Affaire Benalla : une polémique aux relents homophobes

En pleine tempête sur l’affaire Benalla, ancien chargé de mission de Macron accusé de violences, politiques et commentateurs ont partagé des articles et des caricatures prêtant une romance homosexuelle aux deux hommes. Des « allusions clairement homophobes », pour le président de SOS Homophobie.

« Voilà pourquoi #Benalla bénéficie de tels privilèges et d’une telle protection ? », s’interroge Nadine Morano sur Twitter. Samedi, la députée européenne a partagé un prétendu article du Monde prêtant une relation homosexuelle à Emmanuel Macron et son ancien chargé de mission, au coeur d’une polémique depuis mercredi. Ce dernier est soupçonné de s’être livré à des violences en marge d’une opération de police lors des manifestations du 1er mai.


Problème : l’article partagé par Madame Morano n’a jamais existé. Le journaliste dont le nom apparait dans le papier – Cédric Pietralunga – a d’ailleurs passé une partie de son week-end, et de son lundi, à répondre aux internautes qui le partageaient. La députée européenne a depuis supprimé son tweet.

« Plus qu’un proche du Président… »

Si l’on en attendait pas moins de Nadine Morano, d’autres commentateurs politiques, autrement plus sérieux, y sont eux aussi allés de leur petite remarque. C’est le cas du rédacteur en chef du service politique de Paris Match, Bruno Jeudy. Interrogé sur l’affaire, vendredi au micro de RMC, il se lâche:

« (…) Sauf à découvrir que M. Benalla était plus qu’un proche du Président de la République, mais ça on n’en sait rien ». Réaction immédiate sur le plateau : « Plus qu’un proche c’est tendancieux comme expression ! », lui lance un invité. « J’ai dit : ‘on ne sait pas’, reprend Jeudy. On verra si c’est plus qu’un proche… On ne connait pas exactement les liens de M. Benalla avec… », continue-t-il sans pouvoir terminer sa phrase.

Dessins et caricatures hasardeuses

Outre les fake news ou les sous-entendus hasardeux, plusieurs dessins circulent sur les réseaux sociaux depuis vendredi, l’un d’eux montrant Emmanuel Macron, allongé sur un lit, à moitié nu, lancer à un Alexandre Benalla debout, en caleçon : « Tu ne mets pas ton costume de policier ce soir ? ». Une caricature signée Samaritain a elle aussi était largement partagée sur les réseaux sociaux, notamment par cet élu (ancien FN) de la mairie de Montpellier :
https://twitter.com/Djamel_Boumaaz/status/1020793916034043906
« Ce sont des allusions clairement homophobes, s’agace le président de SOS Homophobie Joël Deumier à TÊTU. On condamne non seulement celles et ceux qui tiennent ces propos, mais aussi ceux qui les diffusent, jusque dans la communauté LGBT. Cela cultive et perpétue les clichés sur les homosexuels ».
Et de dénoncer une pratique malheureusement trop courante : « Dans l’histoire, ça s’est toujours fait pour dénigrer publiquement les hommes politiques, regrette Joel Deumier. On utilise des figures moquées ou caricaturées comme celles de la prostituée ou de l’homosexuel, des figures perçues comme risibles ».

Homophobe et misogyne

La caricature homophobe est régulièrement utilisée comme outil de critique politique. Dans le cas du dessin de Samaritain, Emmanuel Macron est représenté dans une posture de soumission, pendant soi disant féminin du couple homosexuel, ramenant à la trop populaire question : « Qui fait l’homme et qui fait la femme ? ». Un propos tant homophobe que misogyne.
C’est aussi une façon de dépeindre un président déloyal, puisqu’il mentirait sur son orientation sexuelle. Puisque, c’est bien connu, le mensonge est l’apanage des gays ou des bi. Mais au final, au-delà des attaques à l’égard d’un homme politique, ce sont les clichés sur les homosexuels qui s’en trouvent renforcés. Cette rumeur sur l’homosexualité du président, d’où qu’elle vienne, n’est répandue qu’à des fins de nuisance. Faire courir la rumeur qu’une personne est homosexuelle contribuerait à lui nuire. Socialement. Ou ici, politiquement.
Ainsi, dire d’un homme politique qu’il est homosexuel est trop souvent un moyen pour ses opposants de le discréditer politiquement, comme cela avait été le cas pour Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017.

Un air de déjà vu

A l’époque, le Président de la République avait été la cible d’insistantes rumeurs lui prêtant une relation amoureuse avec l’ancien patron de Radio France Matthieu Gallet. Des rumeurs auxquelles avait réagi le Président sur la scène du théâtre Bobino le 6 février 2017 : « Pour mettre les pieds dans le plat, si dans les dîners en ville, si dans les boucles de mails, on vous dit que j’ai une double vie avec Mathieu Gallet ou qui que ce soit d’autre, c’est mon hologramme qui soudain m’a échappé mais ça ne peut pas être moi ! ».


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail