirait que « si votre fille se sent fille, ce n’est pas naturel, c’est que vous lui avez transmis vos préjugés », ou sur l’apprentissage de la sodomie à des bambins (cf. le site onsexprime.fr qui enseigne l’éducation sexuelle aux ados et jeunes adultes). Et combat en profondeur les études de genre, la différence entre l’identité biologique et l’identité culturelle, clamant à contre-courant de Simone de Beauvoir qu’on naît femme ou qu’on naît homme.

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À cause perdue, personne disparue. Frigide Barjot, qu’on n’avait pas beaucoup aperçue depuis qu’elle s’était infiltrée de force – parce que refusée par la sécurité – au QG de campagne de François Fillon concourant à l’Elysée, a croisé le chemin et le flash des militants de CitizenGo. Et la voici posant devant un slogan pas peu ironique : « la théorie du genre, elle n’existe pas et pourtant elle revient… »

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Si ce nouveau venu chez la fachosphère vous est inconnu, c’est parce que l’initiative est en réalité espagnole : un piètre ersatz de l’association catholique ultra-conservatrice HazteOir (« fais-toi entendre »), qui grince des dents chaque fois qu’un personnage homo apparaît à la télé ibérique. Née de la cuisse de cette Manif pour tous à l’espagnole (elle se présente sur son site comme une « organisation indépendante » mais les adresses IP ne mentent pas), CitizenGo est tout aussi pro-vie et anti-égalité que sa grande sœur.

En 2016, HazteOir faisait aussi voyager un bus orange et transphobe à travers l’Espagne contre une campagne d’affichage publique soutenant les enfants transgenres. Mais son road trip s’est cogné contre une plainte pour discrimination, 125.000 signatures de pétition, une enquête pour incitation à la haine portée par le procureur général de Madrid et une interdiction de circuler. À Valence, il a été accueilli par un drapeau bleu-blanc-rose, symbole de la transidentité, déroulé devant la mairie ainsi que par une foule déterminée à l’affronter. Le véhicule a finalement été immobilisé par les forces de l’ordre à Madrid.

En Île-de-France, le bus CitizenGo devraient rouler jusqu’au lundi 9 octobre mais plusieurs dizaines d’associations LGBT réunies en une tribune offensive montrent déjà les dents contre cette « propagande réactionnaire » :

Nous […] appelons à faire barrage par les mots et l’action.

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Couverture : @CitizenGofr/Twitter

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