"Trop chère", "mauvaise pour la santé"… : 10 idées reçues sur la PrEP passées au crible

De nombreux fantasmes entourent la prise de la PrEP, le traitement anti-VIH commercialisé en France depuis 2016. Mais si certains sujets méritent débat, d'autres relèvent simplement de la désinformation. TÊTU répond à ces idées reçues avec le président de Aides Paris.

On la dit trop chère, dangereuse ou réservée aux « garçons faciles ». Depuis sa commercialisation en France il y a deux ans, la PrEP, ou prophylaxie pré-exposition, le traitement anti-VIH, fait l'objet de fantasmes et de préjugés tenaces. La PrEP est un outil complémentaire des autres moyens de prévention comme le préservatif, ou encore le dépistage.
Aides se bat depuis des années contre les préjugés autour du traitement et a d'ailleurs lancé une campagne d'affichage à ce sujet il y a quelques semaines. « Aucune campagne nationale n’avait été mise en place par les pouvoirs publics, c’était donc de notre responsabilité de le faire », expliquait l'association à TÊTU le 4 juillet dernier. Pour y voir plus clair, Cédric Daniel, président de Aides Paris, est revenu pour TÊTU sur les principales idées reçues qui circulent un peu partout, et notamment sur les réseaux sociaux et les applications de rencontres, autour de ce traitement.

1/ Pas besoin de mettre de préservatif avec la PrEP


Ce jeune homme, rencontré par un internaute sur l'application de rencontres gays Grindr, semble croire que la PrEP exonère de mettre une capote. C'est une critique qui revient régulièrement, notamment sur les applis de rencontre gays, type Grindr ou Hornet. Mais, même si ce traitement s'adresse aux personnes séronégatives qui n'utilisent pas systématiquement le préservatif, les chiffres démentent cette affirmation, au grand dam de ses détracteurs. « 30 à 40% des 'prepeurs' continuent d'utiliser le préservatif, assure Cédric Daniel. D'ailleurs, je vois de plus en plus régulièrement des mecs qui disent qu’ils prennent les deux. C'est une double protection. » Il est important de rappeler que le préservatif reste le seul moyen de protéger du VIH et en même temps des autres IST, et que la PrEP vient compléter cet arsenal de prévention.

2/ Un traitement toxique pour les reins

Un traitement toxique pour les reins ? Ce n'est pas totalement faux, mais cela ne concerne qu'une toute petite partie de la population. Le Truvada, médicament utilisé dans la PrEP, est connu pour avoir des effets secondaires possibles, notamment sur les reins. « Mais toutes les personnes, avant d'être mises sous PrEP, subissent une batterie de tests, notamment des analyses de la fonction rénale, pour s'assurer que les reins fonctionnent correctement et minimiser les risques », explique Cédric Daniel.

3/ Un traitement qui favorise les IST


C'est probablement l'argument le plus populaire chez les anti-PrEP : la recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST), telle que les chlamydiées ou la syphilis, serait liée aux comportements à risque des 'prepeurs'. Faux, rétorque d'emblée Cédric Daniel qui assure que « la recrudescence des IST a commencé bien avant l’arrivée de la PrEP ». Pour lui, si l'on voit une augmentation de ces infections, c'est tout simplement parce qu'elles sont mieux repérées. En effet, toutes les personnes sous PrEP sont dépistées tous les trois mois afin d'obtenir le renouvellement de leur traitement. Résultat : des IST mieux et plus rapidement traitées.

4/ Un risque de résistance du virus


Ce que craint Nicolas, c'est que l'utilisation en prévention (et non plus uniquement en traitement du VIH) du Truvada conduise à une résistance du virus. Si le risque existe, il est toutefois minime (1 ou 2 cas sur 100.000 personnes selon Aides). D'après le site prep-info.fr« les essais préparatoires ont pointé un faible nombre de virus résistants (à l'une des molécules contenues dans le Truvada) développés à la suite d'une contamination au VIH ». En outre, « les experts estiment néanmoins que l'impact des résistances éventuelles générées chez les usagers de PrEP est gérable et négligeable par rapport à l'opportunité d'infléchir le nombre de contaminations au VIH ».

5/ La PrEP, ça coûte cher !


Il faut savoir que le traitement anti-VIH est, en effet, entièrement remboursé par la Sécurité sociale. S'il représente un coût non négligeable, il revient beaucoup moins cher que de prendre en charge une personne séropositive au VIH. Selon des chiffres de la direction générale de la santé, cités dans un rapport de l'Igas publié au début du mois de juillet« le nombre de contaminations évitées [grâce à la PrEP] serait potentiellement de 1.000 à 2.400 par an ».

6/ Les 'prepeurs' sont des « salopes »


Les 'prepeurs' seraient donc tous des « putes gays ». On remarque depuis quelques années que la PrEP a fait renaître des jugements de valeurs, presque des jugements moraux sur la sexualité des personnes et notamment des hommes gays. Il n'est pas rare, pour ne pas dire commun, pour un 'prepeur' de se faire traiter de « salope » ou de « pute à jus » sur les applis de rencontres. « Quand bien même on serait des 'salopes', on se protège et on fait tout pour protéger les autres, gronde Cédric Daniel. De surcroit, certains prennent la PrEP sans avoir une sexualité débridée. »

7/ Aides, payée pour promouvoir la PrEP

 
« Combien Aides a-t-il été payé par les labos pour faire la promo de la PrEP ? » C'est un argument particulièrement étonnant quand on sait que les associations de lutte contre le sida se battent depuis des années pour obtenir une version générique du Truvada. Des efforts qui ont d'ailleurs payé. Dans un arrêt rendu le 15 juillet dernier, la Cour de justice européenne a mis fin, ce mercredi 25 juillet 2018, au monopole du laboratoire pharmaceutique Gilead sur la commercialisation du Truvada en Europe. La version générique du Truvada - déjà disponible en France, permet de réaliser des économies de l'ordre de 50 à 60% à la Sécu, en passant de 400 à 150 euros la boîte de comprimés.

8/ Un traitement réservé aux gays


Il est exact que la PrEP est très majoritairement utilisée par les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Mais si cette population reste la plus exposée à une contamination par le VIH, il se trouve que d'autres personnes ont des relations sexuelles à risque. « La PrEP concerne tous ceux qui ont des relations sexuelles sans capotes », assure Cédric Daniel. Les hétérosexuels évidemment, mais aussi les populations plus fragiles comme les travailleurs et les travailleuses du sexe, ou encore les personnes migrantes. Donc non, la PrEP n'est en aucun cas « réservée aux homos ».

9/ La PrEP, c'est compliqué à prendre


Ce n'est pas totalement faux, mais ce n'est pas une mauvaise chose pour autant. Pour se voir prescrire la PrEP, il est nécessaire de subir en amont une batterie de tests (IST, reins...). « On n'achète pas la PrEP en pharmacie comme on achète une boîte de paracétamol », abonde Cédric Daniel. La prise en elle-même est très simple si elle se fait en continu (un cachet par jour, à heure régulière). Cela se complique un petit peu lorsque la PrEP est prise à la demande, puisqu'il faut prendre deux comprimés deux heures avant le rapport, puis un autre à J+1, et un dernier à J+2. Mais rien d'insurmontable, on vous rassure. Et si vous voulez en savoir plus, tout est expliqué en détail dans le guide « La PrEP, mode d'emploi », disponible sur le site de Aides

10/ La PrEP, c'est pour toute la vie


Encore un drôle d'argument des anti-PrEP : une majorité de 'prepeurs' prendrait ce traitement toute une vie. Cédric Daniel tient à rappeler que « 50 à 60% des utilisateurs de la PrEP la prennent de temps en temps, pour encadrer un ou plusieurs rapports à risque »« Le traitement s'inscrit dans un parcours de vie à un moment où l'on a peut-être moins envie d'utiliser un préservatif, fait valoir le président de Aides Paris. Mais il n'y a pas de raisons que ce soit pour la vie. Etre séropositif, ça par contre, c'est pour la vie. »
Crédit photo : montage Aides/Captures.


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