Viré de chez lui par sa mère car il porte du maquillage, il appelle à l’aide
Société

Viré de chez lui par sa mère car il porte du maquillage, il appelle à l’aide


Alors qu’il se préparait à sortir à Perpignan, des captures d’écran de son compte Snapchat sont parvenues à sa mère. Alain est maquillé. Elle lui répond qu’il ne fait plus partie de la famille et qu’il est désormais « mort  » pour elle. Viré de chez lui, il appelle à l’aide.

« Vous pouvez m’appeler Alain, Augustin, Miss Thick. Il ou Elle, ou encore de nombreux surnoms issus de votre imagination, au fond qu’importe qui je suis, je suis » écrivait il y a peu le jeune homme, que TÊTU a joint par téléphone, alors que le récit de sa mise à la porte par sa mère commence à circuler sur Twitter. Il a aujourd’hui 25 ans, travaillait comme gestionnaire de biens, est un « fils d’immigrée qui n’a jamais eu sa place, l’enfant de la monoparentalité à cause d’un père fuyard », se décrit-il sur son blog.

Il y a un surnom qui marquera cette histoire pour toujours : Chouchou. De ma famille et mon entourage l’utilisant comme une insulte, en écho au film de Gad Elmaleh, à cette amie qui ne connaît plus mon prénom tant elle use de ce surnom qu’elle m’a donné. Aujourd’hui je suis la rosée rafraîchissante, une primesautière fragrance, (…) au fond qu’importe qui je suis, je suis.

Il est revenu à Perpignan en novembre dernier pour aider sa mère malade. Il venait de passer un an et demi à Paris, mais était déjà indépendant depuis ses 20 ans lorsqu’il étudiait à Toulouse. Contraint et forcé donc, par souci de solidarité familiale, il a quitté son travail, mais avait pris l’habitude de vivre comme bon lui semble. C’est-à-dire « le teint fait, rien sur les yeux, contouré, ça se voit que je suis maquillé. Je savais que ça allait poser problème, alors je fais le plus light possible en semaine, le weekend c’est plus visible ». J’entends encore ma mère me dire « j’ai fait un garçon, pas une fille. Tu es homo, c’est ta vie, mais là c’est trop, le maquillage c’est trop ».

 

Sauf qu’Alain – comme il a souhaité que nous l’appelions pendant notre entretien –, n’a pas l’intention de se renier : « Il m’arrive de sortir sans maquillage, mais je ne supporte pas qu’on m’impose de l’enlever ». Sur son blog, il se raconte :

Ma rencontre avec le maquillage, et avec le Drag coïncide avec mon retour à Montpellier en 2011, et mes weekends dans cette boite aujourd’hui disparue, la Villa Rouge. Et si les premiers temps furent compliqués c’est aussi et surtout parce que je voyais là comme un amusement, comme une manière de rire parmi d’autres, de passer une bonne soirée. Mais voilà, 2016 arrive, et Paris m’ouvre les yeux. Loin de ma province natale, du regard désapprobateur de la société sudiste, disons-le, pas très en avance, je m’épanouis, je pose un nouveau regard sur moi. Porter tout ce maquillage, et surtout le mettre sur le visage est plaisant. Pas parce que ça m’amuse, pas parce que ça fait partie de la soirée. Porter une paire de talons hauts n’est pas non plus une folie nocturne. C’est moi, ou du moins une partie de moi. Suis-je pour autant moins un homme ? Je ne pense pas.

Sur l’échelle des genres, « même avec mon corps très masculin, je me sens aussi bien femme qu’homme aujourd’hui », nous raconte-t-il.

Le 19 janvier dernier, alors qu’il s’apprête pour aller fêter les 25 ans d’une amie, il fait une story sur l’appli Snapchat. Maquillé comme il se doit. Il recevra plusieurs messages de la part de sa mère durant la soirée, tous très courts, et très violents, qu’il a postés sur Twitter.

 

Dans un post intitulé « Tout ce qu’il me reste » sur son blog, il a décrit la soirée qui a fait tout basculer : « On est le 20 janvier et il ne me reste rien d’autre dans ma vie que deux amis, mon make-up, ma voiture et mon MacBook et mon téléphone. Le reste ? J’espère le récupérer prochainement dans cet appartement qui n’est plus le mien. Me voilà donc à la rue, sans emploi. Par chance, je suis hébergé chez une amie, mais cela ne va pas pouvoir durer ». Alain va devoir, à 25 ans et sans autre ressources que ce qu’il lui reste de chômage, rester sur le canapé, en attendant de pouvoir payer le dépôt de garantie, les frais d’agence, les loyers, des meubles, « ne serait-ce qu’un matelas pneumatique pour commencer ». Bref, de pouvoir reprendre sa vie comme avant. « Ma grand-mère m’a proposé de m’accueillir mais elle habite près de chez ma mère. Elle va encore chercher à tout contrôler ».

Sa situation illustre celle de jeunes adultes sans moyen ni famille solidaire et qui, en dehors des limites d’âge des structures pour jeunes LGBT, n’ont pas beaucoup de solutions pour vivre leurs vies comme ils l’entendent, ou pour se sortir des accidents de parcours. La très grande majorité des jeunes accueillis par Le Refuge est âgée de 18 à 25 ans, parfois des mineurs à partir de 16 ans.

Alain n’a pas de capital. Il se tourne alors vers la solidarité des twittos. Mais il nous confie sa gêne :

J’ai l’impression de faire la manche, mais je n’ai pas le choix. J’ai besoin de vous. J’ai créé une cagnotte Leetchi pour m’aider à payer mon entrée dans l’appartement que je recherche. Toute aide est la bienvenue.

C’est un appel à l’aide qui ne demande qu’à démontrer que les réseaux sociaux peuvent aussi être des réseaux de solidarité alternatifs. Pour aider Alain, sa cagnotte Leetchi est ici.

 

À LIRE AUSSI :

De plus en plus de jeunes cherchent un toit au Refuge

10 jeunes queers qui cassent les codes du genre sur Internet

La génération Z inonde Twitter de fiers selfies avec #Gaybaes

ads